Cancer et Covid-19 : vaccination, risques, quels conseils ?

Les personnes atteintes de cancer sont plus à risque de présenter des formes graves de Covid-19. Certaines sont "ultra-prioritaires" pour la vaccination. Lesquelles ? Que sait-on des effets secondaires du vaccin chez les patients atteints de cancer ? Quels conseils pour se protéger du coronavirus en toutes circonstances ?

Cancer et Covid-19 : vaccination, risques, quels conseils ?
© 123RF-Jean-Paul

[Mise à jour le mercredi 10 mars à 18h05] Les données scientifiques actuelles montrent que les personnes atteintes d'un cancer et immunodéprimées ont plus de chances de développer des formes graves de la Covid-19. Surtout pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon, une pathologie souvent associée à des troubles respiratoires, avec un risque accru d'aggravation par l'infection Covid-19. Depuis le 18 janvier 2021, les personnes atteintes de cancer et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie sont prioritaires à la vaccination quel que soit leur âge. Qui doit se faire vacciner en priorité ? Quand faut-il éviter la vaccination ? Quelles précautions adopter face au Covid quand on est atteint d'un cancer ? Doit-on limiter les déplacements et les visites des proches ? Conseils.

Qui doit se faire vacciner en priorité ?

Depuis le 18 janvier 2021, les personnes atteintes de cancer et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie sont inscrites sur la liste des personnes prioritaires à la vaccination Covid, quel que soit leur âge. La vaccination peut se faire dans un centre de vaccination (en ayant une ordonnance du médecin), le vaccin Pfizer ou Moderna sera alors administré ; ou chez le médecin traitant ou du travail avec le vaccin AstraZeneca. 

Pour les patients atteints d'hémopathies malignes, sont considérés comme ultra-prioritaires :

  • les patients ayant reçu une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques, à plus de 3 mois et moins de 3 ans de leur allogreffe, en l'absence de GVHD aigüe ou chronique non contrôlée ;
  • les patients traités activement (y compris les traitements d'entretien) pour une hémopathie aigüe, quel que soit son type (myéloïde ou lymphoïde) et quel que soit leur âge dès lors que leur programme de soins ne s'effectue pas majoritairement en hospitalisation prolongée ;
  • les patients traités activement pour un myélome multiple, un lymphome T, un lymphome B diffus à grandes cellules, un lymphome folliculaire, une leucémie lymphoïde chronique, en première et deuxième ligne de traitement pour ces pathologies ;
  • les patients pour lesquels l'une des pathologies précédemment citées vient d'être diagnostiquée et qui doivent être placés à court terme en traitement actif, doivent faire l'objet d'une vaccination immédiate. La réalisation du protocole complet de vaccination doit se poursuivre en parallèle de la mise en traitement, la vaccination ne doit pas retarder le traitement de la pathologie maligne, une efficacité rapide et significative après la première injection des vaccins actuellement disponibles ayant été rapportée.

Dans la cas particulier des patients recevant des anti-CD20, considérant l'immunogénicité particulière des vaccins à ARNm et la capacité diminuée mais non nulle à mettre en oeuvre une réponse immunitaire de ces patients, l'application du principe de précaution prévaut. Toutefois, la vaccination est assujettie à des réserves formulées dans l'avis.

Pour les patients atteints de cancers solides, sont considérés comme ultra-prioritaires :

  • les patients dont les traitements de leur néoplasie, quelles qu'en soient les modalités et les séquences, sont entrepris à visée curative, à l'exclusion des tumeurs cutanées baso-cellulaires ;
  • les patients en traitement actif, sans visée curative, par chimiothérapie de première ou deuxième ligne ;
  • les patients recevant une radiothérapie pour une tumeur intra-thoracique primitive incluant un volume pulmonaire important, une radiothérapie incluant un grand nombre d'aires ganglionnaires thoraciques et/ou abdomino-pelviennes et/ou un grand volume de tissus hématopoïétiques.

L'Institut national du cancer rappelle que cet avis ne se substitue pas à la connaissance particulière de l'état du patient atteint de cancer par les équipes médicales qui les suivent. La relation médecin-patient, dans le processus de décision partagée conduisant à la vaccination, reste essentielle.

"Pour les patients en chimiothérapie, il n'y a pas d'effets secondaires du vaccin plus importants que pour les autres personnes"

Effets secondaires, contre-indications à la vaccination : que sait-on ? 

  • Le vaccin Pfizer n'a pas de contre-indications pour les personnes immunodéprimées.
  • Dans la très grande majorité des cas, il n'y a pas de contre-indications à la vaccination sous chimiothérapie. L'oncologue en charge du patient positionne la vaccination au bon moment, en fonction de l'état de santé de la personne. 
  • Quelques patients atteints de cancer faisaient partie de l'essai clinique mené par Pfizer et au vu des connaissances actuelles à notre disposition "nous n'avons pas noté d'effets secondaires augmentés pour les patients immunodéprimés" indique la Fondation Arc dans un communiqué du 2 février.
  • Les effets secondaires du vaccin sont rares, les plus fréquents sont des effets locaux à l'endroit où est effectuée l'injection. Il peut y avoir également des maux de tête, quelque fois de la fièvre mais ce sont des effets transitoires. "Pour les patients qui sont en chimiothérapie, il n'y a pas d'effets secondaires du vaccin plus importants que pour les autres personnes" précise la Fondation.

Les personnes atteintes de cancer sont-elles considérées comme "vulnérables" ?

Les personnes vulnérables ont été identifiées par le Haut conseil de la santé publique (HCSP) comme étant à risque de formes graves de Covid-19. Elles doivent être particulièrement protégées pendant cette crise sanitaire. Dans la liste des personnes vulnérables sont désignées celles atteintes "de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie)" et celles atteintes d'une immunodépression congénitale ou acquise, dont médicamenteuse en cas de chimiothérapie anticancéreuse. Depuis le 12 novembre, celles souffrant d'une tumeur maligne primitive cérébrale sont aussi reconnues comme "vulnérables" à la Covid-19.

Les patients atteints de cancer ont 4 à 5 fois plus de risques de développer une forme sévère du Covid-19 s'ils sont infectés par le virus. "Leur système immunitaire affaibli par certains traitements, dont la chimiothérapie, les rend plus fragiles" explique l'Institut national du cancer. En revanche , être atteint d'un cancer n'entraîne pas "un risque plus élevé de transmission du SARS-CoV-2 aux autres citoyens" rappelle le Conseil scientifique dans un Avis du 20 avril 2020

Si vous suivez uniquement un traitement par hormonothérapie, "celui-ci ne vous fait pas automatiquement considérer comme une personne à risque de forme grave de COVID-19 par le Haut Conseil de la santé publique" explique l'Inca.

Cancer et télétravail : dans quels cas ?

Le télétravail est à privilégier pour les personnes atteintes d'un cancer. Lorsque le télétravail n'est pas possible, des mesures de protection complémentaires doivent obligatoirement être mises en place :

  • bureau individuel ou limitation du risque  (ex : écran de protection, aménagement des horaires)
  • vigilance particulière quant au respect des gestes barrière ;
  • absence, ou à défaut limitation du partage du poste de travail et nettoyage et désinfection de ce dernier au moins en début et en fin de poste ;
  • mode de déplacement domicile travail favorisant le respect des gestes barrières, pouvant notamment s'appuyer sur une adaptation des horaires d'arrivée et de départ.

Cancer et chômage partiel : démarches, pour qui ?

Lorsque le respect des mesures préalablement citées n'est pas possible, l'activité partielle et les arrêts de travail dérogatoires seront maintenus, sur prescription du médecin, pour les personnes atteintes des pathologies telles que définies par le Haut Conseil de la Santé Publique et listées dans le décret du 10 novembre 2020. En pratique :

► une personne salariée peut demander à bénéficier d'un certificat d'isolement à son médecin traitant, de ville ou du travail. Ce certificat est alors à présenter à l'employeur afin d'être placé en activité partielle. Lorsque le salarié a déjà fait à ce titre l'objet d'un certificat d'isolement entre mai et août derniers, un nouveau justificatif ne sera pas nécessaire, sous réserve que les possibilités d'exercice de l'activité professionnelle en télétravail ou en présentiel n'ont pas évolué. Lorsque le salarié est en désaccord sur l'appréciation portée par l'employeur sur la mise en œuvre des mesures de précautions supplémentaires permettant l'exercice de l'activité en présentiel, il peut demander au médecin du travail d'évaluer la situation. Dans l'attente de cet avis médical, le salarié demeure en activité partielle, au regard du principe de précaution qui prévaut ;

►une personne non salariée peut demander à bénéficier d'un arrêt de travail dérogatoire (sans délai de carence notamment) via le télé-service "declare.ameli.fr" ou pour les assurés du régime agricole sur le télé-service "declare2.msa.fr", sans consultation préalable d'un médecin.

Quelles précautions pour les personnes atteintes d'un cancer ?

Si les mesures barrières sont préconisées pour toute la population en France, celles atteintes de cancer doivent être encore plus prudentes. Voici les recommandations émises par l'Institut Gustave Roussy et le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) :

  • Masques : porter un masque grand public à domicile en présence de visiteurs et en cas de sorties (dans les commerces notamment). Porter un masque chirurgical lors de consultations médicales en cabinet libéral ou en milieu hospitalier. Les masques doivent être portés sans les toucher. Chaque manipulation doit être suivie du lavage des mains (eau et savon ou friction hydro-alcoolique).
  • Lavage des mains : se laver les mains après toute manipulation d'un masque (tout type de masque), avant de préparer les repas, de les servir et de les consommer et avant de sortir de chez soi, se laver les mains après s'être mouché, avoir toussé ou éternué, avoir rendu visite à une personne, chaque sortie à l'extérieur, avoir pris les transports en commun, être allé aux toilettes.
  • Distance sociale : Respectez la distance recommandée de 2 mètres avec vos voisins ou les amis qui viendraient vous rendre visite s'ils retirent leur masque. "Les déplacements dans des zones de forte densité de population doivent être limités ou organisés pour respecter les mesures de distance physique" précise le HCSP. 
  • Continuez de surveiller l'apparition de symptômes d'infection respiratoire (toux, difficultés à respirer…) ;
  • En cas de doute, prenez votre température ;
  • Surveillez si vous développez une conjonctivite ou une perte du goût ou de l'odorat ;
  • Evitez autant que possible les transports en commun ;
  • Nettoyez régulièrement avec lingettes ou eau de javel les zones de contact telles que claviers, interrupteurs, poignées de porte…
  • Évitez tout contact avec les personnes fragiles (femmes enceintes, malades chroniques, personnes âgées…) ;
Les patients ne doivent pas hésiter à prendre contact par téléphone, téléconsultation ou mail, avec leur équipe de soins ou leur médecin traitant, seuls habilités à leur répondre de façon personnalisée.

Déplacements : comment limiter les risques ?

Si vous êtes atteint d'un cancer, vous êtes considéré comme une personne vulnérable : "Vous veillez donc à limiter vos déplacements au strict nécessaire, aussi longtemps que dure l'épidémie" préconise l'Institut national du cancer. De plus, il faut éviter les transports en commun (sauf si c'est absolument nécessaire).

• En cas de sortie en dehors du domicile : respecter une distance physique d'au moins 1 mètre (2 mètres si vous ne portez pas de masque) entre deux personnes en milieux extérieur et intérieur (comme pour faire des courses dans un magasin) et porter systématiquement un masque grand public. 

• En cas de sortie impliquant un effort physique (par exemple si vous vous rendez au travail en vélo) : le port du masque n'est pas forcément adapté et peut donc être aménagé, si vous n'avez pas de contact rapproché avec d'autres personnes durant ce trajet. 

Covid-19 et cancer du sein
Dans une première étude mondiale menée sur les patientes en cours de traitement pour un cancer du sein à l'Institut Curie et présentant une infection par le SARS-CoV-2, les médecins ont rapporté l'absence de surmortalité majeure apparente chez les femmes atteintes par le virus et traitées pour un cancer du sein. Le COVID-19 ne semble non pas plus fréquent chez les patientes traitées que dans la population générale.

Visites à domicile : quelles précautions ?

Les personnes soignées pour un cancer doivent limiter les visites à domicile à celles qui sont vraiment essentielles. En clair, les autorités recommandent de  :

  • N'autoriser qu'un seul visiteur par visite.
  • Éviter les visites de personnes symptomatiques.
  • Eviter tous contacts avec les personnes fragiles : femmes enceintes, âgées, malades chroniques...
  • Appliquer scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation physique : distance d'au-moins un mètre, ne pas se serrer la main ou s'embrasser, ne pas toucher d'objet ou surfaces, porter un masque chirurgical ou grand public, lavage des mains pour le visiteur dès l'arrivée dans le domicile et port du masque grand public obligatoire.
  • La pièce dans laquelle la personne reçoit un visiteur comportera une fenêtre et sera ventilée par ouverture de la fenêtre pendant 10 à 15 minutes après la visite en s'assurant de fermer la porte.
  • Les visites de personnes malades doivent être évitées.

Consultations et intervention médicales

En cas de cancer, les consultations à distance sont à privilégier (télémédecine, téléconsultations...) ainsi que le renouvellement d'ordonnance par le pharmacien. Certaines opérations et consultations non urgentes peuvent être reportées. N'hésitez pas à contacter votre chirurgien, votre radiothérapeute ou votre oncologue pour les reprogrammer sans attendre.

​​​​Accompagnement et visites à l'hôpital 

En milieu hospitalier durant l'épidémie, les visites des patients atteints de cancer par des personnes venant de l'extérieur sont fortement limitées (voire parfois interdites dans de nombreux établissements de santé), de très courte durée et avec port du masque, de gants et lavage des mains. Pour les venues à l'hôpital en ambulatoire, notamment pour les séances de chimiothérapie ou de radiothérapie, ou pour une chirurgie, il n'est pas possible d'être accompagné à l'intérieur de l'établissement. 

Depuis le 24 août, l'Institut Gustave Roussy a limité les venues dans son établissement face à la recrudescence de Covid-19 en Île-de-France : 

  • Un seul visiteur est autorisé pour les patients hospitalisés (hors pédiatrie ou situations de fin de vie).
    Nous vous invitons à privilégier les contacts téléphoniques pendant cette période particulière.
  • Un seul accompagnant est autorisé pour les patients venant en consultation ou en hôpital de jour. 
  • Chaque visiteur est invité à procéder à une nouvelle friction des mains au gel hydro-alcoolique avant d'entrer dans la chambre de son proche, et régulièrement lorsqu'il reste dans l'établissement, pour sa sécurité et celles des patients et personnels de Gustave Roussy.

Que faire en cas de symptômes ?

Les principaux symptômes de la COVID-19 chez une personne atteinte de cancer sont généralement les mêmes que ceux de la population générale. En cas de symptômes infectieux (fièvre) ou difficultés respiratoires (toux, difficultés à respirer) :

  • Contacter rapidement votre médecin ou le SAMU centre 15 en indiquant votre pathologie ;
  • Évitez tout contact avec votre entourage et conservez votre masque ;
  • Ne vous rendez pas directement chez le médecin, ni aux urgences de l'hôpital, suivez les instructions de votre médecin ou du 15.
  • En cas d'infection par la COVID-19, votre médecin pourrait être amené à suspendre temporairement votre traitement. Les traitements anticancéreux peuvent diminuer vos défenses immunitaires et vous fragiliser. Vous ne devez pas interrompre vos traitements de votre propre initiative. Si vous avez des inquiétudes ou des questions, parlez-en avec votre médecin oncologue ou hématologue et avec votre médecin traitant. 

Le service Cancer info, proposé par l'Institut national du cancer en partenariat avec la Ligue contre le cancer et un groupe d'associations est disponible pour répondre à toutes les questions des patients atteints de cancer : 0 805 123 124 (service et appel gratuits) du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 14h.

Sources : 

Priorisation des patients atteints de cancer pour la vaccination contre le SARS-CoV2 : l'Institut national du cancer publie ses préconisations. Communiqué de presse. 1er février 2021

COVID-19 : les réponses à vos questions. 15 janvier 2021. Institut national du cancer.