Prédiabète : taux, quels symptômes avant le diabète ?

Le prédiabète correspond à un taux de glycémie plus élevé que la normale, associé à un risque accru de diabète de type 2. A partir de quel taux parle-t-on de prédiabète ? Quels sont les symptômes d'alerte ? La fatigue ? La perte de poids ? Quels tests pour le diagnostiquer ? Réponses du Dr Jean-François Thébaut, cardiologue.

Prédiabète : taux, quels symptômes avant le diabète ?
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Le prédiabète est un trouble de la glycémie (taux de glycémie plus élevé que la normale) qui est évocateur d'un risque accru de diabète de type 2, une maladie chronique qui se déclare quand le pancréas ne parvient plus à produire suffisamment d'insuline ou lorsque l'organisme n'est pas à capable de l'utiliser correctement et qui apparaît le plus souvent progressivement. C'est une phase réversible. Autrement dit, en adoptant des bonnes règles hygiéno-diététiques, on peut limiter le risque d'avoir un diabète. Il n'y a pas de phase de prédiabète lors d'un diabète de type 1, qui lui est lié à une maladie auto-immune. Alors, comment savoir si on a un prédiabète ? Quels sont les signaux du début, ceux à surveiller ? Quel test faire selon son risque d'être diabétique ? Quel taux de glycémie en cas de prédiabète ? Comment réduire le risque d'avoir un diabète ? Réponses du Dr Jean-François Thébaut, cardiologue et vice-président de la Fédération Française des Diabétiques.

Définition : c'est quoi un prédiabète ?

Les personnes qui vivent avec le prédiabète ne développeront pas toutes le diabète de type 2, mais elles ont un sur-risque.

Le prédiabète correspond à un trouble glycémique, suggérant un haut risque de diabète de type 2. C'est une phase de dérèglement de la glycémie (le taux de glycémie est plus élevé que la normale, mais assez élevé pour poser le diagnostic d'un diabète) qui dure plus ou moins longtemps et silencieuse (pas toujours). C'est une sorte de signal d'alarme. En effet, le diabète de type 2 ne survient pas brutalement. "Il y a une phase de prédiabète qui évolue généralement silencieusement et qui est, à ce stade, réversible si on adopte rapidement des mesures hygiéno-diététiques (reprise d'une activité physique régulière, limitation de la malbouffe, de l'alcool, du tabagisme...). On peut donc guérir d'un prédiabète", explique notre interlocuteur.  La phase de prédiabète évoque donc un haut risque de diabète de type 2 ultérieur. Autrement dit, les personnes qui vivent avec le prédiabète ne développeront pas toutes le diabète de type 2.

Symptômes d'un prédiabète
Symptômes d'un prédiabète © macrovector - 123RF

Il n'y a pas de phase de prédiabète dans le diabète de type 1, qui est lié à une maladie auto-immune. Pour une raison inconnue, le système immunitaire attaque et détruit les cellules du pancréas qui sécrètent de l'insuline. "Le diabète de type 1 se déclare souvent très brutalement, pouvant se révéler par un coma ou des signes de complications", prévient notre spécialiste. Les signes qui précèdent un coma peuvent être des maux de ventre intenses, une importante déshydratation, une respiration haletante et des troubles de la conscience. "Avant l'âge de 30 ans, on évoque plus facilement un diabète de type 1", indique notre interlocuteur. Classiquement, le diabète de type 1 se manifeste en effet chez une personne jeune et qui n'est pas en surcharge pondérale. Un traitement à vie (par insuline) est nécessaire. 

Quels sont les symptômes d'un prédiabète ?

Le prédiabète peut évoluer silencieusement ou entraîner l'apparition de certains symptômes comme :

  • Une soif intense, appelée médicalement une polydipsie. "Concrètement, c'est une soif excessive, qui est plus importante que d'ordinaire. Par exemple, la personne se lève la nuit pour boire, se sent très souvent déshydratée et a la bouche sèche. Elle se sent tout le temps assoiffée", détaille notre interlocuteur.  
  • Une envie fréquente d'uriner, appelée médicalement une polyurie. La personne a besoin d'aller faire pipi très fréquemment, la journée comme la nuit. Une polyurie se définit par une sécrétion d'urine supérieure à 3 litres par jour
  • Une fatigue intense
  • Des étourdissements
  • Une modification de l'appétit et un amaigrissement

La fatigue est-elle un signe de prédiabète ?

Une grande fatigue est l'un des signes d'alerte d'un diabète, isolée ou associée aux autres signes. La personne dort beaucoup et se plaint d'être tout le temps fatiguée, sans raison et même après un repos. En cas de doute, consulter un médecin.

La perte de poids est-elle un signe de prédiabète ?

Une perte de poids inexpliquée peut également être l'un des signes avant-coureurs d'un diabète. "Elle est liée à la perte d'eau et de sels minéraux puisqu'on urine davantage", décrit-il. Cet amaigrissement survient sans raison, malgré un fort appétit. "Il s'agit d'un signe trompeur car la plupart du temps, les personnes sont plutôt contentes de perdre un peu de poids et ne soupçonnent pas un diabète", observe le cardiologue.

Taux de glycémie lors des phases de prédiabète et diabète
Taux de glycémie à jeun lors des phases de prédiabète et diabète © arcady31

Quel est le taux de glycémie du prédiabète ?

Le stade de prédiabète est défini par deux critères selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui peuvent être associés ou pas :

  • Une glycémie (à jeun) entre 1,10 g/L (6,1 mmol/L) et 1,25 g/L (7 mmol/L) après un jeûne de 8h et vérifiée à 2 reprises
  • Et/ou, une intolérance au glucose de toutes les cellules, particulièrement hépatiques (cellules du foie) et musculaires, ce qui provoque l'augmentation excessive de la glycémie après une absorption de sucre (repas ou test médical de provocation). La glycémie deux heures après une charge orale de 75 g de glucose (ou après un repas) est supérieure à 1,40 g/l (7,8 mmol/L) mais reste inférieure à 2 g/l (11,1 mmol/L). 

Un seul de ces critères est lié à un risque de diabète, sachant que ce risque est maximal lorsqu'on cumule les deux critères. Seul le dosage de la glycémie par une prise de sang permet de poser un diagnostic de diabète. Aux premiers symptômes évocateurs d'un diabète ou lorsqu'on a des facteurs de risque (hypertension, cholestérol, tabagisme chronique, maladie cardiovasculaire, tour de taille élevée, antécédents familiaux, surcharge pondérale ou obésité...), il est conseillé de doser sa glycémie à jeun. Il est aussi possible de calculer son risque de diabète avec le score FINDRISC, un questionnaire de 9 questions établi par l'Association Finlandaise de Diabète et recommandé par la Haute Autorité de Santé. Un score élevé permet d'orienter le patient vers un dépistage, mais ne remplace pas un diagnostic complet au laboratoire. Parmi les questions : son âge, son poids, sa taille, son tour de taille, son temps d'activité physique par jour, ses éventuels traitements contre l'hypertension artérielle, ses antécédents d'hyperglycémie et familiaux, son alimentation... "Les tests de dextro (glycémie capillaire) réalisés sur le bout du doigt ne sont pas recommandés car ils doivent être faits dans des conditions très rigoureuses. Et surtout, ce sont des tests de surveillance du diabète (utiles chez des personnes déjà diagnostiquées diabétiques), et non des tests de diagnostic", insiste le Dr Thébaut.

Traitements : que faire pour éviter l'arrivée du diabète ?

Les médicaments antidiabétiques actuels sont capables de retarder l'apparition du diabète de type 2 dans une population à risque. Cependant, aucun de ces médicaments ne bloquent durablement l'évolution naturelle de la maladie et plus de la moitié de la population réellement prédiabétique va développer un diabète de type 2 après 4 à 5 ans de traitement. Néanmoins, il existe des conseils de prévention pour limiter les risques de diabète : 

  • Perdre 5 à 10 % de poids si vous êtes en obésité.
  • Bouger au moins 30 minutes par jour (marche rapide, gym, vélo...). Il est prouvé que la pratique de 30 minutes de marche rapide, 5 jours par semaine, réduit le risque de diabète de 30% (selon la HAS en 2014).
  • Limiter les acides gras saturés (charcuterie, beurre). 
  • Consommer au-moins 30 grammes de légumes, fruits et produits complets par jour (pour la teneur en fibres).

Merci au Dr Jean-François Thébaut, cardiologue et vice-président de la Fédération Française des Diabétiques.

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