Test de dépistage du coronavirus : comment le faire et où ?

En France, les tests de dépistage du coronavirus dits "PCR" ne sont pas réalisés à tous les patients qui présentent des symptômes de Covid-19. Comment se faire tester ? Où ? Avec quels types de tests ? A quand les tests sérologiques par prise de sang ?

Test de dépistage du coronavirus : comment le faire et où ?
©  VALERIE KOCH/SIPA

[Mise à jour le mardi 31 mars à 16h49] Si l'épidémie de Covid-19 est mondiale, tous les pays n'adoptent pas la même stratégie de dépistage. Alors qu'en Corée du Sud, les dépistages sont massifs avec des tests à grande échelle menés sur la population, en France, les dépistages ne sont effectués que sous certaines conditions depuis le passage en stade 3 de l'épidémie.

Dépistage du coronavirus en France

"J'ai commandé 2 millions de tests qui nous seront livrés en avril, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran le 26 mars 2020. Ils sont un maillon essentiel de notre stratégie pour tester massivement les Français et pour rendre accessible le dépistage aux plus fragiles, dans nos EHPAD." Alors que l'épidémie flambe dans le pays, la France manque de tests diagnostics. Leur fabrication nécessite notamment des produits importés de Chine et des États-Unis, qui ne sont plus livrés en quantité suffisante. Actuellement 12 000 tests sont réalisés chaque jour avec un objectif de passer à 20 000 tests par jour d'ici une semaine et 50 000 à la fin avril (en Corée, la capacité est de 60 000 tests quotidiens). C'est au stade 3, le 14 mars 2020, que le gouvernement a décidé de changer sa stratégie de dépistage en ne ciblant que les plus à risque : "Les tests ne servent pas à mesurer, mais à contenir l'épidémie. En phase épidémique, le principe est de ne plus tester systématiquement. Il n'y pas de droit à être dépisté, et pas d'avantage particulier à le faire pour la population générale" explique-t-il sur son site. Mais cette stratégie de test "va évoluer dans les prochains mois" précise le gouvernement "conformément aux recommandations de l'OMS qui incite dorénavant à tester massivement la population et au regard de l'évolution de l'épidémie".

Au 28 mars 2020, 12 000 tests par PCR sont réalisés chaque jour, et d'ici la fin du mois d'avril ce sont 50 000 tests classiques qui seront réalisables.

Principe : en quoi consiste le test diagnostique du coronavirus ?

Le test diagnostique PCR ("polymerase chain reaction") consiste en un prélèvement naso-pharyngé (gorge, nez, nasopharynx) qui se fait à l'aide d'un petit écouvillon (goupillon) qui est inséré dans le nez. Il est obligatoirement effectué par un médecin ou une infirmière. Le dépistage du coronavirus peut aussi être associé à un prélèvement au niveau des voies respiratoires basses (crachats...) L'échantillon est ensuite analysé par un laboratoire spécialisé (465 laboratoires de ville et d'établissements de santé sont habilités à réaliser ces tests) afin de rechercher la présence du matériel génétique du coronavirus et ainsi confirmer le diagnostic de l'infection. Il s'agit d'un test qui n'est pas invasif (mais désagréable pour le patient) et qui est facile à effectuer

A quoi sert ce test ?

Détecter le coronavirus permet de suivre l'évolution de l'épidémie, du moins des formes les plus graves. Plusieurs types de coronavirus sont susceptibles d'entraîner des infections respiratoires dont les manifestations vont du simple rhume à la détresse respiratoire. "Dans les cas les plus sévères, un prélèvement biologique va permettre d'identifier le pathogène responsable. En complément, la réalisation d'un scanner ou d'une radiographie des poumons permet d'évaluer l'étendue des lésions pulmonaires et de déterminer la prise en charge de la personne", précise la spécialiste. La réalisation de test diagnostic permettra aussi de surveiller la propagation du virus quand le confinement sera levé.

Qui peut faire ce test ?

N'est pas testé qui veut. Ce n'est pas parce que l'on présente des symptômes semblables à ceux provoqués par le coronavirus que l'on va pouvoir bénéficier d'un test diagnostic. À ce stade 3 de l'épidémie, le test PCR est réservé aux :

Personnes avec des critères liés à la gravité :

  • Patients présentant une symptomatologie respiratoire hospitalisés en réanimation (Syndrome de détresse respiratoire aiguë SDRA notamment) ;
  • Patients avec des symptômes évocateurs de Covid-19 hospitalisés pour une pneumopathie avec signes de gravité (pneumopathie hypoxémiante).
  • Personnels de santé avec symptômes évocateurs de Covid-19 qui doivent être dépistés prioritairement afin de limiter la diffusion nosocomiale.

Dans les établissements hospitaliers, au 24 mars 2020, 101 046 tests ont été réalisés et 20 068 sont positifs pour le SARS-CoV-2. 

Critères liés à une comorbidité : 

  • Personnes à risque de formes graves comme définies ci-dessus et présentant des symptômes évocateurs de Covid-19.
  • Femmes enceintes symptomatiques quel que soit le terme de la grossesse.

Critères liés à une situation :

  • Patient hospitalisé pour une autre cause et devenant symptomatique (toux ou fièvre ou dyspnée).
  • Donneurs d'organes, de tissus ou de cellules souches hématopoïétiques.
  • Suivi de l'excrétion virale chez les patients graves de réanimation afin de guider le traitement.
  • Exploration d'un foyer de cas possibles (en particulier en collectivités de personnes âgées). Au sein de ce type de collectivité, le nombre de tests est limité à 3 par unité.

Si on n'appartient à aucune de ces catégories, un médecin effectue le diagnostic sur signes cliniques. Les tests en ambulatoire sont possibles. 

Comment et où se faire dépister ?

"Au départ, ce test était réalisé uniquement dans des centres de référence parce qu'ils disposaient des chercheurs et de toutes les technologies nécessaires. Désormais, la plupart des grands centres hospitaliers en sont équipés afin de pouvoir donner une réponse plus rapidement en cas de suspicion d'infection au coronavirus", commente Marie-Françoise Gros. Les laboratoires de ville ont été autorisés à réaliser les dépistages de coronavirus. "120 laboratoires de ville et d'établissements de santé sont habilités à réaliser ces tests" a précisé le directeur général de la santé Jérôme Salomon, le 22 mars.

Il ne faut en aucun cas se rendre directement dans les laboratoires de biologie, mais les appeler au préalable.

  • Pour les patients diagnostiqués à l'hôpital ou avec signes de gravité, ces tests seront réalisés dans les hôpitaux.  
  • Pour les autres patients répondants aux critères de dépistage, il est possible d'être testé dans les laboratoires en ville, après contact du médecin traitant et prescription médicale. Les prélèvements seront réalisés à domicile. Il ne faut en aucun cas se rendre directement dans les laboratoires de biologie, mais les appeler au préalable, et seulement si on a une prescription médicale, car il existe un grand risque de contaminer d'autres malades, notamment les plus fragiles. Certains hôpitaux comme l'hôpital Henri-Mondor AP-HP de Créteil (Val-de-Marne) a mis en place un centre de dépistage ambulatoire du coronavirus qui accueille les patients sans qu'ils passent par les services de l'hôpital. Envoyés par le 15 ce sont des patients qui ne passent pas par les urgences mais qui vont venir spécifiquement avec des symptômes, une suspicion potentielle d'infection par le coronavirus. Enfin, de plus en plus de laboratoires mettent en place des dépistages "drive" où les patients disposant d'une ordonnance médicale sont dépistés en restant dans leur voiture.

Test positif ou négatif : que faire ?

Si je suis testé positif ou si je suis diagnostiqué cliniquement : je reste strictement à domicile, si j'ai un rendez-vous médical indispensable je porte un masque pour m'y rendre. En cas de difficulté respiratoire, j'appelle le 15. Je me fais prescrire un arrêt de travail initial d'une durée de 7 à 14 jours, entre le 6ème et le 8ème jour j'ai un avis médical, à distance, pour faire surveiller mes symptômes. En fonction de mon état je renouvelle cet arrêt pour 7 jours supplémentaires. Mon isolement sera levé 48h après la résolution complète des symptômes. Au 24 mars, la moyenne d'âge des patients testés positifs pour le SARS-CoV-2 est de 70 ans. Les données confirment le faible nombre d'enfants touchés en ville comme à l'hôpital.

Si je suis testé négatif, mon isolement à domicile est levé, j'applique les gestes barrières (je me lave les mains très régulièrement, je tousse et j'éternue dans mon coude, j'utilise des mouchoirs à usage unique, je salue sans serrer la main et j'évite les embrassades). 

Etes-vous cas possible, probable ou confirmé ?

En fonction des symptômes présentés, un patient peut être suspecté d'avoir le virus Sars-Cov-2, possiblement infecté ou confirmé. 

  • Cas possible : Toute personne présentant des signes cliniques d'infection respiratoire aiguë avec une fièvre ou une sensation de fièvre, ET Ayant voyagé ou séjourné dans une zone d'exposition à risque dans les 14 jours précédant la date de début des signes cliniques.

OU Toute personne, même sans notion de voyage/séjour dans une zone d'exposition à risque ou de contact étroit avec un cas confirmé de COVID-19, présentant une pneumonie pour laquelle une autre étiologie a été préalablement exclue sur la base de critères cliniques, radiologiques et/ou virologiques et dont l'état clinique nécessite une hospitalisation OU des signes de détresse respiratoire aiguë pouvant aller jusqu'au SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aiguë) dans un contexte possiblement viral et sans autre étiologie évidente d'emblée.

  • Cas probable : Toute personne présentant des signes cliniques d'infection respiratoire aiguë dans les 14 jours suivant un contact étroit avec un cas confirmé de COVID-19. 
  • Cas confirmé : patients, symptomatique ou non, avec un prélèvement biologique confirmant la présence du SARS-CoV-2..
  • Cas contact : personne ayant été en contact avec un "cas confirmé" avec différents niveaux de risque : négligeable, faible et modéré/élevé. Un contact étroit est une personne qui, à partir de 24h précédant l'apparition des symptômes d'un cas confirmé, a partagé le même lieu de vie (famille, même chambre) ou a eu un contact direct avec lui, en face à face, à moins d'1 mètre du cas et/ou pendant plus de 15 minutes, lors d'une discussion ; flirt ; amis intimes ; voisins de classe ou de bureau ; voisins du cas dans un moyen de transport de manière prolongée ; personne prodiguant des soins à un cas confirmé ou personnel de laboratoire manipulant des prélèvements biologiques d'un cas confirmé, en l'absence de moyens de protection adéquats.

Délai de résultats 

Le délai pour avoir un résultat est entre trois et cinq heures. Le résultat de cet examen est rendu au patient et au médecin prescripteur, avec information à la cellule d'intervention de Santé Publique France en région, à l'agence régionale de santé et au centre de crise de la Direction Générale de la Santé.

De nouveaux tests de détection du coronavirus

Dans le contexte actuel d'urgence publique sanitaire, les laboratoires et les instituts de recherches développent des solutions de diagnostique permettant de détecter le virus SARS-Cov-2, responsable de l'épidémie Covid-19. Parmi les solutions proposées :

Test rapide

BioMérieux a annoncé la finalisation de son "test totalement automatisé qui peut être utilisé pour le diagnostic individuel d'un patient en urgence. L'avantage de ce système, c'est que toujours à partir d'un prélèvement respiratoire, il permet d'obtenir un résultat en 1 heure avec un système complètement automatisé. Il a été développé dans nos centres de recherche aux Etats-Unis, en partenariat avec le ministère de la Défense américaine avec lequel nous avons déjà travaillé pour d'autres tests", détaille Marie-Françoise Gros. Ce test va être disponible aux Etats-Unis dans un premier temps. En parallèle, les Etats-Unis viennent d'autorisé le 27 mars, le test du laboratoire ID Now qui permet de détecter le SARS-Cov-2 en quelques minutes. Ce test repose sur l'analyse moléculaire de la salive. Le laboratoire Allemand Bosch Healthcare Solutions a opté pour le même principe de test sur l'analyse moléculaire. Son test qui permettra d'obtenir un résultat en moins de 2h30 sera disponible dès le mois d'avril. Ces tests n'ont pas encore obtenus l'approbation des autorités de santé en France.

La sérologie est une méthode biologique utilisant le sérum pour établir des diagnostics médicaux.

Test sérologique

Des tests sérologiques avec la recherche d'anticorps liés au coronavirus dans le sang devraient arriver d'ici quelques semaines. "Ils permettront de montrer qui est immunisé, qui a rencontré le virus, et qui ne l'est pas et n'a donc pas rencontré le virus" a explique le Pr Jérôme Salomon lors du point de situation du 29 mars. La sérologie est une méthode biologique utilisant le sérum pour établir des diagnostics médicaux. Le sérum est un constituant du plasma sanguin. Lors d'une prise de sang, le biologiste va analyser le sérum. La sérologie permet de poser un diagnostic des maladies infectieuses, des maladies auto-immunes, de déterminer les groupes sanguins, de suivre l'évolution de certaines maladies, de vérifier les vaccinations. De plus, la sérologie est aussi un outil de dépistage, notamment pour le SIDA ou les hépatites, ainsi qu'un outil épidémiologique. Cette méthode de test fait l'objet d'un premier dispositif développé par NG Biotech en France : le test prélève une goutte de sang (selon le même principe qu'un test du diabète) et identifie en 15 minutes les anticorps spécifiques produits par l'organisme lors de l'infection au SARS-Covid-19. Le test, développé avec le soutien de l'AP-HP (Assistance publique -Hôpitaux de Paris) et du CEA-Saclay est cliniquement validé en France. Il pourrait être bientôt proposé.

Merci à Marie-Françoise Gros, Directrice des Affaires Médicales chez bioMérieux, spécialiste français du diagnostic médical. 

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