Maladie de Cushing : cause, symptômes, traitements, séquelles

Liée à un taux de cortisol anormalement élevé, la maladie de Cushing entraîne de nombreux symptômes. Elle toucherait plus souvent les femmes. À quoi est-elle due ? Quels symptômes ? Peut-on en guérir ? Réponses du Pr Philippe Touraine, Chef du Service d'endocrinologie et médecine de la reproduction, à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière.

Maladie de Cushing : cause, symptômes, traitements, séquelles
© Olga Yastremska- 123RF

Définition : qu'est-ce que la maladie de Cushing ?

La maladie de Cushing est une pathologie dont l'ensemble des manifestations est regroupé sous le vocable de syndrome de Cushing. On distingue ces deux entités, car même si la maladie de Cushing est dans près de trois quarts des cas la seule responsable des symptômes décrits ci-dessous, il existe d'autres causes donnant le même syndrome. 

Quelle est la cause ?

La maladie de Cushing correspond à une tumeur située au niveau de l'hypophyse, qui sécrète un excès d'une hormone appelée ACTH (ou hormone adrénocorticotrope), qui agit directement sur la surrénale. Cette tumeur va entraîner un excès de fonctionnement de la corticosurrénale, zone de cette glande responsable de la sécrétion entre autres des glucocorticoïdes. "En outre, d'autres causes peuvent être à l'origine d'une sécrétion excessive de cortisol, principal glucocorticoide, précise le Pr Philippe Touraine. Il existe des tumeurs non hypophysaires sécrétant de grandes quantités d'ACTH (dans le poumon, le thymus, la peau...). Il existe aussi des tumeurs surrénaliennes qui produisent cet excès de cortisol : ce sont les adénomes ou les corticosurrénalomes surrénaliens. Ces hypothèses étiologiques ne doivent pas faire oublier que dans la majorité des cas, lorsqu'on observe un patient avec des signes d'imprégnation excessive de cortisol, c'est dû à la prise de glucocorticoides au long cours, comme dans des maladies inflammatoires". 

Quels sont les symptômes ?

Lors de la maladie de Cushing (et des syndromes de Cushing) les symptômes suivants apparaissent : 

  • gonflement du visage, bien rond, décrit comme "lunaire".
  • obésité androïde, c'est-à-dire essentiellement au niveau de l'abdomen.
  • des vergetures pourpres, principalement sur les membres et l'abdomen.
  • la peau devient plus fragile et moins épaisse.
  • des taches purpuriques sont fréquentes, témoin de la sortie de sang hors des petits vaisseaux, rendus fragiles.
  • perte de la masse musculaire.
  • fragilité osseuse par ostéoporose.
  • hypertension artérielle.
  • troubles sexuels.
  • troubles du comportement.
  • dépression souvent. 

À noter que dans la maladie de Cushing et le syndrome paranéoplasique, une mélanodermie, peau qui devient plus foncée, est possible. "Attention la mélanodermie est surtout un signe de paranéoplasique car les niveaux d'ACTH sont nettement supérieurs à ceux observés lors de la maladie de Cushing", nuance l'endocrinologue. 

Quand et qui consulter ?

En présence de symptômes évoquant la maladie de Cushing, il faut consulter son médecin traitant qui vous orientera vers un spécialiste, à savoir un endocrinologue. Pour confirmer le diagnostic, une prise de sang et/ou une analyse d'urines visant à confirmer l'hypersécrétion de cortisol va être réalisée. La cause de cette hypersécrétion sera ensuite recherchée afin d'adapter le traitement.   

Quel est le diagnostic ?

Le diagnostic est posé devant le tableau clinique couplé à la pratique d'examens complémentaires : 

  • dosage du taux de cortisol dans le sang et/ou la salive à plusieurs heures de la journée et notamment celui de minuit est un bon marqueur.
  • dosage du cortisol dans les urines, augmenté par rapport à la normale.
  • dosage du taux d'ACTH, qui permet l'orientation étiologique ; elle est augmentée dans le cas de la maladie de Cushing ou du syndrome paranéoplasique ; elle est diminuée dans les tumeurs de la surrénale.
  • des tests dits dynamiques sont également fréquemment pratiqués, après injection à des doses variables d'un produit appelé dexaméthasone.
  • en cas d'ACTH diminuée, une imagerie des surrénales sera pratiquée, notamment un scanner. 
  • en cas d'ACTH augmentée comme dans la maladie de Cushing, une IRM hypophysaire permettra l'étude de l'hypophyse.

Peut-on en guérir ?

"Les chances de guérison diffèrent en fonction de la localisation de l'adénome responsable de la maladie de Cushing, indique le spécialiste. Lorsqu'il est bien visible à l'IRM et qu'il ne s'étend pas dans une zone non accessible au chirurgien, les chances de guérison sont de 70 à 80%. Quand l'adénome hypophysaire est mal identifié à l'IRM, la chirurgie hypophysaire permet de guérir le patient dans moins de 70% des cas. En revanche, si l'adénome hypophysaire est très gros, la chirurgie permet de diminuer l'excès de cortisol mais pas de le supprimer". 

Quels sont les traitements ?

Le traitement du syndrome de Cushing dépend de la cause de l'hypersécrétion de glucocorticoïdes. Habituellement, la tumeur en cause dans l'excès de sécrétion des glucocorticoïdes doit être enlevée chirurgicalement.

Quelles peuvent être les séquelles de la maladie de Cushing ?

La maladie de Cushing peut entraîner différentes séquelles : 

  • Ostéoporose du fait de la surimprégnation en glucocorticoïdes.
  • Troubles psychiatriques liés au sevrage en glucocorticoïde.
  • Insuffisance hypophysaire partielle ou complète post-chirurgie. 
  • Hypertension artérielle.
  • Diabète.
  • Troubles du cycle menstruel et augmentation du risque d'infertilité.
  • Augmentation du risque d'infections. 

Quelle est l'espérance de vie ?

"Si non traitée ou partiellement traitée, la maladie de Cushing peut favoriser les comorbidités (fractures vertébrales, risques cardiovasculaires, infectieux, psychiatriques) et ainsi menacer le pronostic vital, prévient le Pr Philippe Touraine. Dans de rares cas, la maladie de Cushing peut être due à un corticosurrénalome dont le pronostic est souvent médiocre. Cependant, dans la grande majorité des cas, le syndrome de Cushing est lié à des lésions bénignes et peut être facilement guérie".  

Merci au Professeur Philippe Touraine, Chef du Service d'endocrinologie et médecine de la reproduction, à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière.

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