Vaccination Covid Ados : conditions en France, quel intérêt ?

VACCINATION COVID ENFANT. La vaccination des 12-17 ans est ouverte en France alors qu'ils ne font pas de formes graves de Covid. Pourquoi les vacciner ? Comment ça se passe ? L'autorisation des parents est-elle obligatoire ? Les vaccins sont-ils autant efficaces ? Les effets secondaires peuvent-ils être différents ? Décryptage.

Vaccination Covid Ados : conditions en France, quel intérêt ?
© 123RF-rafajodar

[Mise à jour le mercredi 16 juin à 10h47] La vaccination contre le Covid est ouverte aux 12-17 ans en France depuis le 15 juin. Dans un échange avec la presse, la plateforme Dctolib a annoncé le 14 juin que 62.000 rendez-vous de vaccination ont été prispour les adolescents. Une attestation d'autorisation parentale a été publiée sur le site du ministère de la Santé. Sur celle-ci le ministère précise que la vaccination des mineurs nécessite l'autorisation des deux titulaires de l'autorité parentale. Un seul des deux parents peut venir accompagner le mineur le jour de la vaccination mais doit s'engager sur l'honneur à ce que l'autre parent ait donné son autorisation. Les conditions diffèrent pour les mineurs de 16 ans et plus souffrant d'une pathologie à très haut risque de forme grave de Covid-19. Dans ce cas, comme la vaccination est recommandée et le bénéficie individuel évalué favorablement pour le jeune enfant, la vaccination peut relever de l'autorisation d'un seul des deux titulaires de l'autorité parentale. La Haute Autorité de Santé a publié ses recommandations le 3 juin. Le vaccin ARN de Pfizer a été autorisé par l'Agence européenne du médicament (EMA), le 28 mai 2021, aux adolescents de 12 à 15 ans. Les données concernant l'efficacité et les risques des vaccins contre le Covid-19 chez les adolescents sont rassurantes. Moderna -dont le vaccin utilise la même technologie ARN messager que le vaccin Pfizer/BioNTech- compte déposer "début juin" des demandes d'autorisation chez les 12-17 ans. Pourquoi vacciner les enfants alors qu'ils ne font pas de formes graves de Covid ? Les effets secondaires seront-ils les mêmes que chez les adultes ? Quand en France ? Réponses avec nos experts.

A quelle date le vaccin Pfizer/BioNtech a-t-il été autorisé pour les 12-15 ans en Europe ?

L'Agence européenne du médicament (EMA) a validé l'utilisation du vaccin Pfizer/BioNTech pour les adolescents de 12 à 15 ans, vendredi 28 mai 2021. "Il s'agit d'un vaccin à ARN messager et c'est le premier vaccin autorisé pour les adolescents au sein des 27 pays de l'Union européenne" rappelle le Dr Fabienne Kochert, pédiatre et présidente de l'Association Française de pédiatrie Ambulatoire (AFPA). Le vaccin est "bien toléré" par les jeunes et il n'y a "pas d'inquiétudes majeures" concernant d'éventuels effets secondaires, a assuré Marco Cavaleri, responsable de la stratégie vaccinale de l'EMA. Jusqu'à présent, les seuls mineurs qui pouvaient se faire vacciner contre le Covid-19 - avec le Pfizer - étaient les adolescents de plus de 16 ans ayant une pathologie à très haut risque de forme grave (pathologies génétiques, cancers…) ou vivant avec une personne immunodéprimée. Le vaccin Pfizer/BioNTech était en cours d'évaluation par l'EMA pour cette tranche d'âge depuis le début du mois de mai. Le géant pharmaceutique américain Pfizer et le laboratoire allemand BioNTech avaient basé leur demande sur les données d'une étude clinique de Phase 3, publiées fin mars, montrant "une efficacité de 100%" du vaccin dans cette tranche d'âge, lequel a également été "bien toléré en général". L'Allemagne a annoncé son intention d'ouvrir le 7 juin la vaccination contre le Covid-19 aux plus de 12 ans. Israël prendra prochainement sa décision. En revanche, le vaccin est déjà largement utilisé pour cette tranche d'âge aux Etats-Unis et au Canada, depuis respectivement le 10 et 5 mai 2021. 

"Les moins de 11 ans, scolarisés en primaire, contribuent peu à la dynamique de l'épidémie"

Comment se faire vacciner en France ?

La vaccination contre le Covid est ouverte aux 12-17 ans en France le 15 juin dans les centres de vaccination avec le vaccin de Pfizer, comme annoncé par le ministre de la Santé Olivier Véran sur TF1 mercredi 2 juin. "Elle sera sur la base du volontariat, avec l'accord des parents, en aucun cas obligatoire et elle va participer au mouvement d'immunité collective qui nous permettra de limiter les fermetures de classes à la rentrée, de protéger les ados qui parfois peuvent développer des formes symptomatiques" a précisé le ministre. Pour se faire vacciner :

  • Prendre rendez-vous dans un centre de vaccination Covid (sur Doctolib...). Les 15-17 ans peuvent prendre rendez-vous eux-mêmes, tout en ayant l'autorisation de leurs parents. Les 12-14 ans ne peuvent pas prendre seuls un rendez-vous de vaccination.
  • Remplir l'autorisation parentale (par les deux parents).
  • Venir accompagner d'un des deux parents si les deux ne peuvent être là le jour de la vaccination.

La vaccination des adolescents est gratuite, au même titre que pour le reste de la population française.

A quel âge ?

La vaccination contre le Covid est possible à partir de 12 ans en France, pas avant. "Il faut distinguer plusieurs groupes au sein des mineurs, explique le Dr Kochert. Les enfants et les adolescents ne sont pas à risque de forme sévère de la Covid-19, en dehors de ceux qui sont porteurs d'une maladie chronique sous-jacente (déficit immunitaire, maladie grave …). De plus les moins de 11 ans, scolarisés en primaire, contribuent peu à la dynamique de l'épidémie. La contagiosité augmente avec l'âge, les grands adolescents ont une contagiosité qui se rapproche de celle des adultes. Pour obtenir une immunité collective qui seule permettra de sortir du tunnel de la pandémie, il faudra envisager la vaccination des grands adolescents, en priorité les lycéens puis les collégiens". 

Pour les plus jeunes (les moins de 10 ans), il est important d'avoir plus de données. Un point important sera à vérifier : le dosage. "Actuellement, chaque dose Pfizer/ BioNTech contient 30 microgrammes de vaccin à ARNm contre la covid 19, rappelle Frédéric Rieux Laucat. Des essais sont en cours pour savoir si ce dosage conviendra également à des tout-petits et quelle sera l'efficacité à dose plus faible."

Où télécharger l'attestation d'autorisation parentale ?

Une attestation d'autorisation parentale a été publiée sur le site du ministère de la Santé. Sur celle-ci le ministère précise que la vaccination des mineurs nécessite l'autorisation des deux titulaires de l'autorité parentale. Un seul des deux parents peut venir accompagner le mineur le jour de la vaccination mais doit s'engager sur l'honneur à ce que l'autre parent ait donné son autorisation. Les conditions diffèrent pour les mineurs de 16 ans et plus souffrant d'une pathologie à très haut risque de forme grave de Covid-19. Dans ce cas, comme la vaccination est recommandée et le bénéficie individuel évalué favorablement pour le jeune enfant, la vaccination peut relever de l'autorisation d'un seul des deux titulaires de l'autorité parentale

attestation autorisation parentale vaccination covid
Autorisation parentale à remplir pour la vaccination des 12-17 ans en France contre le Covid © Ministère de la Santé

Pourquoi vacciner les enfants ?

Les adolescents développent moins de formes graves de la Covid-19 : en France, 4 295 hospitalisations et 737 admissions en soins critiques ont été répertoriées depuis mars 2020 chez les personnes âgées de moins de 18 ans (1,1% du total des hospitalisations et 0,9% du total des admissions en soins critiques), souligne la HAS le 3 juin 2021. La majorité des formes sévères chez les adolescents est associée à la présence d'une comorbidité (entre 45 à 75% des cas selon les études). "En revanche, les fermetures de classes ou d'établissements liées à la circulation du virus ont un impact particulier sur les adolescents, qui peut être important" rappelle l'autorité. Quel est alors l'enjeu de la vaccination des plus jeunes lorsque l'on sait que le risque individuel de faire une forme grave est faible ? 

► un bénéfice individuel direct "car même si elles sont rares, des formes sévères de Covid-19 peuvent survenir chez les adolescents, et particulièrement ceux qui ont des comorbidités" explique la HAS.

un bénéfice individuel sur le plan psychologique et social, en évitant les fermetures de classes et d'établissements et leurs effets sur la santé mentale et les ruptures d'apprentissage des adolescents.

un bénéfice collectif : leur vaccination "va participer au mouvement d'immunité collective qui nous permettra de limiter les fermetures de classes à la rentrée, de protéger les ados qui parfois peuvent développer des formes symptomatiques" a expliqué Olivier Véran le 2 juin sur TF1. "La moitié des mineurs ont une forme asymptomatique de la maladie, et l'autre une forme mineure sous forme de syndrome grippal", rappelle Frédéric Rieux Laucat, chercheur à l'Inserm, spécialiste des maladies auto-immunes pédiatriques et chef d'équipe à l'Institut Imagine.

un bénéfice collectif "pour protéger l'entourage de ces adolescents : les personnes âgées, les personnes vulnérables de leur famille/entourage, leurs camarades exposés à un risque de formes graves du fait de comorbidités…" explique le Dr François L'Hériteau, PH – Infectiologue au Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins d'Ile-de-France (CPias Ile-de-France).

"Les vacciner contribuera à freiner l'épidémie confirme Frédéric Rieux Laucat. Si on laisse une partie de la population, qui pèse 17% de la population totale en France, sans protection, le virus va continuer à se propager et pourra constituer une source de réinfection auprès d'adultes plus fragiles." Un avis que partage notre pédiatre. "Le risque c'est de voir circuler des variants au sein des tranches de population non vaccinées, avec un risque d'apparition de souches résistantes aux vaccins actuels. Pour sortir de la pandémie, nous devons arriver à une immunité collective de l'ordre de 90 % de la population – c'est le seuil de personnes immunisées (soit après avoir été contaminées ou après vaccination), qui permet d'arrêter la circulation virale ; les virus ne rencontrent plus suffisamment de personnes à infecter, ce qui les empêche de se répliquer et de continuer à circuler", conclut le Dr Kochert.

Quelle est l'efficacité des vaccins Covid chez l'enfant ?

"Pfizer a annoncé une efficacité de 100% de son vaccin sur les 12-15 ans, poursuit Frédéric Rieux Laucat. Ce résultat fait suite à une étude qui portait sur 2 260 adolescents. Elle a révélé qu'aucun des 1005 jeunes s'étant fait administrer le vaccin n'avait développé de forme symptomatique de la Covid-19. Alors que 16 enfants sur les 978 qui avaient reçu une injection placebo ont été atteints du coronavirus." L'EMA souligne toutefois que la taille "limitée" de l'essai pourrait avoir laissé échapper des effets indésirables "rares". La HAS souligne que l'efficacité reste à confirmer contre les formes sévères, en particulier les formes avec hospitalisation et décès, qui étaient absentes des essais et que celle sur la transmission virale n'a pas été évaluée dans les essais. Moderna a également annoncé que son vaccin contre la Covid-19 était "hautement efficace" chez les adolescents âgés de 12 à 17 ans. Son étude portait sur plus de 3 700 participants âgés de 12 à 17 ans aux Etats-Unis, dont deux tiers ont reçu le vaccin et un tiers un placebo. "Après deux doses, aucun cas de Covid-19 n'a été observé dans le groupe vacciné, contre quatre cas dans le groupe placebo, résultant en une efficacité du vaccin de 100% 14 jours après la seconde dose", a déclaré Moderna dans son communiqué. "Nous pédiatres, sommes très demandeurs de ces études menées par les laboratoires parce que nous allons devoir vacciner les enfants à risque", ajoute le Dr Fabienne Kochert.

"Il n'y a pas de raison de s'inquiéter de l'utilisation des vaccins à ARN chez l'enfant, ni même chez l'adulte."

N'y a-t-il pas de risque à administrer des vaccins à ARN chez les enfants ?

"Le vaccin à ARN Messager est une vraie révolution technologique, assure Frédéric Rieux Laucat. Il n'y a pas de raison de s'inquiéter de son utilisation chez l'enfant, ni même chez l'adulte. Après injection, ces ARN messager disparaissent très vite de l'organisme. Leur rôle est d'apprendre au système immunitaire à produire la protéine Spike (spicule) pour fabriquer un antigène spécifique du coronavirus. Ensuite, ils disparaissent. Il n'y a aucun risque qu'ils viennent modifier le génome car l'ARN Messager est un constituant naturel de nos cellules, une photocopie de nos gènes qui disparait sans s'insérer dans nos chromosomes."

Pour rappel, les nourrissons et les enfants reçoivent déjà différentes typologies de vaccins :

  • Vaccin à vecteur viral (comme AstraZeneca) : Ebola…
  • Vaccin vivant atténué : rougeole, oreillon, rubéole, varicelle…
  • Vaccin conjugué : méningo C, Haemophilus, pneumocoque…
  • Vaccin recombinant : méningo B…

L'immunité est différente chez les enfants : quel impact sur l'effet de la vaccination ?

"Les tout-petits ont en effet une immunité non spécifique très entrainée, qui ne passe pas par les anticorps, détaille la pédiatre. C'est ce qu'on appelle l'immunité de 1ère ligne : les cellules de l'immunité vont tout simplement neutraliser l'infection. Les enfants auront alors de la fièvre ou de la toux. C'est en partie grâce à cette immunité " armée " de première ligne que les enfants ne développent pas de forme grave de la Covid-19." Avec l'âge, l'immunité de l'enfant devient spécifique. "Il va développer des anticorps et une mémoire immunitaire spécifique vis-à-vis des différents micro-organismes, après avoir été en contact avec l'agent infectieux (en ayant été malade ou porteur asymptomatique) ou après vaccination."

"On retrouvera chez les plus jeunes, les mêmes effets secondaires"

Pourrait-il y avoir des effets secondaires différents ?

"Le mécanisme d'action étant le même que pour les adultes, on retrouvera chez les plus jeunes, les mêmes effets secondaires que pour les personnes âgées de 16 ans et plus, assure la pédiatre. A savoir : syndrome grippal, fièvre, fatigue, douleur au point d'injection, douleurs musculaires et articulaires. Des symptômes généralement légers ou modérés qui s'amendent en quelques jours." De son côté le Dr L'Hériteau confirme que "les effets indésirables ne sont pas exceptionnels mais sont le plus souvent modérés et transitoires. Le plus fréquent est la douleur au point d'injection. Les effets systémiques les plus fréquents sont des maux de tête et une fatigue. En sachant que ces effets sont survenus aussi (quoique moins fréquemment) chez les adolescents ayant reçu une injection de sérum physiologique (dans l'étude test mené par Pfizer aux Etats-Unis, ndlr). Plus rarement, peut survenir de la fièvre. Qui régresse sous antipyrétiques (paracétamol..)". Les autorités sanitaires américaines et européennes analysent par ailleurs de rares cas d'inflammations cardiaques survenues chez des adolescents et de jeunes adultes après la vaccination, sans qu'un lien ne soit prouvé à ce stade.

Merci au Docteur Fabienne Kochert, pédiatre à Orléans et Présidente de l'AFPA (Association de Pédiatrie Ambulatoire), à Frédéric Rieux Laucat, chercheur Inserm spécialiste des maladies auto-immunes pédiatriques et chef d'équipe à l'Institut Imagine pour leur participation et au Dr François L'Hériteau, PH – Infectiologue au Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins d'Ile-de-France (CPias Ile-de-France).

Source : "Covid-19 : la vaccination des adolescents présente des bénéfices individuels et collectifs", communiqué de presse de la HAS mis en ligne le 3 juin 2021.