Traitements Covid-19 : en France, protocole, antibiotiques...

La prise en charge de la Covid-19 s'adapte selon sa forme : légère (ne nécessitant pas d'hospitalisation) ou sévères (avec une hospitalisation voire une admission en réanimation). Les soignants disposent de plusieurs traitements pour réduire la gravité de l'infection. Quels sont les traitements validés ? La prise d'antibiotique en fait-elle partie ? La cortisone ? Les nouveaux ? Infos.

Traitements Covid-19 : en France, protocole, antibiotiques...
© 123RF-Jarun Ontakrai

[Mise à jour le mercredi 31 mars à 11h20] Aucun traitement avec une activité virale directe n'a fait la preuve scientifique de son efficacité pour combattre le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie Covid-19. La prise en charge s'adapte à la forme de la maladie : légère (ne nécessitant pas d'hospitalisation) ou sévères (avec une hospitalisation voire une admission en réanimation). Les patients Covid-19 présentant une forme simple ou modérée sont pris en charge en ville.
Cette prise en charge ambulatoire est organisée par les professionnels de santé habituels des patients. En cas de fièvre, il est par exemple conseillé de prendre du paracétamol et non des anti-inflammatoires qui peuvent faire flamber l'infection. Il faut surveiller l'évolution des symptômes et en cas d'aggravation avec difficultés à respirer, appeler le 15. Pour les formes sévères, d'autres traitements sont employés comme les corticoïdes, les anticorps monoclonaux, le support en oxygène (oxygénothérapie), support ventilatoire... Voici la liste des traitements possibles en cas d'infection Covid-19.

Quels sont les traitements administrés aujourd'hui ?

Le paracétamol pour faire baisser la fièvre 

Il n'existe pas de médicament pour soigner le nouveau coronavirus. Le paracétamol, pour une forme légère du Covid, permettra de faire baisser la fièvre et calmera les éventuelles douleurs musculaires. Il n'a toutefois aucune propriété antivirale. Noter qu'il est recommandé, pour un adulte, de ne pas consommer plus de trois grammes de paracétamol par jour, de ne pas dépasser plus de 1 gramme par prise et d'espacer les prises d'au moins 4 heures. 

Les corticoïdes pour les formes graves 

Les corticoïdes, la dexaméthasone en premier lieu, sont désormais recommandés dans la prise en charge des formes graves du Covid-19. "L'étude anglaise Recovery a démontré formellement que 6 mg de dexaméthosone, un anti-inflammatoire à base de corticoïdes - par jour permet d'éviter des décès. Utiliser des corticoïdes contre le syndrome de détresse respiratoire, ce n'est pas nouveau. Mais désormais, on a la preuve que ça marche, ce qui a permis d'harmoniser les pratiques", commente le professeur Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux et membre du conseil d'administration de la SFPT. En cas de tension d'approvisionnement de la dexaméthasone, le Haut conseil de santé public recommande l'utilisation de méthylprednisolone, de prednisone ou d'hydrocortisone. Selon l'OMS, ce traitement permettrait de réduire d'environ un tiers la mortalité des patients placés sous respirateur et d'environ un cinquième la mortalité des patients placés uniquement sous oxygène. Noter qu'il est inutile de prendre de la dexaméthasone pour des formes bénignes de la maladie. 

L'oxygénothérapie en cas d'insuffisance respiratoire

L'oxygénothérapie permet de délivrer de l'oxygène à une personne en insuffisance respiratoire. Certains patients atteints du Covid-19 ont besoin de cette assistance pour bien respirer, il s'agit de patients oxygéno-requérants. L'oxygénothérapie peut être effectuée à l'hôpital ou à domicile selon des critères stricts établis en novembre par la Haute autorité de santé.  "Sans avoir d'antiviral, on a réussi à améliorer la survie en réanimation. Grâce aux corticoïdes et à l'oxygénothérapie, on a nettement progressé dans la prise en charge des malades et peut-être avons-nous encore une marge de progression", commente Mathieu Mollimard. 

Les anticorps monoclonaux 

Le 15 mars 2021, l'Agence du médicament a donné l'autorisation à deux thérapies par anticorps monoclonaux chez les personnes à risque élevé de développer une forme grave de la COVID-19 dès l'apparition de leurs symptômes. Ces thérapies ou plutôt "bithérapies" sont : casirivimab/imdevimab du laboratoire Roche et bamlanivimab/etesevimab du laboratoire Lilly France. L'administration d'anticorps monoclonaux, en empêchant la pénétration du virus dans les cellules et ainsi en luttant contre sa réplication pourrait neutraliser le virus à la phase précoce de l'infection. C'est le traitement que Donald Trump s'était vu administrer à titre expérimental. "Il s'agit de fabriquer en laboratoire des anticorps monoclonaux spécifiquement thérapeutiques pour bloquer la protéine Spyke, à partir d'anticorps de patients qui ont guéri. On a d'abord essayé avec un seul anticorps mais ce n'était pas suffisant.",  explique Mathieu Molimard. 

Quels sont les traitements encore en test ?

La vitamine D : pour stimuler le système immunitaire 

La vitamine D est une vitamine liposoluble que l'on trouve dans des aliments comme le poisson et que l'organisme est capable de synthétiser sous l'action des rayons UVB du soleil. Parmi ses bienfaits et rôles dans l'organisme, la vitamine D stimule notamment le système immunitaire. Le 8 janvier 2021, une tribune signée par 73 experts, 5 sociétés savantes et une association, a appelé à une supplémentation en vitamine D pour les personnes à risque d'hypovitaminose, les malades du Covid, et la population générale pendant la période hivernale. Mathieu Molimard invite toutefois à la prudence. "En cas de déficit de vitamine D, on est peut être effectivement plus sensible aux infections et il est bénéfique de se supplémenter en vitamine D. Mais si on n'a pas de carence, supplémenter en vitamine D expose à des risques d'intoxication. Pour l'heure, rien n'est prouvé en terme d'effet de la vitamine D sur les virus et on n'a pas la moindre démonstration du bénéfice de la vitamine D chez les gens malades", tempère-t-il. 

Le clofoctol : un médicament en test 

Le clofoctol pourrait éviter de développer des formes graves de la maladie Covid-19 selon Xavier Nassir, directeur général de l'Institut Pasteur de Lille. Déjà connu, il s'agit, comme pour la colchicine d'un repositionnement de médicament. Le clofoctol était utilisé jusqu'en 2005 pour traiter des infections respiratoires bénignes, avant d'être retiré du marché "pour faible service médical rendu." Donné en début de traitement, ce médicament, dont le développement est en partie financé par le groupe LVMH - pourrait permettre notamment d'empêcher de développer une forme grave de la maladie. Les tests sur les patients devraient débuter bientôt. 

La plasmathérapie : la transfusion d'anticorps 

La technique ? Transfuser à des malades du Covid-19 du plasma – partie du sang où se trouvent les anticorps - prélevé sur des personnes ayant été contaminées et désormais guéries. Objectif ? Procurer à des patients qui n'en ont pas les anticorps pour lutter contre la Covid-19. Après avoir suscité l'enthousiasme dans le monde entier, plusieurs études, dont Coviplasm en France, ont montré que la plasmathérapie n'était toujours pas le traitement miracle contre la Covid-19, même s'il permettait de réduire la gravité des symptômes. "Les études ont montré que les patients n'avaient toujours pas suffisamment d'anticorps pour lutter contre le virus. On ne sait pas pourquoi ça n'a pas marché. Mais l'idée n'est pas abandonnée et des essais sont toujours en cours", explique Mathieu Molimard. 

Les traitements à base d'anticorps polyclonaux 

Sur ce front, la société nantaise Xenothera est en bonne position avec son Xav-19, traitement polyclonal toujours en cours de développement et labellisé "Priorité nationale de recherche." Il permettrait de réduire le risque d'aggravation chez des patients atteints de formes modérées du nouveau coronavirus. "Quand on reçoit du Xav-19, on est protégé durant plus de dix jours, il diffuse dans les poumons, et empêche en particulier la pneumonie. C'est démontré, ce sont des résultats récents. Ce qui montre l'intérêt du produit pour des patients qui ont une pneumonie légère, de façon à leur éviter toute aggravation, et tout risque de passage en réanimation", a expliqué à France 3 Odile Duvaux, présidente de la biotech Xenothera qui estime que le traitement pourrait. La différence entre un anticorps polyclonal et un anticorps monoclonal ? Le premier est capable de reconnaître plusieurs épitopes d'un même antigène, le monoclonal, un seul. Ce qui pourrait être un plus dans la lutte contre les variants. 

La colchicine : un traitement risqué

Vendredi 22 janvier, un communiqué de l'institut de cardiologie de Montréal (ICM), présentait la colchicine, médicament bien connu et bon marché, comme un espoir de traitement solide contre le Covid-19. Toutefois, avec un communiqué de presse seulement et sans étude clinique à l'appui, l'annonce doit être prise avec prudence. Mathieu Molimard souligne en premier lieu la possible dangerosité de la molécule. "C'est un produit qui a une marge thérapeutique étroite : c'est-à-dire que la différence entre la dose thérapeutique et la dose toxique est très faible. Par ailleurs, ce médicament a beaucoup d'interactions avec les autres médicaments qui vont faire monter son taux et le rendre toxique. Or, ce sont les personnes âgées qui ont le plus de médicaments et ce sont aussi à eux qu'on prescrirait la colchicine", explique-t-il, ajoutant que l'étude a disposition n'est pas probante. "Pour qu'une étude soit fiable, le seuil est fixée à 5 % de réussite. Là, on est à 8 % de chance de se tromper, on est au-delà du pourcentage donc cette étude n'est pas fiable et non significative statistiquement", ajoute-t-il. Nausées, diarrhées, vomissements, les effets secondaires de la colchicine sont aussi à prendre en compte. "Les risques semblent énormes pour quels bénéfices ? Cette étude a été menée sur des gens de 50 ans en moyenne, mais quels effets secondaires chez des sujets plus âgés ?", note le pharmacologue.

Quels sont les traitements écartés ?

Les antibiotiques : inefficaces contre la Covid-19 

Les antibiotiques agissent contre les bactéries, et uniquement contre les bactéries. Ils sont donc totalement inefficaces pour soigner une infection au Covid-19, une maladie virale et non bactérienne. Dans un article mis à jour le 23 novembre "En finir avec les idées reçues", l'OMS écrit : "La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) est causée par un virus, pas par une bactérie. Le virus à l'origine de la COVID-19 appartient à la famille des Coronaviridae. Les antibiotiques ne fonctionnent pas contre les virus.(...) Le SARS-Cov-2 est un virus et, par conséquent, les antibiotiques ne doivent pas être utilisés comme moyen de prévention ou de traitement. Cependant, si vous êtes hospitalisé pour la COVID-19, vous pouvez recevoir des antibiotiques car une co-infection bactérienne est possible." Dans un Avis du 6 juin 2020, le Haut Conseil de la Santé Publique avait également déconseillé la prise d'antibiotiques "du fait du caractère exceptionnel de la co-infection bactérienne" en cas de Covid-19. Les antibiotiques ne sont donc en aucun cas une solution contre le Covid-19. 

L'hydroxychloroquine : écartée des traitements Covid 

En France, l'hydroxychloroquine, médicament peu onéreux, a été présenté comme un espoir pour les malades du Covid-19 notamment par Pr Didier Raoult, de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée-Infection. Selon lui, l'urgence sanitaire justifiait une utilisation de ce médicament, associée à un antibiotique (l'Azithromycine), dès les premiers symptômes. Ont débuté une polémique et une cacophonie autour de la molécule qui a duré plusieurs semaines. Selon les études disponibles, l'intérêt de l'hydroxychloroquine n'a pas été démontré et est désormais totalement abandonnée comme traitement du Covid-19. "L'hydroxychloroquine ou la chloroquine, un traitement employé contre le paludisme, le lupus érythémateux et l'arthrite rhumatoïde, a fait l'objet d'études en tant que traitement possible contre la COVID-19. Les données actuelles montrent que ce médicament ne réduit pas le nombre de décès chez les patients hospitalisés atteints de la COVID-19, ni n'aide les personnes atteintes d'une forme modérée de la maladie", écrit ainsi l'OMS sur son site. 

Sources :

Utilisation de la dexaméthasone et d'autres corticoïdes dans le Covid-19, Haut Conseil de la Santé Public, 2 novembre 2020

Questions-réponses : Dexaméthasone et COVID-19, OMS, 25 juin 2020

Covid-19 : proposer une oxygénothérapie à domicile, une modalité adaptée pour certains patients, HAS, 9 novembre 2020

Nouveau coronavirus (2019-nCoV) : conseils au grand public - En finir avec les idées reçues, OMS, 23 novembre 2020

Effet bénéfique de la vitamine D dans la Covid : quelles sont les données ?, La revue du Praticien, Janvier 2021

Efficacy of Convalescent Plasma to Treat COVID-19 Patients, a Nested Trial in the CORIMUNO-19 Cohort (CORIPLASM), Us national Librairy of Medecine, Avril 2020