Érythème polymorphe : cause, contagion, traitement

L'érythème polymorphe est une affection dermatologique aiguë, généralement post-infectieuse, dont les lésions sont très caractéristiques. Le point sur les symptômes, les localisations et les traitements avec le Dr Saskia Oro, dermatologue à l'hôpital Henri Mondor. 

Érythème polymorphe : cause, contagion, traitement
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Définition : qu'est-ce qu'un érythème polymorphe ?

L'érythème polymorphe est une maladie inflammatoire de la peau, et parfois des muqueuses, qui se caractérise par la survenue de lésions sur la peau en cocardes, c'est-à-dire arrondies, annulaires, avec trois anneaux concentriques. Ces petites élevures rouges ont parfois un aspect bulleux et apparaissent généralement sur les mains, les avant-bras, les genoux, les coudes, les plantes et les paumes, parfois plus diffuses. La maladie guérit en général spontanément en quelques semaines. Les récidives sont toutefois fréquentes, nécessitant un traitement de fond pour essayer de limiter la survenue des poussées.

Érythème polymorphe bulleux

L'érythème polymorphe est dit bulleux lorsqu'une petite cloque se développe au sein des lésions. 

Érythème polymorphe après un vaccin

Des cas d'érythème polymorphe ont été décrits après la vaccination contre la variole. Plus récemment, deux cas d'érythème polymorphe ont été rapportés suite à l'inoculation du vaccin Moderna contre le Covid, selon l'ANSM. "Toutefois, la causalité est très difficile à affirmer et il faut retenir que l'érythème polymorphe est essentiellement une maladie inflammatoire post-infectieuse, dont la principale cause (plus de la moitié des cas) est le virus de l'herpès", nuance le Dr Saskia ORO. 

Quelles sont les localisations ?

L'érythème polymorphe touche généralement les extrémités (mains, pieds, chevilles, coudes, avant-bras) et les poussées sont peu invalidantes. Dans de plus rares cas, la maladie peut se révéler beaucoup plus sévère avec l'apparition de lésions étendues, une atteinte des muqueuses pouvant entraîner des difficultés pour manger, et une atteinte oculaire, nécessitant une hospitalisation. 

Quelles sont les causes ?

L'érythème polymorphe est généralement induit par un agent infectieux, le plus souvent par l'herpès, parfois par une bactérie qui s'appelle le mycoplasme. Il arrive qu'aucune cause ne soit retrouvée. "C'est une maladie qui n'est pas infectieuse à proprement parler, elle correspond à une hypersensibilité, une réaction anormale de l'organisme à ces agents infectieux qui entraîne l'apparition de lésions de la peau et des muqueuses. On sait depuis une trentaine d'années que l'érythème polymorphe n'est pas une allergie aux médicaments. Pendant longtemps, cette maladie dermatologique a été confondue avec une certaine forme d'allergie aux médicaments qu'on appelle le syndrome de Stevens-Johnson. Mais plusieurs études françaises et internationales ont prouvé que l'érythème polymorphe est essentiellement une maladie post-infectieuse, qui n'est pas déclenchée par un médicament dans l'immense majorité des cas", détaille la dermatologue

Est-ce contagieux ?

L'érythème polymorphe n'est pas du tout contagieux. 

Quel est le diagnostic ?

"Le diagnostic est clinique, il est confirmé par la présence de cocardes sur la peau. En cas de doute, une biopsie (petit prélèvement de la peau) peut être réalisée", indique la dermatologue. On distingue deux formes d'érythème polymorphe : 

l'érythème polymorphe mineur : il n'y a pas d'atteinte des muqueuses ou cette atteinte est très limitée.

l'érythème polymorphe majeur se caractérise par l'atteinte de deux muqueuses ou plus. "Certains patients présentent des lésions dans les muqueuses (yeux, bouche, muqueuse génitale, nasale). Cela peut se révéler douloureux, invalidant, et nécessiter une hospitalisation", précise la spécialiste. 

Quels sont les traitements ?

Durant la phase aiguë de la maladie, c'est-à-dire au moment des poussées, des traitements symptomatiques sont administrés afin de soulager les douleurs et essayer d'accélérer la cicatrisation dans la bouche. De la cortisone peut également être prescrite pendant quelques jours. "En cas de récidives fréquentes, un traitement antiviral au long cours peut se révéler bénéfique pour prévenir les poussées d'herpès, qui sont à l'origine des poussées d'érythème polymorphe dans la grande majorité des cas. Lorsque cela ne fonctionne pas, ou qu'il ne s'agit pas d'un érythème polymorphe post-herpétique, divers traitements immunomodulateurs peuvent être envisagés. Ces traitements font l'objet d'une discussion thérapeutique par des équipes spécialisées dans la prise en charge de l'érythème polymorphe", informe le Dr Saskia ORO.

Quels sont les risques de complications ? 

"L'érythème polymorphe peut se révéler  invalidant et douloureux mais c'est une maladie de très bon pronostic. Dans la grande majorité des cas, il n'y a aucune  complication, cependant des séquelles muqueuses (notamment oculaires) peuvent exceptionnellement être observées dans les cas les plus sévères", rassure notre interlocutrice.

Merci au Dr Saskia ORO, dermatologue à l'hôpital Henri Mondor. 

Source : Enquête de pharmacovigilance du vaccin COVID‐19 VACCINE MODERNA. Rapport n°14 : période du 28 mai 2021 au 01 juillet 2021 CRPV de Lille, CRPV de Besançon. ANSM

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