Cancer et Covid-19 : précautions pendant le confinement, risques, soins

Les personnes atteintes de cancer sont plus à risque de présenter des formes graves de Covid-19. Le second confinement peut aussi avoir des effets délétères pour elles, s'inquiète la Ligue contre le cancer. Lesquels ? Traitements, visites, télétravail, chômage partiel, soins... Guide de prévention et précautions.

Cancer et Covid-19 : précautions pendant le confinement, risques, soins
© Ivan Kruk - 123RF

[Mis à jour le jeudi 12 novembre à 12h07] Les personnes vulnérables sont plus susceptibles de développer des formes graves du Covid-19. Parmi elles, les personnes atteintes d'un cancer doivent être particulièrement vigilantes en cette deuxième vague épidémique. Surtout pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon, une pathologie souvent associée à des troubles respiratoires, avec un risque accru d'aggravation par l'infection Covid-19. Par ailleurs, le confinement peut avoir des effets délétères pour ce public. Dans un communiqué du 10 novembre, la Ligue contre le Cancer demande aux pouvoirs publics d'agir sans délai afin de protéger et rassurer les personnes atteintes d'un cancer sur les parcours de soin, d'inciter au dépistage, de sécuriser les lieux, et de continuer les diagnostics et les traitements malgré le confinement. "Il n'est pas possible d'attendre la fin de la seconde vague ou un vaccin pour agir ; les dépistages ne doivent pas être arrêtés malgré le confinement et tous les examens indispensables doivent être accessibles. Il est sûr que des dizaines de milliers de cancers ne seront pas détectés d'ici la fin de l'année. Les personnes malades du cancer ne doivent pas être les sacrifiés collatéraux de cette épidémie", insiste le Pr Axel Kahn, Président de la Ligue contre le Cancer. Par ailleurs, les vaccins notamment contre la grippe (ou anti-pneumococcique) doivent être réalisés, recommande l'Institut Gustave Roussy le 24 août 2020. Quelles précautions adopter quand on est atteint d'un cancer ? Doit-on limiter les déplacements et les visites des proches ?

Cancer et confinement : mieux protéger les malades

"Les insuffisances de prises en charge des personnes malades du cancer constatées lors du premier confinement se répètent lors du second, aggravant leur situation", déplore la Ligue contre le Cancer dans un communiqué du 10 novembre 2020. Les rendez-vous médicaux continuent d'être déprogrammés, les accès à certains équipements diagnostiques sont limités, les diagnostics et le début des traitements sont retardés, les interventios chirurgicales sont reportées, la sécurité dans certains hôpitaux est insuffisante exposant les personnes atteintes d'un cancer à un risque de Covid-nosocomiale. Dans ce contexte épidémique, la Ligue contre le Cancer appelle les pouvoirs publics à agir dès le début de ce second confinement. "Les pouvoirs publics doivent lancer une grande campagne de communication pour rassurer les malades sur les parcours de soin, inciter au dépistage, nous le devons aux malades et aux proches, au bord du burn out. Les pouvoirs publics doivent surtout, sur tout le territoire, sécuriser des lieux aptes à assurer la continuité des diagnostics, des traitements et des parcours de soins des personnes malades du cancer, à l'abri des risques de COVID-nosocomiale", indique le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le Cancer. Pour les personnes à risque, le télétravail est à privilégier autant que possible et des précautions sont à prendre : 

Si vous êtes en traitement : beaucoup de ces traitements peuvent diminuer vos défenses immunitaires et vous fragiliser. Cependant, il ne faut pas interrompre vos soins. Mieux vaut en parler à son médecin. S'ils se déroulent à domicile, il faut restreindre les sorties et visites. Sinon, l'équipe en charge du traitement fera les prescriptions adaptées pour votre transport et traitement au centre de soins.

Si vous êtes en parcours de soins post-cancer sans signe évolutif : vous avez les mêmes risques que la population générale, notamment ceux liés à l'âge. Les consignes "barrières" générales s'appliquent à vous. Respectez strictement les consignes des autorités de santé.

Si vous suivez des soins de supports post-cancer : en particulier dans les centres, espaces et antennes de La Ligue.

  • Si les locaux sont dans des foyers épidémiques actifs, une interruption temporaire est préférable.
  • Ne pas se rendre dans des locaux ouverts si vous présentez des signes cliniques, même modérés (rhume, toux, fièvre, fatigue accrue…)

L'association invite tous les malades concernés à témoigner sur le forum dédié sur son site ou par téléphone (0 800 940 939) ou mail à l'adresse suivante : covidcancer@ligue-cancer.net

La nouvelle liste des personnes vulnérables

Les personnes vulnérables ont été identifiées par le Haut conseil de la santé publique (HCSP) comme étant à risque de formes graves de Covid-19. Elles doivent être particulièrement protégées pendant cette crise sanitaire. Les avis du HCSP des 6 et 29 octobre 2020 ont précisé la liste des critères de vulnérabilité. Sont concernées :

  • les personnes âgées de 65 ans
  • celles ayant des antécédents cardiovasculaires (hypertension artérielle compliquée, ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV
  • celles avec un diabète non équilibré ou présentant des complications
  • celles avec une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale
  • celles avec une une insuffisance rénale chronique dialysée
  • celles présentant une obésité (indice de masse corporelle (IMC) > 30 kgm2)
  • celles atteintes de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins
  • celles atteinte d'un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie
  • les femmes au troisième trimestre de grossesse
  • celles atteintes d'une immunodépression congénitale ou acquise :

- médicamenteuse : chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive

- infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3

- consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques

- liée à une hémopathie maligne en cours de traitement.

Ainsi, les patients atteints de cancer ont 4 à 5 fois plus de risques de développer une forme sévère du Covid-19 s'ils sont infectés par le virus. "Leur système immunitaire affaibli par certains traitements, dont la chimiothérapie, les rend plus fragiles" explique l'Institut national du cancer. En revanche , être atteint d'un cancer n'entraîne pas "un risque plus élevé de transmission du SARS-CoV-2 aux autres citoyens" rappelle le Conseil scientifique dans un Avis du 20 avril 2020

Cancer et télétravail : dans quels cas ?

Le télétravail est à privilégier pour les personnes atteintes d'un cancer. Lorsque le télétravail n'est pas possible, des mesures de protection complémentaires doivent obligatoirement être mises en place :

  • bureau individuel ou limitation du risque  (ex : écran de protection, aménagement des horaires)
  • vigilance particulière quant au respect des gestes barrière ;
  • absence, ou à défaut limitation du partage du poste de travail et nettoyage et désinfection de ce dernier au moins en début et en fin de poste ;
  • mode de déplacement domicile travail favorisant le respect des gestes barrières, pouvant notamment s'appuyer sur une adaptation des horaires d'arrivée et de départ.

Cancer et chômage partiel : démarches, pour qui ?

Lorsque le respect des mesures préalablement citées n'est pas possible, l'activité partielle et les arrêts de travail dérogatoires seront maintenus, sur prescription du médecin, pour les personnes atteintes des pathologies telles que définies par le Haut Conseil de la Santé Publique et listées dans le décret du 10 novembre 2020. En pratique :

► une personne salariée peut demander à bénéficier d'un certificat d'isolement à son médecin traitant, de ville ou du travail. Ce certificat est alors à présenter à l'employeur afin d'être placé en activité partielle. Lorsque le salarié a déjà fait à ce titre l'objet d'un certificat d'isolement entre mai et août derniers, un nouveau justificatif ne sera pas nécessaire, sous réserve que les possibilités d'exercice de l'activité professionnelle en télétravail ou en présentiel n'ont pas évolué. Lorsque le salarié est en désaccord sur l'appréciation portée par l'employeur sur la mise en œuvre des mesures de précautions supplémentaires permettant l'exercice de l'activité en présentiel, il peut demander au médecin du travail d'évaluer la situation. Dans l'attente de cet avis médical, le salarié demeure en activité partielle, au regard du principe de précaution qui prévaut ;

►une personne non salariée peut demander à bénéficier d'un arrêt de travail dérogatoire (sans délai de carence notamment) via le télé-service "declare.ameli.fr" ou pour les assurés du régime agricole sur le télé-service "declare2.msa.fr", sans consultation préalable d'un médecin.

Quelles précautions pour les personnes atteintes d'un cancer ?

Si les mesures barrières sont préconisées pour toute la population en France, celles atteintes de cancer doivent être encore plus prudentes. Voici les recommandations émises par l'Institut Gustave Roussy et le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) :

  • Masques : porter un masque grand public à domicile en présence de visiteurs et en cas de sorties (dans les commerces notamment). Porter un masque chirurgical lors de consultations médicales en cabinet libéral ou en milieu hospitalier. Les masques doivent être portés sans les toucher. Chaque manipulation doit être suivie du lavage des mains (eau et savon ou friction hydro-alcoolique).
  • Lavage des mains : se laver les mains après toute manipulation d'un masque (tout type de masque), avant de préparer les repas, de les servir et de les consommer et avant de sortir de chez soi, se laver les mains après s'être mouché, avoir toussé ou éternué, avoir rendu visite à une personne, chaque sortie à l'extérieur, avoir pris les transports en commun, être allé aux toilettes.
  • Distance sociale : Respectez la distance recommandée d'1 mètre avec vos voisins ou les amis qui viendraient vous rendre visite. "Les déplacements dans des zones de forte densité de population doivent être limités ou organisés pour respecter les mesures de distance physique" précise le HCSP. 
  • Continuez de surveiller l'apparition de symptômes d'infection respiratoire (toux, difficultés à respirer…) ;
  • En cas de doute, prenez votre température ;
  • Surveillez si vous développez une conjonctivite ou une perte du goût ou de l'odorat ;
  • Evitez autant que possible les transports en commun ;
  • Nettoyez régulièrement avec lingettes ou eau de javel les zones de contact telles que claviers, interrupteurs, poignées de porte…
  • Évitez tout contact avec les personnes fragiles (femmes enceintes, malades chroniques, personnes âgées…) ;
Les patients ne doivent pas hésiter à prendre contact par téléphone, téléconsultation ou mail, avec leur équipe de soins ou leur médecin traitant, seuls habilités à leur répondre de façon personnalisée.

Déplacements : comment limiter les risques ?

Si vous êtes atteint d'un cancer, vous êtes considéré comme une personne vulnérable : "Vous veillez donc à limiter vos déplacements au strict nécessaire, aussi longtemps que dure l'épidémie, et en l'absence de vaccin ou de traitement reconnus" préconise l'Institut national du cancer. Particulièrement en période de confinement. De plus, il faut éviter les transports en commun (sauf si c'est absolument nécessaire).

• En cas de sortie en dehors du domicile : respecter une distance physique d'au moins 1 mètre entre deux personnes en milieux extérieur et intérieur (comme pour faire des courses dans un magasin) et porter systématiquement un masque grand public. 

• En cas de sortie impliquant un effort physique (par exemple si vous vous rendez au travail en vélo) : le port du masque n'est pas forcément adapté et peut donc être aménagé, si vous n'avez pas de contact rapproché avec d'autres personnes durant ce trajet. 

Covid-19 et cancer du sein
Dans une première étude mondiale menée sur les patientes en cours de traitement pour un cancer du sein à l'Institut Curie et présentant une infection par le SARS-CoV-2, les médecins ont rapporté l'absence de surmortalité majeure apparente chez les femmes atteintes par le virus et traitées pour un cancer du sein. Le COVID-19 ne semble non pas plus fréquent chez les patientes traitées que dans la population générale.

Visites à domicile : quelles précautions ?

Les personnes soignées pour un cancer doivent limiter les visites à domicile à celles qui sont vraiment essentielles. En clair, les autorités recommandent de  :

  • N'autoriser qu'un seul visiteur par visite.
  • Éviter les visites de personnes symptomatiques.
  • Eviter tous contacts avec les personnes fragiles : femmes enceintes, âgées, malades chroniques...
  • Appliquer scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation physique : distance d'au-moins un mètre, ne pas se serrer la main ou s'embrasser, ne pas toucher d'objet ou surfaces, porter un masque chirurgical ou grand public, lavage des mains pour le visiteur dès l'arrivée dans le domicile et port du masque grand public obligatoire.
  • La pièce dans laquelle la personne reçoit un visiteur comportera une fenêtre et sera ventilée par ouverture de la fenêtre pendant 10 à 15 minutes après la visite en s'assurant de fermer la porte.
  • Les visites de personnes malades doivent être évitées.

Consultations et intervention médicales

En cas de cancer, les consultations à distance sont à privilégier (télémédecine, téléconsultations...) ainsi que le renouvellement d'ordonnance par le pharmacien. Certaines opérations et consultations non urgentes ont été reportées lors du confinement. Elles sont aujourd'hui en cours de reprogrammation. N'hésitez pas à contacter votre chirurgien, votre radiothérapeute ou votre oncologue.

​​​​Accompagnement et visites à l'hôpital 

En milieu hospitalier durant l'épidémie, les visites des patients atteints de cancer par des personnes venant de l'extérieur sont fortement limitées (voire parfois interdites dans de nombreux établissements de santé), de très courte durée et avec port du masque, de gants et lavage des mains. Pour les venues à l'hôpital en ambulatoire, notamment pour les séances de chimiothérapie ou de radiothérapie, ou pour une chirurgie, il n'est pas possible d'être accompagné à l'intérieur de l'établissement. 

Depuis le 24 août, l'Institut Gustave Roussy a limité les venues dans son établissement face à la recrudescence de Covid-19 en Île-de-France : 

  • Un seul visiteur est autorisé pour les patients hospitalisés (hors pédiatrie ou situations de fin de vie).
    Nous vous invitons à privilégier les contacts téléphoniques pendant cette période particulière.
  • Un seul accompagnant est autorisé pour les patients venant en consultation ou en hôpital de jour. 
  • Chaque visiteur est invité à procéder à une nouvelle friction des mains au gel hydro-alcoolique avant d'entrer dans la chambre de son proche, et régulièrement lorsqu'il reste dans l'établissement, pour sa sécurité et celles des patients et personnels de Gustave Roussy.

Que faire en cas de symptômes ?

En cas de symptômes infectieux (fièvre) ou difficultés respiratoires (toux, difficultés à respirer) :

  • Contacter rapidement votre médecin ou le SAMU centre 15 en indiquant votre pathologie ;
  • Évitez tout contact avec votre entourage et conservez votre masque ;
  • Ne vous rendez pas directement chez le médecin, ni aux urgences de l'hôpital, suivez les instructions de votre médecin ou du 15.

Le service Cancer info, proposé par l'Institut national du cancer en partenariat avec la Ligue contre le cancer et un groupe d'associations est disponible pour répondre à toutes les questions des patients atteints de cancer : 0 805 123 124 (service et appel gratuits) du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 14h.

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