Intoxication au monoxyde de carbone : symptômes et séquelles

En hiver, les risques d'intoxication au monoxyde de carbone augmentent. Très toxique, le monoxyde de carbone est un gaz asphyxiant qui se fixe sur les globules rouges et empêche la bonne oxygénation des organes. Quels sont les symptômes pour détecter sa présence ? Que faire et comment l'éviter ? Diagnostic, séquelles, solutions et gestes préventifs.

Intoxication au monoxyde de carbone : symptômes et séquelles
© Alena Ozerova - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'une intoxication au monoxyde de carbone ?

Utiliser une chaudière, un chauffe-eau, un groupe électrogène, une cuisinière ou tout autre appareil à combustion présente un risque d'intoxication au monoxyde de carbone (CO). Ce gaz asphyxiant, inodore, incolore et non-irritant est très toxique : dans un espace clos, il peut tuer en moins d'une heure.

Chaque année en France, les intoxications au monoxyde de carbone sont responsables de près de 100 décès et plus de 3 000 prises en charge à l'hôpital. Le monoxyde de carbone est aujourd'hui la principale cause d'intoxication dans les pays industrialisés.

 Le monoxyde de carbone (CO) se dégage lorsqu'un appareil à combustion au gaz, au bois ou au charbon par exemple, fonctionne mal. La combustion ne se fait pas correctement et dégage ce CO hautement toxique. La plupart du temps, c'est une chaudière qui est en cause, ce qui explique une recrudescence des intoxications en période hivernale. Mais ce qui rend le monoxyde de carbone dangereux pour l'organisme est le fait qu'il se fixe sur l'hémoglobine et bloque le transport de l'oxygène dans le sang. Il empêche également l'oxygène de se fixer sur les organes qui en ont besoin. De fait, ces différents organes ne sont plus suffisamment alimentés en oxygène, ce qui conduit à la mort.

Une intoxication au CO peut être dû à une évacuation insuffisante des gaz de combustion.

Causes 

Le monoxyde de carbone est produit par la combustion incomplète d'un composé carboné en raison d'une quantité d'oxygène insuffisante. Ce phénomène est dû à :

  • une quantité insuffisante d'oxygène dans l'air (pièce calfeutrée, aération insuffisante, entrée d'air bouchée…)  
  • la présence d'impuretés dans les matières carbonées, objets de la combustion  
  • une évacuation insuffisante des gaz de combustion (conduit mal raccordé, cheminée obstruée ou mal ramonée…)
  • une utilisation prolongée ou inadaptée d'un appareil
  • un dysfonctionnement de l'appareil utilisé pour la combustion.

Principales sources de monoxyde de carbone

► Dans une maison

Dans les habitations, les principales sources de monoxyde de carbone sont :

- les systèmes de chauffage ou de production d'eau chaude (chaudières),

- les appareils de cuisson (cuisinière, barbecue, brasero),

- les cheminées,

- les moteur de véhicule dans un garage sans aération,

- les groupes électrogènes placés dans un garage ou la cave.

► Dans un établissement collectif

Ces sources se retrouvent aussi dans les salles de spectacle, restaurants, patinoires, salles municipales ou lieux de culte par exemple. D'autres sources sont spécifiques à ce type de lieu comme certains appareils de chauffage à combustion (chauffage par radiant lumineux gaz, surfaceuse dans les patinoires).

En milieu professionnel, les principales sources de monoxyde de carbone sont les outils à moteur thermique, les engins à gaz (chariots élévateurs), les fours mais aussi les systèmes de production de chauffage ou d'eau chaude, les groupes électrogènes, etc.

Parmi les signes évocateurs, il y a les maux de tête, les nausées, les troubles de l'équilibre voire une brève perte de connaissance. 

Symptômes : comment la détecter ?

Les symptômes de l'intoxication au monoxyde de carbone se manifestent rapidement et peuvent évidemment affecter toutes les personnes se trouvant dans le même endroit. Attention, les symptômes liés à une intoxication au CO ne sont pas typiques. Il s'agit le plus souvent de maux de tête, de nausées et/ou des vomissementsd'une fatigue musculaire, de douleurs thoraciques ou abdominales, de troubles de l'équilibre, d'une confusion voire de brèves pertes de connaissance.

À un stade plus avancé, des troubles cardiaques (troubles du rythme et ischémie coronarienne), des troubles pulmonaires (œdème aigu du poumon), des troubles musculaires et viscéraux (pancréatite) peuvent advenir. Enfin des manifestations neurologiques telles que convulsions, apraxie (troubles de mouvements), amnésie, agnosie (trouble de reconnaissance des objets), parkinsonisme, cécité corticale, incontinence peuvent aussi faire partie des symptômes initiaux de l'intoxication. Le coma témoigne bien sûr d'une urgence vitale et nécessite une prise en charge immédiate.

  • Chez la femme enceinte, l'intoxication au monoxyde de carbone comporte un risque élevé de mortalité ou d'atteintes chez le fœtus
  • Une exposition régulière, même à de faibles doses de monoxyde de carbone peut se manifester par une baisse des performances intellectuelles, des difficultés d'apprentissage, des maux de tête chroniques, une altération de l'acuité visuelle et auditive "voire même des symptômes parkinsoniens" ajoute notre interlocutrice.

Diagnostic

Face aux symptômes et suite un interrogatoire mené par le médecin afin de mettre en évidence les causes possibles d'une intoxication, "le diagnostic est affiné par un dosage du carboxyhémoglobine , c'est-à-dire de l'hémoglobine qui a fixé le monoxyde de carbone" explique le Dr Perez. Lorsque la carboxyhémoglobine (HbCO) est supérieure aux seuils ci-dessous, elle affirme l'intoxication, inférieure, aucune conclusion n'est possible.

► En présence de signes cliniques :

  • HbCO > à 6% chez un fumeur
  • HbCO > à 3% chez un non-fumeur

► En l'absence de signes cliniques :

  • HbCO > à 10 % chez un fumeur
  • HbCO > à 6 % chez un non-fumeur

La mesure du monoxyde de carbone dans l'air expiré est rapide et offre une bonne corrélation avec l'HbCO . Elle est utile lorsqu'il s'agit de confirmer le diagnostic avant une admission à l'hôpital ou dans des situations impliquant plusieurs victimes.

D'autres examens peuvent être menés afin d'évaluer les conséquences de l'intoxication :

  • Gaz du sang  ou gazométrie artérielle qui permet d'évaluer la fonction respiratoire et acidobasique d'un patient et qui peut mettre en évidence une alcalose respiratoire.
  • Électrocardiographie (ECG) pouvant montrer des troubles du rythme cardiaque
  • Dosage des enzymes cardiaques
  • Analyses de sang pouvant révéler une hyperglycémie en cas d'intoxication sévère.
  • Radiographie du thorax à la recherche d'un œdème lésionnel.
  • Test de grossesse chez les patientes en âge de procréer.
  • Imagerie cérébrale si une autre cause d'altération de l'état de conscience doit être exclue.

Il faut agir très vite !

Que faire et quels les traitements ?

Une intoxication importante peut conduire au coma et à la mort, parfois en quelques minutes. Il faut donc agir très vite. D'autant plus lorsqu'ils surviennent chez plusieurs personnes occupant une même pièce équipée d'un appareil à combustion et qu'ils disparaissent en dehors de celle-ci. Dans ce cas, il est indispensable d'aérer immédiatement la pièce en ouvrant portes et fenêtres, puis d'évacuer le lieu. Il faut ensuite appeler les urgences en composant le 15 (SAMU), le 18 (les pompiers) ou le 112 (numéro d'urgence européen).

"Lors d'une intoxication sans symptômes de gravité et s'il ne s'agit ni d'un enfant ni d'une femme enceinte, le traitement repose sur une oxygénothérapie normobare à une très haute concentration pendant au moins 12 heures par le biais d'un masque à oxygène. S'il y a des critères de gravité (symptômes cardiaques, perte de connaissance… ) ou  s'il s'agit d'une femme enceinte ou d'un enfant, le traitement repose sur le placement dans un caisson hyperbare", explique le Dr Perez. Les patients sont ensuite surveillés à l'hôpital et prévenus du risque de séquelles.

Séquelles et conséquences

Grave et non traitée, l'intoxication au monoxyde de carbone est mortelle. Une intoxication au monoxyde de carbone peut parfois engendrer des séquelles neurologiques et cardiaques à long terme qui laissent des symptômes invalidants. "Elle augmente également le risque de développer une maladie cardiovasculaire dans les dix ans qui suivent", ajoute notre experte. 

Il existe aussi des symptômes neurologiques à distance, malgré un traitement bien administré et suivi. Ceux-ci peuvent apparaître chez des patients qui semblaient pourtant avoir complètement récupéré d'une intoxication aiguë. Ils apparaissent après une période de latence de deux jours à cinq semaines. Ce syndrome dit "postintervallaire" se manifeste notamment par des symptômes proches de ceux de la maladie de Parkinson, par des céphalées chroniques, des troubles de la vision, des changements d'humeur ou des troubles de la personnalité.

Prévention : comment éviter une intoxication au monoxyde de carbone ?

Les intoxications au monoxyde de carbone peuvent concerner tout le monde. Afin de limiter les risques, il convient d'adopter  les bons gestes :

  • Systématiquement faire vérifier et entretenir les installations de chauffage et de production d'eau chaude, ainsi que les conduits de fumée (ramonage mécanique) par un professionnel qualifié, avant l'entrée dans l'hiver. 
  • Aérer son logement tous les jours pendant au moins 10 minutes, même s'il fait froid.
  • Vérifier le bon état de fonctionnement des systèmes de ventilation.
  • Ne jamais obstruer les entrées et sorties d'air.
  • Respecter scrupuleusement les consignes d'utilisation des appareils à combustion indiquées par le fabricant.
  • Ne jamais faire fonctionner les chauffages d'appoint en continu.
  • Placer impérativement les groupes électrogènes à l'extérieur des bâtiments. Autrement dit : ne jamais utiliser un groupe électrogène dans un lieu fermé (maison, cave, garage…).
  • Ne pas se chauffer avec des appareils non destinés à cet usage (réchauds de camping, fours, brasero, barbecues...).

Merci au Dr Noémie Perez, pédiatre.