Variant anglais du Covid : progression en France, plus grave ?

Le variant anglais VOC 202012/01 circule activement en France. Et selon les propos du ministre de la Santé Olivier Véran, il faut coûte que coûte "éviter l'épidémie dans l'épidémie". On fait le point sur ce variant bien plus contagieux que le virus classique du Covid-19 avec Vincent Maréchal, professeur de virologie à la Sorbonne.

Variant anglais du Covid : progression en France, plus grave ?
© Coronavirus-123RF- Oleksandr Berezko

Le variant anglais du nouveau coronavirus, ou VOC 202012/01 ou B.1.1.7, a fait parler de lui pour la première fois le 20 septembre dans le Kent, en Angleterre. Il est né d'une mutation du Sars-Cov-2, le virus du Covid-19. Il fait partie de la famille des virus ARN, "des virus dont on sait qu'ils varient beaucoup", explique le professeur de virologie Vincent Maréchal, contacté par Le Journal des Femmes. 

Pourquoi le virus du Covid-19 a-t-il muté ? 

Le virus du Covid-19 est composé d'une séquence génétique de 30 000 nucléotides. Pour infecter de nouvelles cellules, il se réplique, "c'est à ce moment que peuvent survenir les erreurs dans son patrimoine génétique. Comme s'il y avait des fautes de frappe dans une recette de cuisine de 30 000 caractères", image notre expert. Ces erreurs, ce sont les mutations. "Beaucoup de mutations sont silencieuses et ne présentent pas de conséquences sur le fonctionnement du virus, poursuit-il. D'autres sont dites délétères, dans ce cas, la mutation est détruite. Enfin, il y a les mutations qui améliorent le virus.Parmi ces améliorations, le virus peut être plus contagieux, échapper à la réponse immunitaire ou encore être capable de franchir la barrière de l'espèce... Ces mutations rendent le virus plus performant que celui dont il est issu : "C'est ce qui explique pourquoi il prend l'avantage. C'est l'histoire naturelle des virus : les virus les plus contagieux deviennent les virus dominants, poursuit le professeur de virologie. L'augmentation de la contagiosité explique que le virus britannique soit devenu dominant en l'espace de deux mois en Grande-Bretagne. Et c'est la raison pour laquelle on n'empêchera pas ce variant de s'imposer assez rapidement en France." 

Le variant anglais en France 

Le premier cas français du variant anglais a été confirmé à Tours (Indre-et-Loire), le 25 décembre. Il s'agissait d'un Français qui rentrait de Londres. Actuellement, "les variants concernent plus de 2000 patients par jour", a chiffré le ministre de la Santé Olivier Véran, jeudi 28 janvier, lors d'une conférence de presse. Selon les informations données mercredi 27 janvier par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, le variant anglais du Covid-19 représentait 10 % des contaminations détectés en France. Au 8 janvier, le variant ne représentait que 3,2 % des cas. Indéniablement, le virus se diffuse rapidement dans la population. "On se trouve actuellement dans une phase très active de diffusion", commente notre expert. 

Dans le bulletin de Santé Publique France du 28 janvier : 299 cas d'infection au variant anglais ont été confirmés en France, un ou plusieurs dans toutes les régions de France métropolitaine. Aucun cas n'a été rapporté en Outre-mer.

Le variant anglais dans le monde 

Selon les annonces de l'OMS mercredi 27 janvier, le virus britannique circule désormais dans 70 pays soit dix pays de plus qu'au 12 janvier. En Europe, plusieurs pays ont signalé une proportion croissante de cas avec le nouveau variant ainsi qu'une transmission communautaire (non associée à un voyage). Ce variant est déjà responsable de la majorité des cas de COVID-19 au Royaume-Uni.

carte variant anglais monde
. Pays et territoires rapportant des cas confirmés liés au variant anglais (données au 25 janvier 2021) © Santé Publique France

Quels sont les symptômes du variant anglais ?

"A ma connaissance, il n'y a pas de signes cliniques majorés pour le variant britannique", explique Vincent Maréchal. Ainsi les symptômes du variant anglais sont identiques à ceux du Covid-19 : toux, perte du goût, de l'odorat, fatigue, maux de tête...

Est-il beaucoup plus contagieux ?

La grosse différence entre ce variant et la forme classique du Sars-Cov-2, c'est son niveau de contagiosité, bien supérieur chez l'anglais. "Il serait de 30 à 70 % plus contagieux. Le variant britannique augmenterait en moyenne le R0, nombre de reproduction de base, de 0,5. On passerait ainsi de 1 à 1,5, la différence est énorme. Ainsi pour un R0 de 1, dix personnes contaminent dix personnes, la diffusion du virus stagne. Dans le cas d'un R0 de 1,5, dix personnes contaminent quinze personnes. C'est vraiment très rapide", commente Vincent Maréchal.

Le variant anglais a-t-il un taux de létalité supérieur au classique ? 

C'est ce qu'a affirmé le Premier ministre britannique Boris Johnson lundi 22 janvier, indiquant que pour 1000 contaminations la mortalité passait de 10, pour le classique, à 13 pour le variant anglais. Toutefois, des incertitudes entourent ces chiffres. "Selon moi, on n'en sait rien. Notamment parce que le taux de létalité est également lié à la capacité du système de santé à prendre en charge les malades. Actuellement, le système hospitalier britannique est totalement saturé, à tel point que cela peut impacter le taux de létalité du virus" commente Vincent Maréchal. "Et puis, il faut se mettre dans la peau d'un virus, poursuit-il. Les mutations retenues sont celles qui profitent au virus, à savoir circuler plus rapidement et plus facilement dans la population. Rendre quelqu'un plus malade, tuer davantage les contaminés, ça ne lui sert à rien. Par contre, il peut être plus abondant dans la salive, ce qui semble être le cas dans le variant britannique. Là, effectivement, les avantages sont majeurs pour le virus." 

Le variant anglais est-il résistant au vaccin ? 

Selon les annonces de Pfizer et de Moderna, ces deux vaccins seraient efficaces contre le variant anglais. "Ce qui est très préoccupant, c'est que plus le virus se multiplie – et il se multiplie partout dans le monde aujourd'hui – plus il y aura des mutants et donc des variants qui vont acquérir des propriétés nouvelles. Ce qui est primordial, pour éviter la multiplication des variants, c'est la vaccination de la population mondiale. Certains pays n'ont même pas les ressources pour acheter le vaccin. On a affaire à une pandémie, à l'échelle mondiale donc, et si on n'aide pas ces pays-là à gérer cette problématique, le virus va continuer à y circuler activement. Et plus le virus circule, plus on sera confronté à des variants", développe le scientifique. 

Quel masque pour se protéger ?

Face au variant, les masques artisanaux, de catégorie 2 filtrant à 70 %, ne seraient plus un moyen de protection efficace. "Le Haut Conseil de la santé publique nous recommande, et c'est la recommandation que je fais aux Français, de ne plus utiliser de masque artisanal qu'on a fabriqué chez soi, même en utilisant un tutoriel sur Internet", a déclaré Olivier Veran, jeudi 21 janvier sur TF1. Pour l'heure, pas question toutefois de rendre le masque FFP2 obligatoire, comme c'est désormais le cas en Autriche pour faire face aux variants. Les masques FFP2, mais aussi les masques chirurgicaux et les masques en tissu de catégorie 1, filtrant à 90 %, sont les masques recommandés pour se protéger du variant anglais. "Un masque qui filtre à 70 %, filtrera toujours à 70 %  mais s'il y a plus de virus dans la salive, il y a plus de virus qui filtrera à travers le masque. C'est pourquoi on appelle la population à utiliser des masques plus résistants ", explique le professeur à la Sorbonne. 

Quelles protections contre le variant anglais ? 

La question ne doit toutefois pas restée cantonnée aux masques. "Face aux variants, c'est l'ensemble des mesures barrières qu'il faut relever d'un cran", poursuit-il. "Il faut bien que les gens aient en tête qu'un variant implique de nouveaux enjeux. Risque d'échappement au vaccin, risque d'échappement à l'immunité, risque de transmission accrue : un variant qui survit est dangereux et il ne faut pas attendre pour agir." 

Merci à Vincent Maréchal, professeur de virologie et Professeur des Universités - Sorbonne Université.

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