Immunité et Covid-19 : au bout de combien de temps ?

La question de l'immunité dans la Covid-19 est cruciale pour mieux appréhender l'évolution de l'épidémie, et plusieurs études commencent à y apporter des réponses. Que sait-on de notre immunité face au Covid ? Au bout de combien de temps l'acquiert-on et pour quelle durée ? Une réinfection est-elle possible ? Le point avec Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm.

Immunité et Covid-19 : au bout de combien de temps ?
©  Jozef Polc - 123RF

Définition : c'est quoi l'immunité ? 

L'immunité désigne le fait d'être protégé contre une maladie infectieuse, soit par un vaccin, soit parce que l'on a déjà été infecté par un microbe infectieux, un virus ou une bactérie. Ainsi, en cas d'exposition à cet agent infectieux, notre système immunitaire le reconnaît, il nous défend et empêche le microbe de se multiplier dans notre organisme.

C'est quoi l'immunité naturelle ?

L'immunité naturelle est une résistance à l'infection conférée par une protection immunologique innée : les premières défenses immunitaires, dites "innées", fonctionnent très rapidement pour éliminer le virus, à tel point que bien souvent, le virus ne se multiplie même pas et n'est pas détectable dans l'organisme. "Si cette immunité innée n'est pas suffisante, le virus commence à se multiplier et c'est l'immunité acquise qui prend le relai. Il y a également une fraction de la population qui est résistante parce qu'elle possède des mutations génétiques, mais c'est extrêmement rare. Pour la Covid, nous commençons à avoir le recul nécessaire et il semble effectivement que certains variants de nos gènes soient associés à une protection" commente Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), chef d'équipe à l'Institut Curie, spécialisé en virologie et immunologie.

C'est quoi l'immunité acquise ?

L'immunité acquise est celle que l'on acquiert, soit en réponse à un vaccin, soit en réponse au virus lorsque l'on a été infecté par celui-ci. Elle a l'avantage de durer un certain temps, de plusieurs mois à toute une vie selon les cas. 

C'est quoi l'immunité croisée ?

Les virus font partie d'une grande famille, il en existe des millions et comme dans toutes les familles, il y en a qui se ressemblent plus ou moins. Par exemple, dans la famille des coronavirus, on distingue les alpha, qui causent notamment des rhumes chez les enfants, et les bêta, dont le SARS-CoV-2 fait partie. Bien que différents du SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, les alpha présentent quand même des similitudes. "Voilà pourquoi certains patients ayant eu des infections à coronavirus dans leur enfance ont acquis une immunité contre ces derniers et peuvent l'avoir conservée suffisamment longtemps pour que la mémoire immunitaire s'active, précise le directeur de recherche à l'Inserm. Autrement dit, le système immunitaire réagit contre un virus de la même famille et même si ce n'est pas aussi efficace, cela peut aider à développer moins de symptômes : c'est ce que l'on appelle l'immunité croisée."

C'est quoi l'immunité collective ?

L'immunité collective est une notion d'épidémiologie qui s'applique à de vastes populations. Concrètement, sur un panel de 1000 personnes, si seulement 10 d'entre elles ont acquis une immunité contre la Covid-19, celui-ci va continuer à se propager entre les autres personnes. "Pour atteindre cette immunité collective et mettre fin à l'épidémie, il est nécessaire qu'un pourcentage élevé de la population soit immunisé contre ce virus, même si tout le monde n'a pas été infecté ou vacciné. Cela est lié au comportement des virus et à la manière dont ils se transmettent d'une personne à une autre", détaille le virologue. 

Immunité collective et Covid-19 : pourquoi cette stratégie ne fonctionne pas ?

L'immunité collective avec la Covid-19 nécessite du temps. Contrairement aux virus saisonniers que l'on connaît, qui réapparaissent tous les ans, et pour lesquels il y a déjà des immunités pré-existantes, la population humaine n'avait jamais été confrontée au SARS-CoV-2 auparavant. "Pour parvenir à cette immunité collective, il faut que le virus ait déjà touché suffisamment de monde. Or, comme les modélisations de ce virus ne sont pas encore connues, on ne peut pas prédire de manière exacte quel pourcentage il faut atteindre pour que l'ensemble de la population soit protégé", indique le spécialiste en immunologie et virologie. 

Est-on immunisé après avoir eu la Covid-19 ?

"Les premières données commencent à tomber puisque cela fait quasiment un an que le SARS-CoV-2 circule. Elles sont comparables à celles du SRAS", observe Nicolas Manel. 

Il y a deux phases de conservation de la réponse immunitaire :

→ Première phase : on a des anticorps dans notre sang qui ont été produits au moment de l'infection ou de la vaccination : le système immunitaire s'active et produit des anticorps qui persistent dans l'organisme pour nous protéger. "La durée de protection varie d'une personne à l'autre, on peut donner comme ordre de grandeur quelques mois. Avec ces anticorps, le risque de ré-infection est très faible. Si une ré-infection à lieu malgré tout, elle est généralement beaucoup moins symptomatique, en tout cas chez les rares cas qui ont été décrits aujourd'hui" rassure-t-il.

L'immunité développée après l'infection est proportionnelle à la sévérité de la maladie, selon la HAS.

→ Deuxième phase : "C'est la réponse dite mémoire, on n'a plus du tout ou très peu d'anticorps dans le sang mais les cellules qui ont produit ces anticorps sont toujours présentes, elles sont juste en dormance en attendant la prochaine infection", explique le chef d'équipe à l'Institut Curie. Autrement dit, si on se faisait ré-infecter, soit on ne développerait même pas de symptômes, soit les symptômes sont moins sévères parce que nos cellules dites mémoire vont pouvoir se réactiver beaucoup plus vite. Même si les anticorps ont disparu, il faut savoir que ces cellules mémoires durent toute la vie. 

De son côté, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié mardi 1er décembre une synthèse des données scientifiques pertinentes sur le sujet. Élaboré par la Commission technique des vaccinations de la HAS, ce document vise à mieux comprendre le mécanisme immunologique et virologique qui entre en jeu dans l'infection par le SARS-CoV-2. Des connaissances indispensables pour achever de définir la stratégie de vaccination qui devrait débuter d'ici quelques semaines. Les résultats démontrent que l'immunité développée après l'infection est proportionnelle à la sévérité de la maladie. Concrètement, cela signifie que plus on a été atteint, mieux on est immunisé. De la même manière, si les anticorps développés après l'infection disparaissent au bout de quelques mois, la mémoire cellulaire permettrait de rester protégé contre la Covid-19 pendant de nombreuses années. En ce qui concerne les cas de réinfection, la HAS note qu'elles sont anecdotiques. "Ces réinfections clairement documentées, au nombre d'une dizaine, parce qu'elles impliquent des virus différents lors des deux épisodes infectieux - ont été observées chez des sujets plutôt jeunes non immunodéprimés. L'absence d'études immunologiques couplées aux études virologiques ne permet malheureusement pas de connaître à l'heure actuelle les raisons de ces réinfections : absence de réponse adaptative initiale, perte de celle- ci ou sélection de variants viraux résistants à cette réponse" peut-on lire dans le rapport. 

Forme légère ou sévère : est-ce qu'on développe les anticorps de la même manière ?

"La réponse des anticorps varie bel et bien en fonction de la sévérité de la maladie. On observe en effet une bonne corrélation entre quantité d'anticorps et virémie, c'est-à-dire la force avec laquelle le virus s'est multiplié dans l'organisme. En présence d'une forme sévère, il y a plus de virus, ce qui fait que le système immunitaire s'active davantage et produit plus d'anticorps", confirme le spécialiste en immunologie et virologie. Autrement dit, si on a contracté une forme sévère de la maladie, on a beaucoup d'anticorps en circulation dans le sang et le risque de se faire ré-infecter dans les mois qui suivent est fortement réduit. En revanche, si on a fait une forme légère, relativement asymptomatique, la réponse des anticorps est faible et le risque de se faire ré-infecter est potentiellement plus élevé. 

Le vaccin va-t-il garantir une immunité à long terme ?

Le vaccin permet de développer une immunité protectrice sans être infecté. Les vaccins qui sont distribués en France sont testés et contrôlés selon des protocoles très stricts et transparents. Tous les vaccins autorisés par les autorités sanitaires devront démontrer qu'ils protègent efficacement les personnes contre l'infection et qu'ils sont sans danger. "La protection donnée par les vaccins est absolument fondamentale au niveau de la population, prévient Nicolas Manel. Concrètement, les vaccins ont vraiment permis d'augmenter la survie de l'humanité de manière incroyable, ça se voit très bien sur la rougeole et la polio par exemple. Plus les gens se feront vacciner contre le SARS-CoV-2, moins le virus tuera de personnes. Nous ne connaissons pas encore la durée de la protection fournie par les vaccins contre la Covid, il faudra la mesurer dans les mois et les années qui viennent."

L'immunité serait plus longue chez les femmes. Pourquoi ?

"Les femmes sont effectivement moins à risque de développer une forme sévère de la maladie, mais ce n'est pas forcément une question d'immunité, nuance le directeur de recherche à l'Inserm. C'est vraisemblablement en partie lié à des facteurs génétiques. Toutefois, il faut bien comprendre que cet effet protecteur ne peut pas se mesurer au niveau individuel, ce sont des pourcentages sur une population donnée, des petits déséquilibres qui laissent à penser que les femmes ont certains facteurs qui leur confèrent une protection un peu supérieure à l'homme."

Source : 

Rapport Aspects immunologiques et virologiques de l'infection par le SARS-CoV-2, HAS, 1er décembre 2020

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