Hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : protocole, norme

L'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) est un test pour dépister un diabète de type 1 ou 2 ou gestationnel pendant la grossesse. Quel est le protocole ? Comment interpréter les résultats ? Quelles sont les normes ? Indications du test et précautions avec le Dr Natalia Leston, endocrinologue à Paris.

Hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : protocole, norme
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Définition : qu'est-ce que l'HGPO ? 

L'HGPO est l'acronyme d'hyperglycémie provoquée par voie orale. Il s'agit d'un test sanguin utilisé pour confirmer une suspicion de diabète de type 1 ou de type 2 (augmentation du taux de sucre dans le sang). Il est davantage recommandé pour détecter un diabète gestationnel au cours du deuxième trimestre de grossesse.

Quelles sont les indications ?

Le diagnostic définitif du diabète gestationnel se base sur les résultats de l'HGPO

"La principale indication est lors de la grossesse, note le Dr Leston. Le diagnostic définitif du diabète gestationnel se base sur les résultats de l'HGPO. J'en profite pour rappeler qu'il est très important que toutes les femmes enceintes soient évaluées pour l'intolérance au glucose. Si le test de dépistage choisi est positif, il doit être suivi d'une HGPO". L'HGPO se réalise entre 24 et 28 semaines d'aménorrhées. Le dépistage du diabète gestationnel est nécessaire chez les femmes ayant un risque accru de présenter cette affection. Les indications principales de l'HGPO sont : le dépistage du diabète sucré et l'investigation des hypoglycémies fonctionnelles, qui nécessite des prélèvements s'étalant sur une durée plus longue (jusqu'à quatre heures). Attention toutefois, car "le dépistage n'est pas systématique", ajoute le Dr Leston. Il doit être fait chez les femmes les plus à risque :

  • Âgées de plus de 35 ans ;
  • Surcharge pondérale (IMC > 25 kg/m2) ;
  • Antécédent personnel de diabète gestationnel lors d'une précédente grossesse ;
  • Bébé avec un poids élevé (> 4 kg) lors d'une précédente grossesse ;
  • Personne diabétique dans la famille proche (parents, frères et sœurs) ;

Le dépistage peut aussi être proposé en cas de poids important du bébé (macrosomie). "Il est aussi possible de découvrir, à l'occasion des dépistages effectués chez la femme enceinte, un diabète méconnu qui préexistait à la grossesse. Dans ce cas, le diabète ne disparaît pas après l'accouchement", précise le Dr Leston.

Il existe d'autres situations ou l'indication d'HGPO est moins rigoureuse quoique souhaitable :

► Lorsque la glycémie à jeun est normale, mais qu'il y a présence de nombreux facteurs de risque de devenir diabétique (histoire familiale, obésité, naissance d'un enfant macrosome, diabète gestationnel antérieur...) ;

►  Lorsque la demande psychologique d'un patient est forte, parce qu'il a pu être effrayé par un diabète dans sa famille ou par des examens antérieurs douteux ;

►  Pour des raisons techniques ou socio-économiques, il peut être parfois plus simple de faire venir un patient au laboratoire, à jeun et pendant une période de deux heures, plutôt que de lui demander de faire à plusieurs reprises des glycémies à jeun et/ou postprandiales ;

►  Pour déceler une hypoglycémie réactionnelle (il faut poursuivre l'épreuve jusqu'à la cinquième heure), bien que l'on ait de moins en moins recours à l'HGPO pour ce diagnostic car elle s'avère très peu spécifique.

"Soulignons qu'aucune HGPO n'est justifiée si la glycémie à jeun est déjà élevée ou si le patient est hospitalisé, avec une maladie aiguë, ou inactive, complète le Dr Leston. Certains médicaments peuvent interférer avec l'interprétation de l'HGPO, (diurétiques, acide nicotinique, bêtabloquants, stéroïdes). L'HGPO ne doit être faite que si diète et activité physique ne sont pas limités dans les trois jours qui précèdent le test".

Quel est le protocole ?

"Après avoir réalisé un prélèvement en vue de la détermination de la glycémie et de la glucosurie (excrétion urinaire de glucose supérieure à 2,75 mmol/jour ou 500 mg/jour) à jeun, une dose standard de glucose est administrée per os au patient. Les variations de la glycémie (et de la glucosurie) sont suivies de demi-heure en demi-heure pendant deux heures (ou plus)", explique le Dr Leston. L'augmentation du taux de glucose "stimule l'insulinosécrétion pancréatique dont l'effet se manifeste dans les trente à soixante minutes, par la diminution de la glycémie", poursuit-elle. "Le test s'effectue au laboratoire après être resté à jeun pendant dix à douze heures", observe le Dr Leston. Il faut prévoir de rester au laboratoire pendant toute la durée du test qui se déroule de la manière suivante :

  • Une première prise de sang à jeun ;
  • L'ingestion de 75g de sucre ;
  • Une deuxième prise de sang une heure après la prise de sucre ;
  • Une troisième prise de sang deux heures après la prise de sucre. Chaque prise de sang est effectuée pour mesurer le taux de glycémie.

Faut-il être à jeun ? 

"Diverses précautions doivent être prises afin de pouvoir interpréter correctement le test", explique le Dr Leston :

  • La première glycémie est réalisée le matin après un jeûne de 8 heures ;
  • Le patient doit s'abstenir de tout exercice physique pendant l'épreuve et ne pas fumer.

Comment interpréter les résultats ? 

"Les résultats s'interprètent en fonction de l'allure générale de la courbe d'hyperglycémie ainsi que des valeurs mesurées aux différents temps, note l'endocrinologue. Une attention particulière est portée aux valeurs des glycémies à jeun et à 120 minutes. La courbe d'insulinémie permet dans certains cas d'affiner le diagnostic". Il faut savoir que la tolérance au glucose diminue avec l'âge, et pendant la grossesse, la tolérance au glucose tend à diminuer.

Quelles sont les valeurs normales de la HGPO ? 

Les valeurs de référence selon le Standards of Medical Care in Diabetes – 2014 (American Diabetes Association) sont les suivantes, note le Dr Leston :

  • Glycémie à jeun < 100 mg/dL (milligramme de glucose par décilitre de sang) ;
  • Glycémie après 120 minutes < 140 mg/dL.

>> On diagnostic un diabète si : la valeur à jeun ≥ 126 mg/dL (ou valeur à 120 minutes ≥ 200 mg/dL).

>> On diagnostique un risque élevé de diabète (pré-diabète) si : la valeur à jeun comprise entre 100 et 125 mg/dL (ou valeur à 120 minutes comprise entre 140 et 199 mg/dL).

Le diagnostic de diabète gestationnel est le suivant :

  • 75g de sucre : diagnostic établi dès qu'une seule des valeurs est dépassée ;
  • 100g de sucre : deux valeurs au moins doivent être dépassées.

HGPO faible : causes, que faire ? 

"On parle d'hypoglycémie fonctionnelle quand la glycémie est inférieure à 2,2 mmol/L (millimole de glucose par litre de sang) soit 0,39 g/L, deux à cinq heures après l'ingestion de glucose", explique le Dr Leston. "Il faut éviter les aliments avec un index de glycémie haut (sucrés rapides, farines non complètes, confiture...) car ils déclenchent une sécrétion rapide et haute d'insuline et cela provoque une hypoglycémie dite 'fonctionnelle' (en réponse à l'ingestion de ce type d'aliments)", complète-t-elle.

HGPO élevée : causes, que faire ?

"Pendant la grossesse, afin d'éviter les complications, une prise en charge vous sera proposée", déclare le Dr Leston : Il vous sera donné des conseils diététiques afin de maintenir des taux de glycémie plus bas : le suivi de ce régime est indispensable. La pratique d'une activité physique est également conseillée (sauf contre-indication) : environ trente minutes trois à cinq fois par semaine. Vous devrez surveiller votre glycémie quotidiennement à la maison par un dispositif adapté (auto-surveillance) pour vérifier l'efficacité du régime. "L'objectif de ces mesures est d'obtenir des glycémies en dessous des seuils suivants", poursuit l'endocrinologue :

Dans la majorité des cas et si le diabète est bien équilibré, l'accouchement se passera normalement

  • Glycémies prélevées à jeun inférieures à 0.95 g/L ;
  • Glycémies prélevées 2h après le repas inférieures à 1.20 g/L.

"Si malgré ces mesures, les taux de glycémie restent au-dessus des objectifs, un traitement par insuline vous sera proposé", ajoute-t-elle.

Pendant la grossesse, "dans la majorité des cas et si le diabète est bien équilibré, l'accouchement se passera normalement. Si le diabète est mal équilibré, l'accouchement pourra être provoqué avant le terme. Si le poids du bébé est important, un accouchement par césarienne sera proposé".

Après l'accouchement, "les femmes ayant fait un diabète gestationnel ont un risque plus élevé de faire par la suite un diabète de type 2. Il faut donc vérifier la normalisation des taux de glycémie après l'accouchement puis faire un suivi tous les uns à trois ans. Pour prévenir la survenue d'un diabète, il est conseillé de poursuivre les mesures diététiques par le maintien d'une alimentation équilibrée et de conserver une activité physique", conclue l'endocrinologue.

Quels sont les risques de la HGPO ? 

"Dans la plupart des situations cliniques, l'HGPO n'apporte guère plus de renseignements que des glycémies répétées, à jeun ou au hasard, avance le Dr Leston. Elle ne permet pas de résoudre les situations difficiles. L'HGPO met en évidence des anomalies modestes, difficiles à classifier, est d'autant plus fréquent qu'elle aura été prescrite judicieusement."

Quelles sont les contre-indications ?

"Plus que des contre-indications, il y a des risques, déclare le Dr Leston. L'absorption d'une importante dose de glucose est capable d'engendrer, dans les heures suivantes, une hypoglycémie réactionnelle". Celle-ci se traduit généralement par :

  • Une sensation de malaise 
  • Une sudation excessive 
  • Des palpitations 
  • De la confusion 
  • Une fringale

Merci au Dr Natalia Leston, endocrinologue à Paris.

Analyses de sang