Obésité : modérée, morbide, quels risques en cas de coronavirus ?

En France, 8 millions de personnes sont obèses. Cette maladie chronique a de lourdes conséquences sur la santé et expose à davantage de complications en cas d'infection par le coronavirus. Pourquoi ? Quelles précautions prendre ? Peut-on bénéficier d'arrêts de travail pour se protéger ?

Obésité : modérée, morbide, quels risques en cas de coronavirus ?
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Définition : qu'est-ce que l'obésité ?

L'OMS définit l'obésité comme un excès de masse grasse qui entraîne des conséquences pour la santé. C'est une maladie chronique dont le traitement repose essentiellement sur des mesures hygieno-diététiques. En France, 17 % de la population adulte est obèse, ce qui représente plus de 11 millions de personnes*. 

Pourquoi les personnes obèses sont plus à risque de formes graves du coronavirus

La population en situation d'obésité (c'est-à-dire présentant un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m2 ), soit 8 millions de personnes en France, figure parmi les personnes les plus vulnérables à l'épidémie de Covid-19. Dans une étude publiée le 9 avril 2020 a analysé, le CHRU de Lille a analysé la relation entre les caractéristiques cliniques, y compris l'indice de masse corporelle (IMC), et l'exigence de ventilation mécanique invasive (ou "IMV", respirateur en cas de détresse respiratoire) chez 124 patients admis en soins intensifs pour le SRAS-CoV-2. Les médecins ont constaté une fréquence élevée d'obésité chez les patients Covid-19 admis en réanimation. L'obésité (IMC> 30 kg / m2) et l'obésité sévère (IMC> 35 kg / m2) étaient respectivement présentes dans 47,6% et 28,2% des cas. La proportion de patients nécessitant une IMV a augmenté avec les catégories d'IMC et elle était plus élevée chez les patients ayant un IMC supérieur à 35. "L'obésité est un facteur de risque de gravité du SRAS-CoV-2 nécessitant une attention accrue aux mesures préventives chez les personnes sensibles" ont-ils conclu. Comme l'explique le Centre de l'obésité et du surpoids de Grenoble-Sud "les patients obèses souffrent fréquemment d'hypoventilation au niveau de la base des poumons, pouvant mener à l'hypoxie". Pour les personnes obèses, le ministère de la Santé a rappelé dans une fiche publiée le 20 avril 2020 les précautions à mettre en place en prévention et les mesures dont elles pouvaient bénéficier : 

  • Le respect d'un confinement strict et des mesures barrières est particulièrement indispensable pour les personnes en situation d'obésité, surtout s'il existe dans leur entourage un cas Covid-19 suspect ou avéré.
  • Elles font partie des populations prioritaires pour accéder aux tests virologiques de diagnostic en cas de suspicion, conformément à l'avis HCSP du 31 mars.
  • Un dispositif dérogatoire a été mis en place qui permet aux personnes présentant un risque de développer une forme grave d'infection de bénéficier d'un arrêt de travail à titre préventif. Les personnes en situation d'obésité, y compris celles ne bénéficiant pas d'une prise en charge en ALD par l'assurance maladie, qui ne peuvent télétravailler, peuvent contacter leur médecin traitant, un médecin de ville, leur médecin du travail, pour évaluer si leur état de santé justifie la délivrance d'un arrêt de travail. Il en est de même pour les personnes confinées avec un proche en situation d'obésité, afin de le protéger.

Le 0 800 130 000, numéro vert dédié au Covid-19, apporte 24h/24 et 7j/7 des réponses ainsi qu'un appui en cas de détresse psycho-sociale, de sentiment d'insécurité, de difficultés relationnelles… Les associations de patients, comme le CNAO ou la ligue contre l'obésité, sont mobilisées aux côtés des personnes.

Surpoids ou obésité ?

Il existe une mesure scientifique - l'IMC, indice de masse corporelle- qui est le rapport du poids en kilo sur la taille en mètre au carré (P/T²). Entre 25 et 30, il y a surpoids, entre 30 et 40, il y a obésité, au delà, c'est l'obésité morbide. En dessous de 18, c'est la maigreur. Quand on est en surpoids et si on a hérité des "mauvais" gênes de sa famille, on peut devenir obèse sauf si on lutte contre la sédentarité et la "mal bouffe".

 

Différents types d'obésité selon l'IMC : modérée, sévère, morbide

Le diagnostic de l'obésité repose sur le calcul de l'Indice de Masse Corporelle (IMC) pour les personnes de moins de 65 ans. L'IMC est le Poids/Taille². On distingue 3 types d'obésités selon les chiffres d'IMC :

  • Obésité modérée : IMC compris entre 30 et 34,9 kg/m²
  • Obésité sévère : IMC situé entre 35 et 39,9 kg/m².
  • Obésité morbide (espérance de vie réduite à moins de 10 ans) : IMC ≥ 40 kg/m².

Comment calculer l'obésité ?

​​​​​​Obésité abdominale : calcul du tour de taille

L'obésité abdominale est le signe d'une accumulation de masse grasse viscérale. Cette masse grasse profonde se loge autour des organes comme le cœur, le foie ou encore le pancréas et nuit à leur bon fonctionnement. Ainsi, elle est souvent associée à un risque élevé d'accidents cardio-vasculaires et de maladies métaboliques telles que la stéatose hépatique ("foie gras" )ou encore le diabète.

Un tour de taille supérieur à 88 cm chez la femme et 102 cm chez l'homme indique une obésité abdominale.

La mesure du tour de taille à l'aide d'un mètre ruban est un bon reflet de cette obésité abdominale. Les valeurs limites diffèrent selon le sexe. Un tour de taille supérieur à 88 cm chez la femme et 102 cm chez l'homme indique une obésité abdominale.

Obésité infantile

L'obésité touche 4% des enfants français de 6 à 17 ans*. La surveillance du poids doit se faire régulièrement chez l'enfant (à chaque visite médicale) en reportant les mesures dans le carnet de santé. Le suivi préconisé se fait à partir de la courbe de corpulence (garçon/fille) qui est tracée en calculant l'IMC en fonction de l'âge. Si la courbe est située au dessus du 97 percentile ou si elle ne suit pas l'évolution indiquée (courbes en pointillées) en augmentant trop rapidement, cela est révélateur d'un excès de poids et d'un risque élevé d'obésité. Chez la plupart des enfants, la corpulence remonte progressivement à partir de l'âge de six ans et jusqu'à la fin de la croissance. Les enfants dont la corpulence augmente avant l'âge de six ans (" rebond d'adiposité ") ont un risque plus élevé de devenir obèses. Ces dernières années, des cas d'augmentation de la corpulence dès l'âge de trois ans ont été observés !

Causes de l'obésité

L'obésité est une maladie chronique complexe multi-factorielle. On retrouve 3 causes principales :

  • La génétique dans 30 % des cas. Il existe des gènes de prédisposition de l'obésité. Le risque de devenir obèse pour un enfant croit considérablement avec le nombre de personnes touchées dans la famille. D'environ 8 % si un seul des parents ou grands-parents est atteint tôt d'obésité vraie, le risque double si deux des parents ou grands-parents sont obèses et atteint jusqu'à 65 % dans les familles ou quatre personnes parmi les parents ou grands-parents sont touchées.
  • L'environnement avec l'évolution profonde des rythmes de vie, de l'alimentation (fast-food, produits industriels, sodas…) et la réduction importante de l'activité physique. Un faible niveau social augmente également le risque d'obésité.
  • Des facteurs comportementaux et psychologiques comme des troubles anxieux ou dépressifs, des périodes de difficultés psychologiques ou sociales, une diminution du temps de sommeil, un arrêt du tabac non accompagné de mesures adaptées ou encore une consommation d'alcool excessive. Ces situations engendrent souvent des troubles du comportement alimentaires (TCA) de type grignotage, compulsion, anorexie et crises de boulimie.

Symptômes

Les principaux symptômes sont un poids élevé avec un surplus de graisses réparti dans différentes régions du corps (visage, cou, ventre, hanches, cuisses, fesses…) entraînant une mobilité réduite avec des douleurs articulaires, une transpiration excessive et des difficultés respiratoires ainsi qu'une faible estime de soi et dans certains cas, une tendance à la dépression.

Conséquences sur la santé

Les graisses de notre alimentation sont des lipides qui se composent d'acides gras. Tout comme les glucides, les lipides sont des sources d'énergie pour le corps. Ils sont donc indispensables pour se sentir en forme, pour se réchauffer, pour bouger, etc. Pour autant, si on en avale en trop grande quantité, notre corps ne s'en débarrasse pas, il les stocke sous forme de tissu graisseux, sous la peau (tissu adipeux sous-cutané) et autour des organes abdominaux (tissus adipeux viscéraux), comme le cœur, les poumons, le tube digestif ou le foie par exemple. La graisse qui s'accumule n'est pas sans conséquences, notamment lorsqu'elle est localisée au niveau abdominal :

  • Elle peut favoriser l'apparition de plaques de graisses sur la paroi des artères (on parle d'athérosclérose), augmentant ainsi le risque de maladies cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral...).
  • Elle peut perturber le fonctionnement normal du foie, qui peut alors sécréter plus de sucre, augmentant la glycémie, donc le risque de diabète. Surpoids, sédentarité et hérédité sont les trois principaux facteurs de risque du diabète de type 2, aussi appelé diabète gras et qui concerne 90% des diabétiques. Il se définit par une augmentation du taux de sucre dans le sang, lequel fragilise les artères et augmente aussi le risque d'infarctus.
  • Elle favorise la formation de cholestérol : des plaques de cellules graisseuses peuvent progressivement boucher les artères et augmenter le risque d'accident cardiovasculaire.

L'obésité est responsable de très nombreuses pathologies associées, parmi lesquelles on retrouve principalement :

  • Des pathologies cardiovasculaires : insuffisance coronarienne, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral (AVC), maladie vasculaire type problème veineux.
  • Des problèmes respiratoires : hypoxémie, hyperventilation alvéolaire, apnée du sommeil.
  • Des complications rhumatologiques avec des douleurs articulaires.
  • Le mal de dos. "Si votre surpoids est par exemple de 20 kilos, c'est comme si vous portiez en permanence un sac de ce poids qui ne peut que contribuer à tasser vos vertèbres" indique le Pr Jean-Jacques Altman, endocrinologue à Paris.
  • Des troubles psychologiques : anxiété, dépression.
  • Une augmentation des risques de certains cancers (seins, utérus, ovaire, prostate, colon, voies biliaires).

Solutions : comment soigner l'obésité ?

Le traitement de l'obésité nécessite une prise en charge pluridisciplinaire sur le long terme. Tout d'abord médicale pour diagnostiquer les pathologies associées, diététique pour mettre en place et suivre des changements d'habitudes alimentaires soutenue par une prise en charge psychologique pour traiter les traumatismes psychiques, causes profondes à l'origine des troubles du comportement alimentaire. Enfin l'accompagnement pour un professionnel d'activité physique adaptée (APA) est fortement conseillé pour la reprise du sport.

• Alimentation

Il faut reprendre de bonnes habitudes.

  • Manger modérément et varier au maximum les plats : de la viande comme du poisson, des fruits et légumes variés.
  • Faire 3 repas par jour avec un vrai petit déjeuner, sans sauter le déjeuner et sans grignoter.
  • Sans les supprimer totalement, réduire les ennemis du surpoids, à savoir : les fritures, la charcuterie, les sodas, l'alcool, les viandes trop grasses ou en sauce, etc.
  • Pour les encas, préférez une pomme pour vous caler plutôt qu'un gâteau.

Comme l'explique le docteur Boris Hansel, chef de clinique en endocrinologie et nutrition à la Pitié-Salpêtrière à Paris, "la première étape est de renoncer à tout régime restrictif qui ne fera qu'aggraver la situation à moyen terme ! Ensuite, il faut apprendre à analyser ses habitudes alimentaires en étant capable de se remettre en question : avez-vous faim quand vous mangez ? Grignotez-vous ? Etc. Ensuite seulement, il faut apprendre à se rapprocher le plus possible d'une alimentation "idéale" équilibrée tout en évitant l'alcool. Attention : tout cela demande du temps et un travail sur soi. C'est la condition obligatoire à respecter si on veux protéger son corps et sa santé sur le long terme !"

Sport

Selon l'OMS, un style de vie sédentaire augmente les risques de prise de poids. Au contraire, l'exercice physique joue un rôle important dans la prévention de la prise de poids. Et croyez pas qu'activité physique soit synonyme de sport de compétition ! En fait, elle correspond à tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles et entraînant une augmentation des dépenses d'énergie par rapport à la dépense de repos. En conséquence elle recouvre également les déplacements de la vie quotidienne, notamment la marche à pied. D'ailleurs entre une personne qui marche tous les jours pour aller travailler et une autre qui se rassure en pratiquant une heure de sport par semaine, c'est sans doute la première qui est considérée comme la plus active. La régularité prime sur l'intensité.

Conseils pour se bouger au quotidien : 

  • Utilisez l'escalier plutôt que l'ascenseur ou l'escalator.
  • Prenez l'habitude d'aller faire vos petites courses à pied.
  • Profitez que vous sortez votre chien pour marcher un peu.
  • Descendez un arrêt de bus ou de métro plus tôt pour finir le trajet à pied.
  • Profitez de votre pause déjeuner pour sortir marcher 15 minutes.
  • Programmez des promenades en forêt le weekend.
  • Evitez de rester assis pendant des heures devant la télévision ou à votre bureau, n'hésitez pas à faire des pauses.
  • Utilisez un podomètre pour quantifier votre activité physique. L'objectif est d'atteindre 5 000 pas par jour en moyenne surtout si on ne fait pas de sport. 

Opération : dans quels cas ?

Dans les cas d'obésité morbide (IMC ≥40 kg/m²) ou d'obésité sévère avec pathologie(s) associé(es), et seulement après échecs répétés d'une prise en charge pluridisciplinaire, le recours à la chirurgie de l'obésité ou chirurgie bariatrique, peut être proposé. Il y a 3 types d'interventions chirurgicales : l'anneau gastrique, la sleeve gastrectomie et le bypass.

Les professionnels de santé de l'obésité

*Chiffres source : Etude Esteban 2014-2016- Santé Publique France.

Endocrinologie