Immunité après Covid : durée des anticorps, vaccination, femme...

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"Immunité après Covid : durée des anticorps, vaccination, femme..."

Des chercheurs des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont indiqué que chez les patients positifs au Covid-19, les anticorps baissent plus rapidement chez les hommes que chez les femmes mais persistent chez presque tout le monde jusqu'à 13 mois après l'infection. Principe d'immunité, naturelle, acquise, innée, durée... Explications.

[Mise à jour le mercredi 19 mai à 15h57] Plus d'un an après le début de l'épidémie de Covid et alors que les pays s'affairent à vacciner leur population pour tenter de l'enrayer, que sait-on de la persistance des anticorps chez les patients positifs au Covid ? Chez ceux qui sont vaccinés ? Dans un communiqué publié le 18 mai, des chercheurs des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont indiqué que chez les COVID-19 positifs, les anticorps dirigés contre la protéine spike du virus (anti-S) baissent plus rapidement chez les hommes que chez les femmes mais persistent chez presque tout le monde jusqu'à 13 mois après l'infection.

Définition : c'est quoi l'immunité ? 

L'immunité désigne le fait d'être protégé contre une maladie infectieuse, soit par un vaccin, soit parce que l'on a déjà été infecté par un microbe infectieux, un virus ou une bactérie. Ainsi, en cas d'exposition à cet agent infectieux, notre système immunitaire le reconnaît, il nous défend et empêche le microbe de se multiplier dans notre organisme.

Quand est-on immunisé après avoir eu le Covid-19 ?

Les premières études ont montré que le taux d'anticorps augmente rapidement dans les 2 à 3 premières semaines suivant l'infection Covid, puis diminue progressivement. 

Il y a deux phases de conservation de la réponse immunitaire :

→ Première phase : on a des anticorps dans notre sang qui ont été produits au moment de l'infection ou de la vaccination : le système immunitaire s'active et produit des anticorps qui persistent dans l'organisme pour nous protéger. "La durée de protection varie d'une personne à l'autre, on peut donner comme ordre de grandeur quelques mois. Avec ces anticorps, le risque de ré-infection est très faible. Si une ré-infection à lieu malgré tout, elle est généralement beaucoup moins symptomatique, en tout cas chez les rares cas qui ont été décrits aujourd'hui" rassure-t-il.

L'immunité développée après l'infection est proportionnelle à la sévérité de la maladie, selon la HAS.

→ Deuxième phase : "C'est la réponse dite mémoire, on n'a plus du tout ou très peu d'anticorps dans le sang mais les cellules qui ont produit ces anticorps sont toujours présentes, elles sont juste en dormance en attendant la prochaine infection", explique le chef d'équipe à l'Institut Curie. Autrement dit, si on se faisait ré-infecter, soit on ne développerait même pas de symptômes, soit les symptômes sont moins sévères parce que nos cellules dites mémoire vont pouvoir se réactiver beaucoup plus vite. Même si les anticorps ont disparu, il faut savoir que ces cellules mémoires durent toute la vie. 

Combien de temps ?

Dans un communiqué publié le 18 mai, des chercheurs des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont indiqué que chez les COVID-19 positifs, les anticorps dirigés contre la protéine spike du virus (anti-S) baissent plus rapidement chez les hommes que chez les femmes mais persistent chez presque tout le monde jusqu'à 13 mois après l'infection. L'équipe du CHRU de Strasbourg a suivi pendant un an 1309 personnels hospitaliers dont 393 ayant eu une forme légère du SARS-CoV-2 et 916 n'ayant pas contracté l'infection. "Ces résultats démontrent la persistance à long terme des anticorps anti-S qui peuvent protéger contre la réinfection" concluent les auteurs qui ont également constaté qu'après une seule dose de vaccination, le taux d'anticorps augmente fortement quel que soit le taux pré-vaccinal et quel que soit le type de vaccin administré. "En augmentant les taux d'anticorps neutralisants, le vaccin contre le SARS-CoV-2 peut renforcer leur capacité protectrice, en particulier contre les variants hébergeant des mutations d'échappement d'anticorps comme le variant sud-africain" ont-ils expliqué. Les anticorps peuvent aussi protéger contre la réinfection par le variant anglais. En mai 2021, une étude italienne réalisée par l'hôpital San Raffaele de Milan en collaboration avec l'Institut supérieur de la Santé (ISS) avait rapporté une persistance des anticorps de 8 mois après avoir suivi 162 personnes positifs au SARS-CoV-2 (67% d'hommes, âge moyen: 63 ans). En novembre 2020, des équipes du CHU de Strasbourg et de l'Institut Pasteur avaient suivi 308 personnels hospitaliers après avoir contracté une forme légère du SARS-CoV-2. Les chercheurs avaient montré que les anticorps neutralisants étaient détectables chez 84% d'entre eux jusqu'à 6 mois après l'infection, mais que leur taux baisse plus rapidement chez les hommes que chez les femmes.

Est-on plus protégé si on a fait une forme sévère ?

"La réponse des anticorps varie bel et bien en fonction de la sévérité de la maladie. On observe en effet une bonne corrélation entre quantité d'anticorps et virémie, c'est-à-dire la force avec laquelle le virus s'est multiplié dans l'organisme. En présence d'une forme sévère, il y a plus de virus, ce qui fait que le système immunitaire s'active davantage et produit plus d'anticorps", confirme le spécialiste en immunologie et virologie. Autrement dit, si on a contracté une forme sévère de la maladie, on a beaucoup d'anticorps en circulation dans le sang et le risque de se faire ré-infecter dans les mois qui suivent est fortement réduit. En revanche, si on a fait une forme légère, relativement asymptomatique, la réponse des anticorps est faible et le risque de se faire ré-infecter est potentiellement plus élevé. 

Quelle immunité si on a été asymptomatique ?

Près de la moitié des personnes infectées par le SARS-CoV-2 ne développe pas de symptôme. La réponse immunitaire induite par les formes asymptomatiques de la Covid-19 est mal connue. Des scientifiques de l'Institut Pasteur ont étudié des sérums de patients atteints de formes symptomatiques ou asymptomatiques de la Covid-19. "Cette étude a permis de montrer que les individus infectés par le SARS-CoV-2 possèdent des anticorps capables d'attaquer le virus de différentes manières, en l'empêchant d'entrer dans les cellules (neutralisation) ou en tuant les cellules infectées grâce à l'activation des cellules NK. On parle donc d'anticorps polyfonctionnels" a expliqué Timothée Bruel, co-auteur principal de l'étude dans les conclusions publiées en avril 2021. En comparant différents groupes de patients, les scientifiques ont ensuite montré que les personnes asymptomatiques possèdent également des anticorps polyfonctionnels et que leur réponse est légèrement plus faible que celle des patients atteints de formes modérées de la Covid-19.

Quels risques de réinfection ?

En ce qui concerne les cas de réinfection, la HAS note qu'elles sont anecdotiques. "Ces réinfections clairement documentées, au nombre d'une dizaine, parce qu'elles impliquent des virus différents lors des deux épisodes infectieux - ont été observées chez des sujets plutôt jeunes non immunodéprimés. L'absence d'études immunologiques couplées aux études virologiques ne permet malheureusement pas de connaître à l'heure actuelle les raisons de ces réinfections : absence de réponse adaptative initiale, perte de celle- ci ou sélection de variants viraux résistants à cette réponse" peut-on lire dans le rapport. 

Quel test faire pour savoir si on a des anticorps ?

La présence d'anticorps indique que le sujet a été infecté par le SARS-CoV-2, quelle que soit la gravité des symptômes, ou même en l'absence de symptômes. À ce jour, plusieurs études montrent que les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2 développent des anticorps propres à ce virus. Néanmoins, les concentrations d'anticorps peuvent varier entre les personnes ayant eu une forme grave de la maladie (plus d'anticorps) et les personnes ayant été atteintes de formes bénignes ou d'infections asymptomatiques (moins d'anticorps). Les "tests sérologiques" détectent les anticorps contre le virus et mesurent la quantité d'anticorps produite à la suite d'une infection, ce qui permet de déterminer si une personne a été préalablement infectée par le SARS-CoV-2. Ces tests sont réalisables idéalement environ 14 jours après le début des symptômes. La présence d'anticorps de type IgG signifie que le sujet a rencontré le virus et a développé une réaction immunitaire dont témoignent ces anticorps. Cela ne veut pas forcément dire que l'on est immunisé mais que l'on a été infecté.

La vaccination garantit-elle une immunité à long terme ?

La vaccination contre le Covid protège des formes graves et des données préliminaires suggèrent également des effets sur le risque de transmission du virus, rappelait la HAS en avril. L'immunité après la vaccination contre la Covid surviendrait environ 10 à 14 jours après la vaccination complète. En mai 2021, des chercheurs français ont indiqué, après avoir suivi pendant un an 1309 personnels hospitaliers dont 393 ayant eu une forme légère du SARS-CoV-2 et 916 n'ayant pas contracté l'infection, qu'après une seule dose de vaccination, le taux d'anticorps augmente fortement quel que soit le taux pré-vaccinal et quel que soit le type de vaccin administré. "En augmentant de manière significative les titres d'anticorps protecteurs, une vaccination à dose unique renforce la protection contre les variants" ont-ils conclu. De manière générale, "la protection donnée par les vaccins est absolument fondamentale au niveau de la population, prévient Nicolas Manel. Concrètement, les vaccins ont vraiment permis d'augmenter la survie de l'humanité de manière incroyable, ça se voit très bien sur la rougeole et la polio par exemple. Plus les gens se feront vacciner contre le SARS-CoV-2, moins le virus tuera de personnes. Nous ne connaissons pas encore la durée de la protection fournie par les vaccins contre la Covid, il faudra la mesurer dans les mois et les années qui viennent."  

L'immunité serait plus longue chez les femmes. Pourquoi ?

Des chercheurs de l'Inserm implantés à Strasbourg ont décrit l'évolution de la réponse immunitaire dans les mois qui suivent une infection par le SARS-CoV-2. Leurs résultats suggèrent que le taux d'anticorps développé par les femmes est plus stable que celui des hommes. Ils ont suivi pendant 6 mois 308 personnes qui ont présenté une forme légère de Covid-19.  "Immédiatement après l'infection, le taux d'anticorps anti-Covid-19 est en moyenne inférieur chez les femmes. Mais avec le temps, il suit un déclin qui est généralement moins prononcé chez elles que chez les hommes, quel que soit leur âge ou leur poids" a indiqué Samira Fafi-Kremer, qui a dirigé ce travail en collaboration avec l'équipe d'Olivier Schwartz de l'institut Pasteur. "On sait par exemple que les femmes ont d'une façon générale une réponse humorale et cellulaire plus robuste que les hommes, que ce soit face à d'autres maladies infectieuses ou en réponse à une vaccination. Le versant délétère de cette plus large réactivité est que les femmes sont plus souvent sujettes aux maladies auto-immunes", rappelle Samira Fafi-Kremer. Plusieurs mécanismes pourraient être impliqués, à la fois hormonaux, environnementaux (notamment via l'épigénétique) et génétiques. "Une grande partie des gènes de l'immunité se situe sur le chromosome sexuel X, présent en deux exemplaires chez les femmes, contre un seul chez les hommes." Ces résultats, établis 6 mois après l'infection, doivent être confirmés par le suivi de la cohorte à plus long terme.

C'est quoi l'immunité naturelle ?

L'immunité naturelle est une résistance à l'infection conférée par une protection immunologique innée : les premières défenses immunitaires, dites "innées", fonctionnent très rapidement pour éliminer le virus, à tel point que bien souvent, le virus ne se multiplie même pas et n'est pas détectable dans l'organisme. "Si cette immunité innée n'est pas suffisante, le virus commence à se multiplier et c'est l'immunité acquise qui prend le relai. Il y a également une fraction de la population qui est résistante parce qu'elle possède des mutations génétiques, mais c'est extrêmement rare. Pour la Covid, nous commençons à avoir le recul nécessaire et il semble effectivement que certains variants de nos gènes soient associés à une protection" commente Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), chef d'équipe à l'Institut Curie, spécialisé en virologie et immunologie.

C'est quoi l'immunité acquise ?

L'immunité acquise est celle que l'on acquiert, soit en réponse à un vaccin, soit en réponse au virus lorsque l'on a été infecté par celui-ci. Elle a l'avantage de durer un certain temps, de plusieurs mois à toute une vie selon les cas. 

C'est quoi l'immunité croisée ?

Les virus font partie d'une grande famille, il en existe des millions et comme dans toutes les familles, il y en a qui se ressemblent plus ou moins. Par exemple, dans la famille des coronavirus, on distingue les alpha, qui causent notamment des rhumes chez les enfants, et les bêta, dont le SARS-CoV-2 fait partie. Bien que différents du SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, les alpha présentent quand même des similitudes. "Voilà pourquoi certains patients ayant eu des infections à coronavirus dans leur enfance ont acquis une immunité contre ces derniers et peuvent l'avoir conservée suffisamment longtemps pour que la mémoire immunitaire s'active, précise le directeur de recherche à l'Inserm. Autrement dit, le système immunitaire réagit contre un virus de la même famille et même si ce n'est pas aussi efficace, cela peut aider à développer moins de symptômes : c'est ce que l'on appelle l'immunité croisée."

C'est quoi l'immunité collective ?

L'immunité collective est une notion d'épidémiologie qui s'applique à de vastes populations. Concrètement, sur un panel de 1000 personnes, si seulement 10 d'entre elles ont acquis une immunité contre la Covid-19, celui-ci va continuer à se propager entre les autres personnes. "Pour atteindre cette immunité collective et mettre fin à l'épidémie, il est nécessaire qu'un pourcentage élevé de la population soit immunisé contre ce virus, même si tout le monde n'a pas été infecté ou vacciné. Cela est lié au comportement des virus et à la manière dont ils se transmettent d'une personne à une autre", détaille le virologue. L'immunité collective avec la Covid-19 nécessite du temps. Contrairement aux virus saisonniers que l'on connaît, qui réapparaissent tous les ans, et pour lesquels il y a déjà des immunités pré-existantes, la population humaine n'avait jamais été confrontée au SARS-CoV-2 auparavant. "Pour parvenir à cette immunité collective, il faut que le virus ait déjà touché suffisamment de monde. Or, comme les modélisations de ce virus ne sont pas encore connues, on ne peut pas prédire de manière exacte quel pourcentage il faut atteindre pour que l'ensemble de la population soit protégé", indique le spécialiste en immunologie et virologie. 

Sources : 

Anti-SARS-CoV-2 Antibodies Persist for up to 13 Months and Reduce Risk of Reinfection. Hôpitaux universitaires de Strasbourg. 18 mai 2021

Asymptomatic and symptomatic SARS-CoV-2 infections elicit polyfunctional antibodies, Cell Reports Medicine, 21 avril 2021

L Grzelak et coll. Sex differences in the evolution of neutralizing antibodies to SARS-CoV-2. J Infect Dis., édition en ligne du 7 mars 2021.

Rapport Aspects immunologiques et virologiques de l'infection par le SARS-CoV-2, HAS, 1er décembre 2020