Remdesivir et coronavirus : dangereux pour les reins ?

Autorisé comme traitement du Covid-19 en Europe, le remdesivir -substance active du médicament Veklury- pourrait être responsable de lésions rénales. Un examen minutieux des données disponibles est lancé par l'Agence européenne du médicament.

Remdesivir et coronavirus : dangereux pour les reins ?
© Laboratoire Gilead

[Mise à jour le lundi 5 octobre 2020 à 16h49]. Le remdesivir (substance active du médicament Veklury) a été le premier médicament recommandé dans le traitement du Covid-19 par l'Agence européenne du médicament (EMA) en juin 2020. En France, le ministre de la Santé Olivier Véran avait indiqué sur Europe 1 qu'il attendait "l'avis de la Commission européenne, puis l'avis des agences françaises du médicament" avant de se prononcer ou non en faveur de ce médicament pour le pays soulignant que ce dernier "a pu montrer une efficacité, mais qui reste extrêmement relative". Un avis précautionneux qui pourrait lui donner raison au vu du communiqué publié par l'EMA le 2 octobre. Dans celui-ci, l'Agence annonce que son comité de sécurité (le PRAC) va lancer un examen de sécurité sur le Veklury après avoir eu connaissances de rapports de lésions rénales aigues chez certains patients Covid-19 prenant ce traitement. "Pour Veklury, la toxicité rénale a été évaluée au moment de la demande d'autorisation de mise sur le marché, principalement sur la base d'études animales, rappelle l'EMA dans son communiqué. Une surveillance renforcée de l'innocuité est en place pour détecter les rapports d'effets indésirables et les lésions rénales aiguës sont suivies en tant qu'événement indésirable d'intérêt particulier (AESI) dans les rapports de sécurité mensuels récapitulatifs du remdesivir. A ce stade, il n'a pas été déterminé s'il existe une relation de cause à effet entre Veklury et les rapports de lésion rénale aiguë."

"Ne pas commencer le traitement chez les patients ayant une diminution de la fonction rénale"

Ces lésions pourraient être liées à d'autres causes comme l'infection Covid-19 elle-même. Pour l'heure, pas de changements recommandés dans la façon de prescrire ce traitement. L'EMA rappelle que "les informations sur le produit conseillent déjà aux médecins de surveiller les patients pour une insuffisance rénale avant et pendant le traitement et de ne pas commencer le traitement chez les patients présentant une diminution importante de la fonction rénale".

C'est quoi le Remdesivir ?

Le remdesivir est un médicament inventé par le laboratoire américain Gilead pour le traitement de plusieurs maladies infectieuses. Il est actif contre le virus Ebola, le virus respiratoire syncytial (VRS), le virus Junin (responsable de la fièvre hémorragique d'Argentine), le virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV, qui appartient à la famille des coronavirus) ou encore le virus Marburg. C'est en 2009 que Gilead a commencé la recherche qui a conduit au remdesivir, avec des programmes sur l'hépatite C et le virus respiratoire syncytial. Il s'agit d'un médicament antiviral analogue de l'adénosine. Il est disponible sous forme de lyophilisat destiné à être administré par voie intraveineuse.

Quel est son mode d'action ?

Le remdesivir est un inhibiteur puissant de la réplication du SRAS-CoV-2 dans les voies nasales et bronchiques humaines. Des études ont montré qu'il pouvait réduire la charge virale pulmonaire de façon significative et améliorer la fonction respiratoire et les symptômes de la maladie. Il est aussi capable de bloquer l'infection virale, après l'entrée du virus dans la cellule. 

Remdesivir et coronavirus : quels résultats ? 

Dans son communiqué du 25 juin 2020, l'EMA a recommandé le remdesivir pour une "autorisation de mise sur le marché conditionnelle". Il s'agit d'une autorisation spécifique qui vise à faciliter l'accès précoce à des médicaments répondant "à un besoin médical non satisfait, y compris dans des situations d'urgence en réponse à des menaces pour la santé publique telles que la pandémie actuelle" justifiait l'Agence. L'EMA estime que le remdesivir a plus d'avantages que de risques chez les patients atteints de pneumonie nécessitant un supplément d'oxygène; c'est-à-dire ceux atteints d'une forme grave du Covid-19. Comme elle l'explique dans son communiqué, les données sur le remdesivir ont été évaluées "dans un délai exceptionnellement court". À partir du 30 avril 2020, le CHMP (comité des médicaments à usage humain de l'EMA) a commencé à analyser les données sur la qualité et la fabrication, les données non cliniques, les données cliniques préliminaires et les données de sécurité du médicament. L'évaluation est principalement basée sur l'étude NIAID-ACTT-1, parrainée par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis. L'étude NIAID-ACTT-1 a évalué l'efficacité d'une cure de 10 jours de remdesivir chez plus de 1000 patients hospitalisés avec COVID-19. Le remdesivir a été comparé au placebo (un traitement fictif) et la principale mesure de l'efficacité était le délai de récupération des patients (défini comme n'étant plus hospitalisé et/ou nécessitant de l'oxygène à domicile ou hospitalisé mais ne nécessitant pas d'oxygène supplémentaire et ne nécessitant plus de soins médicaux continus). L'étude a montré que les patients traités par le remdesivir se rétablissaient après environ 11 jours, contre 15 jours pour ceux sous placebo. Cet effet n'a pas été observé chez les malades atteints d'une forme légère à modérée (le délai de récupération était de 5 jours pour le groupe remdesivir et le groupe placebo). 

Quelle posologie ?

Le remdesivir est un médicament administré par perfusion (goutte-à-goutte) dans une veine. Il est autorisé comme traitement du Covid-19 chez les adultes et les adolescents à partir de 12 ans atteints de pneumonie et nécessitant un supplément d'oxygène. "Le traitement doit commencer par une perfusion de 200 mg le premier jour, suivie d'une perfusion de 100 mg par jour pendant au moins 4 jours et pas plus de 9 jours" expliquait l'EMA dans son communiqué du juin 2020.

Précautions 

"L'utilisation du remdesivir doit être limitée aux établissements de santé"

"L'utilisation du remdesivir doit être limitée aux établissements de santé dans lesquels les patients peuvent être surveillés de près, précise l'Agence européenne du médicament. La fonction hépatique et rénale doit être surveillée avant et pendant le traitement, le cas échéant."

Effets secondaires

Il y a peu d'informations sur le profil d'innocuité du remdesivir comme on manque de recul clinique sur ses effets, autant chez l'adulte, la femme enceinte et les enfants. Les études pré-cliniques indiquent qu'il pourrait cibler le rein. Des essais chez des volontaires sains ont également révélé une augmentation possible des transaminases [FDA, 2020; University of Michigan, 2020]. Des effets indésirables reliés à l'infusion du médicament sont également possibles comme les nausées, frissons et/ou vomissements. Mais globalement, son usage, comparativement à un placebo, n'entraînerait pas d'effets indésirables majeurs supplémentaires.

Quand sera-t-il disponible ?

La Commission européenne, qui a été tenue informée par l'EMA tout au long de l'évaluation, devrait accorder une décision sur l'autorisation de mise sur le marché conditionnelle du remdesivir au cours de la semaine à venir, permettant ainsi la commercialisation du produit dans l'Union européenne.

Sources : 

• First COVID-19 treatment recommended for EU authorisation (PDF/129.67 KB), 25 juin 2020, EMA/264817/2020.

COVID-19 et Remdesivir. Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). 11 juin 2020. Quebec.

Development of Remdesivir, Gilead Sciences, 2020.