Le sport sur ordonnance : ce qu'il faut savoir

Pour accompagner les médecins et les inciter à mettre en place des consultations dédiées à l'activité physique, la Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré un guide.

Le sport sur ordonnance : ce qu'il faut savoir
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"Le sport sur ordonnance" est inscrit depuis 2016 dans la loi de modernisation de notre système de santé. Et pour cause : ses bienfaits pour la santé sont reconnus à la fois en prévention et dans la prise en charge de nombreuses pathologies. Aussi, les médecins peuvent, depuis le 1er mars 2017, prescrire à leurs patients des séances d'activités physiques dispensées par des organismes labellisés. L'objectif ? Accompagner les patients vers un mode de vie physiquement plus actif et moins sédentaire, en sécurité, et dans la mesure du possible en toute autonomie. Une activité physique régulière, (comme faire du vélo, marcher ou même jardiner), apporte des bénéfices pour la santé largement supérieurs aux risques encourus. Mais du côté des médecins, des freins persistent à sa mise en œuvre (manque d'information, d'outils pédagogiques, de temps...). Pour les accompagner et les aider à mener des consultations dédiées, la Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré un guide.

L'activité physique, c'est quoi ?

Par définition, il s'agit de "tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques, entraînant une dépense d'énergie supérieure à celle du métabolisme de repos". Elle peut être classée selon l'objectif recherché : endurance, renforcement musculaire, assouplissement ou augmentation des compétences motrice (ex : équilibre). Elle comprend :

  • Les activités physiques de la vie quotidienne : les déplacements actifs (marcher, faire du vélo, monter les escaliers, etc.), les activités domestiques (tâches ménagères, faire ses courses, bricoler, jardiner, etc.) et les activités professionnelles ou scolaires.
  • L'exercice physique : activité physique planifiée, structurée, répétitive et visant à améliorer ou à maintenir une ou plusieurs composantes de la condition physique. Elle peut se pratiquer seul ou en groupe.
  • Le sport ou l'activité sportive : forme particulière d'activité physique où les participants adhèrent à un ensemble commun de règles et d'objectifs bien définis (marche nordique, cyclisme, natation, football, etc.).

Le sport prescrit dépend évidemment des capacités du patient. Les sports les plus fréquemment prescrits sont en réalité "les plus faciles à réaliser : marche, natation, marche nordique, vélo, aquagym, aquabiking, gymnastique, mais aussi tai-chi ou qi gong…", avait expliqué le professeur Rivière, chef du service d'exploration de la fonction respiratoire et de médecine du sport de l'hôpital Larrey de Toulouse, lors d'une précédente interview. Autre critère primordial dans le choix du sport : l'envie du patient. "Quel que soit le sport, il faut qu'il soit prescrit en fonction des goûts de la personne, qu'elle y trouve du plaisir et que ce soit ludique." Enfin, la prescription doit être réaliste et adaptée à l'état de santé du patient.

Pour qui ?

Ces prescriptions sont réservées aux personnes souffrant d'affections longue durée (cancer, diabète, sclérose en plaques, AVC...). Selon la loi, il s'agit "d'affections dont la gravité et/ou le caractère chronique nécessitent un traitement prolongé et une thérapeutique". Dix millions de personnes sont concernées, selon le ministère de la Santé. Les prescriptions se font bien sûr au cas par cas. Dans le cas du cancer du sein par exemple, si tout le monde s'accorde pour dire que l'activité physique est bénéfique, il y a aussi des cas où il peut y avoir des contre-indications. Sa prescription va donc dépendre du stade et de l'activité.

Dans son guide, la HAS a listé 6 pathologies chroniques fréquentes, pour lesquelles la prescription d'activité physique est adaptée :

  • Obésité : ici, l'objectif et de reprendre progressivement une activité et de favoriser la perte de poids. Par exemple, le médecin pourra conseiller à son patient d'augmenter ses activités de la vie quotidienne, en particulier ses déplacements actifs et lui propose des activités sportives de loisirs comme la marche nordique, la nage, la gymnastique aquatique.
  • Diabète de type 2 : l'activité régulière réduit les risques de complications du diabète. Elle améliore l'équilibre glycémique et, chez le patient traité par insuline, réduit ses besoins en insuline. 
  • Bronchopneumopathie obstructive (BPCO) : les objectifs de l'activité physique sont doubles : améliorer les capacités cardiorespiratoires du patient et réduire la part musculaire de la dyspnée afin d'augmenter sa tolérance à l'effort. Pour y parvenir, le médecin peut, selon les cas, adresser son patient à un groupe d'activité physique adaptée. Il peut également lui conseiller d'augmenter ses activités physiques de la vie quotidienne.
  • Hypertension artérielle : la pratique d'une activité physique régulière d'endurance ou de renforcement musculaire réduit la pression artérielle. Elle fait partie du traitement des individus, seule ou en association avec des médicaments antihypertenseurs et avec d'autres mesures hygiénodiététiques (alimentation équilibrée, arrêt du tabac, …).
  • Maladie coronaire stable : une activité physique régulière fait partie intégrante de la prise en charge du patient. Elle augmente la tolérance à l'effort, diminue les facteurs de risque cardiovasculaires et réduit la mortalité. 
  • Pour les patients victimes d'un accident vasculaire cérébral : l'activité physique est bénéfique chez le patient, même à distance de l'AVC. Pour cette prescription, le médecin s'appuie sur un avis cardiologique et sur un bilan fonctionnel préalable qui permet d'évaluer les séquelles du patient. Elle permet, en association avec des règles hygiénodiététiques et un bon contrôle des autres facteurs de risque cardiovasculaire, de réduire le risque de récidive d'AVC et la mortalité cardio-vasculaire. 

Quel remboursement ?

L'ordonnance de prescription ressemble à celle d'un médicament sauf que le médecin va inscrire la nature de l'activité, l'intensité de la séance, la durée, la fréquence et le contexte (tout seul, dans une structure voire dans un centre spécialisé). Les activités physiques adaptées sont dispensées par des professionnels de santé (kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens…) formés.

Depuis que le sport sur ordonnance est testé en France, la question de son financement interroge. La loi n'en fait pas mention et les séances ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. "Le fait de prescrire de l'activité physique ne préjuge pas de son remboursement par l'assurance maladie, même si l'activité physique est aujourd'hui considérée comme une thérapeutique à part entière", précise la HAS. Les villes qui ont testé le dispositif ont pris les devants et mis en place des dispositifs de prise en charge. Les médecins et les structures sportives reçoivent par exemple des rémunérations des municipalités, des Agences régionales de Santé ou de groupes d'assurances mutualistes afin que le patient n'ait pas (ou très peu) d'argent à avancer pour réaliser sa prescription. Le reste du temps, en l'absence de prise en charge de l'Etat ou des collectivités locales, le patient doit lui-même financer ces activités. 

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