Variant anglais : en France, symptômes, contagion, vaccin

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"Variant anglais : en France, symptômes, contagion, vaccin"

Deux variants détectés pour la première fois au Royaume-Uni fin 2020 et début 2021 sont classés comme "préoccupants" et circulent en France. Le premier (Alpha) est prédominant avec plus de 80% des tests positifs Covid. Le second inquiète davantage à cause de la mutation E484 et du risque d'échappement vaccinal associé. Il a été observé en Bretagne, en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France. Ce que l'on sait.

[Mise à jour le vendredi 11 juin à 16h55] Le variant 20I/501Y.V1 rebaptisé "Alpha" par l'OMS et détecté pour la première fois au Royaume-Uni en septembre 2020 est prédominant en France avec près de 75% de tests positifs Covid en semaine 22 (31 mai-6 juin), indique Santé Publique France. Sa présence est supérieure à 90% dans 14 départements français. Mais aujourd'hui il n'est plus systématiquement recherché lors de chaque test positif Covid en France. Ce que les laboratoires recherchent ce sont les mutations E484K, E484Q et L452R en raison de leur impact sur la transmissibilité (L452R) ou l'échappement à la réponse immunitaire (E484K et E484Q). Un variant détecté en Angleterre en janvier 2021 et présent en France comporte la mutation E484K (baptisé 20I/484K). Il était peu détecté à la mi-mars. Une transmission communautaire a été rapportée depuis début avril dans plusieurs régions : en Bretagne, où la situation semble contenue à ce jour, en Île-de-France et en Hauts-de-France. Différences, symptômes, efficacité vaccinale... Ce que l'on sait du variant ou plutôt "des" variants anglais.

Variant anglais : quel est son nom ?

Le nom du variant anglais est VOC-202012/01. VOC signifie "Variant of concern", ce qui veut dire que le variant est reconnu mondialement comme étant associé à des changements dans la gravité des symptômes, la réponse des anticorps ou l'efficacité du vaccin aux yeux de l'OMS. Avant de s'appeler VOC-202012/01, le variant anglais était nommé VUI-202012/01. Pourquoi ? VUI signifie "Variant under investigation", c'est-à-dire que les autorités sanitaires le surveillaient mais que son importance n'était pas encore définie. Le variant anglais est aussi appelé B.1.1.7 car il appartient à la "lignée "B.1.1.7". c'est à dire à une branche particulière du virus SARS-CoV-2; ou 20I/501Y.V1. Il a été renommé "Alpha" par l'OMS au printemps 2021.

Quelles sont les caractéristiques du variant anglais ? 

Le variant anglais (comme les autres variants) est né d'une mutation du Sars-Cov-2, le virus de la Covid-19. Son origine n'est pas clairement établie. Il fait partie de la famille des virus ARN, "des virus dont on sait qu'ils varient beaucoup", explique le professeur de virologie Vincent Maréchal, contacté par Le Journal des Femmes. Le virus du Covid-19 est composé d'une séquence génétique de 30 000 nucléotides. Pour infecter de nouvelles cellules, il se réplique, "c'est à ce moment que peuvent survenir les erreurs dans son patrimoine génétique. Comme s'il y avait des fautes de frappe dans une recette de cuisine de 30 000 caractères", image notre expert. Ces erreurs, ce sont les mutations. "Beaucoup de mutations sont silencieuses et ne présentent pas de conséquences sur le fonctionnement du virus, poursuit-il. D'autres sont dites délétères, dans ce cas, la mutation est détruite. Enfin, il y a les mutations qui améliorent le virus.Parmi ces améliorations, le virus peut être plus contagieux, échapper à la réponse immunitaire ou encore être capable de franchir la barrière de l'espèce... Ces mutations rendent le virus plus performant que celui dont il est issu : "C'est ce qui explique pourquoi il prend l'avantage. C'est l'histoire naturelle des virus : les virus les plus contagieux deviennent les virus dominants, poursuit le professeur de virologie. L'augmentation de la contagiosité explique que le virus britannique soit devenu dominant en l'espace de deux mois en Grande-Bretagne. Et c'est la raison pour laquelle on n'empêchera pas ce variant de s'imposer assez rapidement en France." 

Deux variants anglais :

  • Le variant Alpha 20I/501Y.V1 détecté pour la première fois au Royaume-Uni en septembre 2020.
  • Le variant 20I/484K ou Q détecté pour la première fois au Royaume-Uni en janvier 2021.

Le variant anglais en France 

Le variant Alpha

Le premier cas français du variant Alpha (20I/501Y.V1) a été confirmé à Tours (Indre-et-Loire), le 25 décembre 2020. Il s'agissait d'un Français qui rentrait de Londres. Les résultats de l'enquête Flash #10 du 25 mai 2021 reposent sur 822 séquences disponibles au 08 juin 2021 et confirment la place toujours prédominante de ce variant, qui représentait 87,8% des séquences interprétables en France. Parmi les départements métropolitains présentant des données interprétables, la proportion du variant Alpha était supérieure à 80% dans 35 départements, et supérieure à 90% dans 14 d'entre eux en semaine 22 (31 mai-6 juin).

Le variant anglais avec la mutation 484K ou 484Q

► Le variant 20I/484K, ayant émergé au Royaume-Uni début 2021, était peu détecté en France jusqu'à la mi-mars. Une transmission communautaire a été rapportée depuis début avril dans plusieurs régions : en Bretagne, où la situation semble contenue à ce jour, en Île-de-France et en Hauts-de-France. Lors de l'enquête Flash #10, la part du variant 20I/484K parmi les séquences interprétables était de 7,8% en Île-de-France (5,1% dans Flash #9), 1,4% en Normandie (5,8% lors de Flash #9) et 0,3% en Auvergne Rhône Alpes, où le variant est détecté pour la première fois au sein d'une enquête Flash. Dans les Hauts-de-France, l'analyse des données de criblage et de séquençage à partir des données renseignées dans SI-DEP a permis d'identifier une augmentation importante des cas à partir de la semaine 17. Des clusters ont été rapportés dans certaines collectivités et des mesures ont été mises en place pour limiter la diffusion de ce variant.

►Le variant 20I/484Q n'avait été détecté que chez de rares cas sporadiques en France. En Île-de-France, un cluster est survenu dans un établissement de soins en avril. En Nouvelle-Aquitaine, une transmission communautaire a été identifiée depuis le début du mois de mai, initialement limitée à un quartier de Bordeaux mais des cas ont également été identifiés dans d'autres quartiers et communes de Gironde. La situation en Gironde au 08 juin 2021 dénombre 102 cas positifs au variant 20I/484Q dont 69 cas confirmés par séquençage et 33 cas par lien épidémiologique. Au total, sept cas ont été hospitalisés. Une transmission communautaire du variant 20I/484Q a également été identifiée dans le secteur de Niort depuis le début du mois de mai. : au 07 juin 2021, l'épisode dénombre 38 cas confirmés positifs au VOC4 20I/484Q, dont huit par séquençage et 30 par lien épidémiologique. Actuellement, le lien entre la situation sur la Gironde et ce secteur n'a pas pu être confirmé. Il semblerait que la situation à Niort soit maintenue, mais afin de caractériser la diffusion du variant, la participation du secteur de Niort à l'enquête Flash #11 a été fortement encouragée parmi les actions mises en place dans les Deux-Sèvres.

Carte du variant anglais en France

Quels sont les symptômes du variant anglais ?

"A ma connaissance, il n'y a pas de signes cliniques majorés pour le variant britannique", explique Vincent Maréchal. Quelques différences peuvent néanmoins être présentes lors de l'infection à la variant anglaise comme le rapporte une étude publiée en janvier 2021 dans le British Medical Journal et qui pourraient expliquer pourquoi elle est plus contagieuse. Ainsi, après avoir analysé les symptômes de 6000 personnes, les auteurs ont déclaré que les personnes infectées par la variant anglaise sont plus susceptibles d'avoir une toux, un mal de gorge, de la fatigue ou une myalgie (douleur musculaire), que celles infectées par d'autres variantes. "Le fait qu'il ait été rapporté que les virus de la seconde vague, généralement appelés variants, sont plus susceptibles de provoquer des symptômes d'infection des voies respiratoires supérieures, c'est-à-dire la toux et le rhume, pourrait faciliter la transmission entre les personnes. Par exemple, s'il y a une augmentation de la toux et peut-être des éternuements associés à une variante de virus particulière, ces deux activités peuvent augmenter considérablement la quantité de virus qui est répandue dans l'environnement, le rendant ainsi "plus infectieux" " a déclaré Richard Tedder, chercheur principal en virologie médicale à l'Imperial College de Londres. Les données montrent également qu'elles sont moins susceptibles de subir une perte de l'odorat ou du goût. Il n'y a aucune preuve de différence dans les symptômes gastro-intestinaux, d'essoufflement ou de maux de tête, indiquent-ils par ailleurs.

Quel test faire ? 

Le dépistage des variants est progressivement abandonnée, indique Santé Publique France le 10 juin 2021 "au profit d'une nouvelle stratégie de criblage à la recherche de mutations d'intérêt E484K, E484Q et L452R en raison de leur impact sur la transmissibilité (L452R) ou l'échappement à la réponse immunitaire (E484K et E484Q)". Aussi désormais en cas de test positif Covid, la personne ne saura pas si elle a été contaminée par le variant anglais (ou un autre variant) mais saura si le virus qu'il a contaminé comporte la mutation E484K, E484Q et L452R.

Quelle est sa contagiosité ?

La grosse différence entre ce variant et la forme classique du Sars-Cov-2, c'est son niveau de contagiosité, bien supérieur chez l'anglais. "Il serait de 30 à 70 % plus contagieux. Le variant britannique augmenterait en moyenne le R0, nombre de reproduction de base, de 0,5. On passerait ainsi de 1 à 1,5, la différence est énorme. Ainsi pour un R0 de 1, dix personnes contaminent dix personnes, la diffusion du virus stagne. Dans le cas d'un R0 de 1,5, dix personnes contaminent quinze personnes. C'est vraiment très rapide", commente Vincent Maréchal. Ce que confirme Santé Publique France rapportant une transmissibilité accrue de +43 à +90%.

Isolement : quelles consignes pour les cas contacts ?

Les consignes pour les cas contacts d'une personne positive à un variant sont les mêmes que pour tous les cas contacts :

  • Isolement de 7 jours sans délai.
  • Réaliser deux tests de dépistage à la Covid-19 : Une première fois immédiatement avec un test antigénique. Une seconde fois à la fin de votre isolement.

Pour les cas contacts de cas contact d'un variant :  

  • renforcer l'application des mesures barrières,
  • télétravailler dès lors que cela est possible,
  • réduire volontairement ses contacts sociaux durant les 7 jours suivant et réaliser un test dès le premier symptôme.

Le variant anglais a-t-il un taux de létalité supérieur au classique ? 

Le 11 mars, Olivier Véran a confirmé que "les variants étaient plus contagieux et plus dangereux".  Selon les données publiées par Santé Publique France le 21 avril, ce variant augmenterait probablement le risque d'hospitalisation de +40 à +64% et le risque de décès de +30 à +70%. Une étude anglaise publiée mercredi 10 mars a indiqué que le variant anglais était 64 % plus mortel que le coronavirus classique. Pour 1 000 cas détectés, il provoque 4,1 morts, contre 2,5 pour le coronavirus classique, ont indiqué les auteurs dont les résultats ont été publiés dans la revue British Medical Journal (BMJ)" La probabilité que le risque de mortalité soit augmenté par l'infection par VOC-202012/01 est élevée. L'infection par VOC-202012/1 a le potentiel de provoquer une mortalité supplémentaire substantielle par rapport aux variantes précédemment en circulation. Comme nous le rappelait Vincent Maréchal "le taux de létalité est lié à la capacité du système de santé à prendre en charge les malades" . 

Le variant anglais est-il résistant au vaccin ? 

Selon les annonces de Pfizer et de Moderna, ces deux vaccins sont efficaces contre le variant anglais Alpha. Ils sont d'ailleurs recommandés par le Conseil scientifique du Covid en prévention. "Ce qui est très préoccupant, c'est que plus le virus se multiplie – et il se multiplie partout dans le monde aujourd'hui – plus il y aura des mutants et donc des variants qui vont acquérir des propriétés nouvelles. Ce qui est primordial, pour éviter la multiplication des variants, c'est la vaccination de la population mondiale. Certains pays n'ont même pas les ressources pour acheter le vaccin. On a affaire à une pandémie, à l'échelle mondiale donc, et si on n'aide pas ces pays-là à gérer cette problématique, le virus va continuer à y circuler activement. Et plus le virus circule, plus on sera confronté à des variants", développe le scientifique. Face à la diffusion des variants anglais avec la mutation 484K ou 484Q, la surveillance se poursuit en France. Ces mutations pouvant échapper à l'efficacité du vaccin.

Quel masque pour se protéger ?

Face au variant, les masques artisanaux, de catégorie 2 filtrant à 70 %, ne sont plus recommandés depuis janvier 2021. Les masques FFP2, mais aussi les masques chirurgicaux et les masques en tissu de catégorie 1, filtrant à 90 %, sont les masques recommandés pour se protéger du variant anglais. "Un masque qui filtre à 70 %, filtrera toujours à 70 %  mais s'il y a plus de virus dans la salive, il y a plus de virus qui filtrera à travers le masque. C'est pourquoi on appelle la population à utiliser des masques plus résistants ", explique le professeur à la Sorbonne. 

Quelles protections contre le variant anglais ? 

La question ne doit pas restée cantonnée aux masques. "Face aux variants, c'est l'ensemble des mesures barrières qu'il faut relever d'un cran", poursuit-il. "Il faut bien que les gens aient en tête qu'un variant implique de nouveaux enjeux. Risque d'échappement au vaccin, risque d'échappement à l'immunité, risque de transmission accrue : un variant qui survit est dangereux et il ne faut pas attendre pour agir." 

Merci à Vincent Maréchal, professeur de virologie et Professeur des Universités - Sorbonne Université.