Cancer, coronavirus et déconfinement : comment limiter les risques ?

Les personnes atteintes de cancer sont plus à risque de présenter des formes graves du coronavirus. Visites de la famille, sorties, rendez-vous médicaux... Guide de prévention pour un déconfinement sans risque.

Cancer, coronavirus et déconfinement : comment limiter les risques ?
© volurol -123RF

Près de 400 000 cancers sont découverts en France chaque année. Autant de personnes plus à risque de formes graves du coronavirus en pleine pandémie. Particulièrement quand il s'agit du cancer du poumon, souvent associé à des troubles respiratoires, avec un risque accru d'aggravation par l'infection Covid-19. Or, la France est déconfinée et le virus va davantage circuler. Alors quelles précautions adopter quand on est atteint d'un cancer ? Peut-on sortir comme tout le monde ? Ou au contraire continuer de limiter les déplacements et les visites des proches ?

Un "confinement strict et volontaire" est recommandé

Les patients atteints de cancer ont 4 à 5 fois plus de risques de développer une forme sévère du Covid-19 s'ils sont infectés par le virus. "Leur système immunitaire affaibli par certains traitements, dont la chimiothérapie, les rend plus fragiles" explique l'Institut national du cancer. De même, certains patients qui ont été atteints d'un cancer par le passé sont aussi plus vulnérables. Par contre, être atteint d'un cancer n'entraîne pas "un risque plus élevé de transmission du SARS-CoV-2 aux autres citoyens" rappelle le Conseil scientifique dans un Avis du 20 avril 2020. Concernant le déconfinement, les membres du Conseil scientifique Covid-19 estiment que les personnes soignées pour un cancer doivent "respecter un confinement strict et volontaire, qui les protège de risques de contamination" . En clair, continuer d'appliquer les mesures recommandées lors du confinement.

Des mesures barrières spécifiques à appliquer

Dans un Avis du 20 avril 2020, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a publié les mesures barrières spécifiques pour les personnes à risque de forme grave de Covid-19, dont celles atteintes de cancer :

Masques : porter un masque grand public à domicile en présence de visiteurs et en cas de sorties (dans les commerces notamment). Porter un masque chirurgical lors de consultations médicales en cabinet libéral ou en milieu hospitalier. Les masques doivent être portés sans les toucher. Chaque manipulation doit être suivie du lavage des mains (eau et savon ou friction hydro-alcoolique).

→ Si vous êtes en cours de traitement pour un cancer dans un établissement de soins (que ce traitement ait été temporairement aménagé, voire suspendu, durant le confinement ou non), un lot de plusieurs masques vous sera distribué à compter du mois de mai. Vous pouvez vous renseigner auprès de l'équipe soignante ou du professionnel de santé qui vous suit en cas de besoin (oncologue...). Vous pouvez aussi demander à votre médecin s'il peut vous prescrire des masques sanitaires à retirer en pharmacie, sur présentation de la prescription et de votre carte vitale.

Lavage des mains : se laver les mains après toute manipulation d'un masque (tout type de masque), avant de préparer les repas, de les servir et de les consommer et avant de sortir de chez soi, se laver les mains après s'être mouché, avoir toussé ou éternué, avoir rendu visite à une personne, chaque sortie à l'extérieur, avoir pris les transports en commun, être allé aux toilettes.

Distance sociale : les personnes à risque de formes graves doivent éviter au maximum le contact avec des personnes susceptibles de les contaminer. "Les déplacements dans des zones de forte densité de population doivent être limités ou organisés pour respecter les mesures de distance physique" précise le HCSP. 

Les patients ne doivent pas hésiter à prendre contact par téléphone, téléconsultation ou mail, avec leur équipe de soins ou leur médecin traitant, seuls habilités à leur répondre de façon personnalisée.

Sorties, déplacements : à limiter au strict nécessaire

Si vous êtes atteint d'un cancer, vous êtes considéré comme une personne vulnérable : "Vous veillez donc à limiter vos déplacements au strict nécessaire, aussi longtemps que dure l'épidémie, et en l'absence de vaccin ou de traitement reconnus" préconise l'Institut national du cancer. De plus, il faut éviter les transports en commun (sauf si c'est absolument nécessaire).

• En cas de sortie en dehors du domicile : respecter une distance physique d'au moins 1 mètre entre deux personnes en milieux extérieur et intérieur (comme pour faire des courses dans un magasin) et porter systématiquement un masque grand public. 

• En cas de sortie impliquant un effort physique (par exemple si vous vous rendez au travail en vélo) : le port du masque n'est pas forcément adapté et peut donc être aménagé, si vous n'avez pas de contact rapproché avec d'autres personnes durant ce trajet. 

Covid-19 et cancer du sein
Dans une première étude mondiale menée sur les patientes en cours de traitement pour un cancer du sein à l'Institut Curie et présentant une infection par le SARS-CoV-2, les médecins ont rapporté l'absence de surmortalité majeure apparente chez les femmes atteintes par le virus et traitées pour un cancer du sein. Le COVID-19 ne semble non pas plus fréquent chez les patientes traitées que dans la population générale.

Visites à domicile : uniquement les essentielles

Même si la population française n'est plus confinée, les personnes soignées pour un cancer doivent continuer de limiter les visites à domicile à celles qui sont vraiment essentielles. En clair, les autorités recommandent de  :

  • N'autoriser qu'un seul visiteur par visite.
  • Éviter les visites de personnes symptomatiques ou d'enfants.
  • Eviter tous contacts avec les personnes fragiles : femmes enceintes, âgées, malades chroniques...
  • Appliquer scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation physique : distance d'au-moins un mètre, ne pas se serrer la main ou s'embrasser, ne pas toucher d'objet ou surfaces, porter un masque chirurgical ou grand public, lavage des mains pour le visiteur dès l'arrivée dans le domicile et port du masque grand public obligatoire.
  • La pièce dans laquelle la personne reçoit un visiteur comportera une fenêtre et sera ventilée par ouverture de la fenêtre pendant 10 à 15 minutes après la visite en s'assurant de fermer la porte.
  • Les visites de personnes malades doivent être évitées.

Consultations et intervention médicales

En cas de cancer, les consultations à distance sont à privilégier (télémédecine, téléconsultations...) ainsi que le renouvellement d'ordonnance par le pharmacien. Certaines opérations et consultations non urgentes ont été reportées lors du confinement. Elles sont aujourd'hui en cours de reprogrammation. N'hésitez pas à contacter votre chirurgien, votre radiothérapeute ou votre oncologue.

​​​​Accompagnement et visites à l'hôpital 

En milieu hospitalier durant l'épidémie, les visites des patients atteints de cancer par des personnes venant de l'extérieur ne sont pas possibles, sauf motif exceptionnel (par exemple en pédiatrie ou dans les situations de fin de vie). Dans ce cas, elles sont de très courte durée et avec port de masque, de gants et lavage des mains. Pour les venues à l'hôpital en ambulatoire, notamment pour les séances de chimiothérapie ou de radiothérapie, ou pour une chirurgie, il n'est pas possible d'être accompagné à l'intérieur de l'établissement. 

"L'urgence de la situation dans laquelle nous nous trouvons nous impose de faire preuve d'une très grande réactivité pour répondre aux besoins des chercheurs qui analysent l'impact du Covid-19 dans le contexte d'un cancer", explique le Pr Éric Solary, président du Conseil scientifique de la Fondation ARC. 70 % des Français estiment que le combat dans la recherche contre le cancer doit être mené par les associations et fondations.

Reprise de l'école, du travail : quelles précautions avec les proches ?

Le déconfinement marque le retour à l'école et la reprise du travail. Quand ces personnes rentrent à la maison, elles peuvent potentiellement rapporter avec elles le virus Sars-CoV-2. Alors comment continuer de se protéger ?

→ Pour les actifs qui vivent avec vous, il est préférable qu'ils puissent, en accord avec leur employeur, être maintenus autant que possible en télétravail afin de limiter les contacts avec l'extérieur au strict nécessaire. Votre compagnon ou votre compagne, vos enfants s'ils travaillent, comme les autres personnes qui vivent dans le même foyer que vous peuvent, se voir prescrire par un médecin le maintien du télétravail pour motif de santé. Si aucun télétravail n'est envisageable, un arrêt maladie peut leur être prescrit, par le médecin traitant ou, à défaut, par tout médecin de ville. La délivrance est possible par téléconsultation, pour éviter d'avoir à se déplacer.

→ Pour vous, en tant que personne plus vulnérable en cas d'infection, si le télétravail n'est pas possible, vous pouvez être arrêté par un médecin afin de garantir la protection de votre santé.

Le service Cancer info, proposé par l'Institut national du cancer en partenariat avec la Ligue contre le cancer et un groupe d'associations est disponible pour répondre à toutes les questions des patients atteints de cancer : 0 805 123 124 (service et appel gratuits) du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 14h. 

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