Transpiration : rôle, odeur, ça marche comment ?

La transpiration a un rôle régulateur essentiel pour le maintien de la température corporelle à 37,5°. Toutefois, elle peut causer des soucis lorsqu'elle est excessive ou malodorante. Qui consulter ? Quels sont les traitements adaptés ? Les réponses avec le Dr Marie Jourdan, dermatologue.

Transpiration : rôle, odeur, ça marche comment ?
© spukkato

Quel est le rôle de la transpiration ?

"La transpiration est un phénomène naturel et indispensable qui permet de réguler la température corporelle", indique la dermatologue Marie Jourdan. "Elle est régie par le thermostat central qui s'appelle l'hypothalamus", poursuit-elle. Lorsque l'hypothalamus reçoit le signal que la température corporelle augmente trop, alors il va activer les mécanismes de la transpiration par un système nerveux reflexe et inconscient, le système nerveux sympathique. "C'est lui qui va alors activer les glandes sudorales, c'est-à-dire les glandes de la transpiration", explique la médecin. L'hypothalamus tente de maintenir la température corporelle à 37,5°. C'est pour cette raison que l'on transpire davantage lorsque l'on fait du sport ou que l'on a de la fièvre. 

Quelle est l'odeur normale de la transpiration ? 

"La transpiration est un mélange d'eau et de minéraux qui n'a pas d'odeur en soi", rappelle Marie Jourdan. Toutefois, il y a deux populations de glandes sudorales qui vont produire une transpiration de nature un peu différente. Les premières sont celles que l'on a sur tout le corps, actives depuis l'enfance, qui s'appellent les glandes eccrines. Les secondes s'activent uniquement au moment de l'adolescence : ce sont les glandes apocrines. "Ces dernières se situent au niveau des aisselles, des aréoles mammaires et du pubis et fabriquent une transpiration plus grasse", précise la dermatologue. "Or c'est la digestion par les bactéries de cette transpiration plus riche en protéines qui va créer des odeurs", explique-t-elle.

Pourquoi la transpiration change-t-elle d'odeur ? 

Outre la nature et la localisation de la glande sudorale qui produit la transpiration, son odeur peut changer en fonction de ce qu'elle contient exactement et notamment par rapport à l'alimentation. "La consommation d'aliments comme les épices ou les oignons vont souvent avoir une incidence sur l'odeur de la transpiration", affirme la spécialiste. "L'imprégnation des odeurs dans les habits en fonction des matières peuvent aussi changer l'odeur corporelle", ajoute-t-elle. Enfin, avec l'activation des glandes apocrines, au moment de l'adolescence, la transpiration sent souvent plus fort.

Quelles sont les causes d'une transpiration nocturne ?

La température corporelle augmente un peu la nuit ce qui peut faire transpirer un peu plus. Mais en cas de transpiration importante, on parle d'hyperhidrose nocturne. "Elle peut survenir en cas de changement hormonal (grossesse, ménopause, arrêt de la pilule, par exemple) ou pour des raisons médicales comme l'obésite, l'hyperthyroïdie ou le diabète", indique Marie Jourdan. "L'hyperhidrose nocturne associée à d'autres signes fera rechercher un cancer profond ou du sang (lymphome) ou une tuberculose", ajoute-t-elle. 

Quelles sont les causes d'une transpiration excessive ? 

En plus de l'obésité, du diabète et de l'hyperthyroïdie, certains médicaments ou un traitement par chimiothérapie peuvent aussi entraîner une sudation excessive. Il est aussi possible de ne pas retrouver de cause hormonale ou médicale à cette transpiration excessive. "Dans ce cas, on parle d'hyperhidrose idiopathique", affirme Marie Jourdan. "Cela s'explique par une hyperexcitabilité de l'hypothalamus ou une hyperexcitabilité neurologique périphérique", développe-t-elle.

Quand et qui consulter en cas de problème de transpiration ? 

En cas de problème de transpiration, le dermatologue est l'interlocuteur référent. "C'est lui qui va déterminer si la cause est médicale ou idiopathique, si la transpiration est généralisée ou localisée sur les mains ou les aisselles par exemple", indique la dermatologue. En fonction de ces éléments, le médecin va proposer des solutions différentes. 

Quelles maladies font transpirer ? 

Le diabète, l'obésité et l'hypothyroïdie peuvent être à l'origine d'une transpiration excessive. "La phéochromocytome ou encore un syndrome de sevrage, qui peut être dû à l'arrêt d'un traitement antidépresseur par exemple, ont aussi cet effet sur le corps", ajoute la médecin.

Que faire en cas de problème de transpiration ?

Outre des déodorants, des anti-transpirants peuvent aussi être proposés contre un problème de transpiration local. Formulés à base de chlorure d'aluminium, ils permettent une réaction chimique avec la transpiration. "Ce produit va créer des bouchons de kératine dans les pores qui vont bloquer la production de sueur de façon transitoire", précise Marie Jourdan. Il peut s'agir de "roll on", de crème ou encore de poudre à utiliser sur les aisselles, les mains ou sur les pieds par exemple. 

Contre les problèmes de transpiration localisés, la technique par ionophorèse est aussi un traitement possible. "Des petits mouvements électroniques dans l'eau vont permettre de boucher les canaux des pores pour moins transpirer", explique la spécialiste. Les injections de botox permettent aussi de lutter contre la transpiration excessive localisée. Le plus couramment, elles s'effectuent au niveau des aisselles mais elles peuvent aussi s'injecter dans les pieds ou les mains même si cela est plus douloureux. La molécule va bloquer la transpiration pendant quelques mois sur les zones visées. "Enfin, le Miradry® est une option proposée depuis quelques années contre la transpiration excessive des aisselles", informe la dermatologue. Avant de poursuivre : "cet appareil effectué par des médecins délivre des microondes après une anesthésie locale qui vont pouvoir détruire les glandes sudorales". Une ou deux séances vont être programmées selon les cas. "Contre la transpiration excessive généralisée, des comprimés anticholinergiques peuvent être proposés aux patients", nous apprend aussi Marie Jourdan. "Il s'agit d'un traitement efficace qui implique toutefois des effets indésirables comme des malaises vagaux ou de l'hypotension", explique-t-elle. Enfin, une intervention chirurgicale qui n'est quasiment plus pratiquée aujourd'hui consistait à couper le nerf thoracique sympathique. Cependant, ce traitement appelé sympatectomie thoracique provoquait dans la majorité des cas une hyperhidrose compensatrice du bas du corps. 

Merci à la dermatologue Marie Jourdan.  

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