Opioïdes : attention aux risques de dépendance

De plus en plus prescrits contre les douleurs chroniques en France, les antalgiques opioïdes peuvent rendre dépendants et être responsables de graves complications. Mésusage, surdosage, hospitalisations... Un nouveau rapport de l'ANSM fait le point sur la consommation de ces antidouleurs.

Opioïdes : attention aux risques de dépendance
© Andriy Popov - 123RF

[Mis à jour le 21/02/19] "Près de 10 millions de Français - soit 17.1% de la population française - se sont vus prescrire un antalgique opioïde dans l'année, d'après les dernières données de l'Assurance maladie", tient à rappeler l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans un nouveau rapport sur la consommation d'antalgiques opioïdes en France, publié mercredi 20 février 2019. En seulement dix ans (entre 2006 et 2017), la prescription d'opioïdes forts a augmenté de 150%. En tête des opioïdes les plus consommés en France et disponibles sous ordonnance médicale, il y a le tramadol, un antalgique de niveau 2 indiqué dans la prise en charge de la douleur modérée à intense, mais parfois détourné pour ses effets stimulants. Viennent ensuite la codéine, la poudre d'opium (associées au paracétamol), le sulfate de morphine, l'oxycodone et enfin, le fentanyl. Problème : le nombre d'hospitalisations suite à la consommation de ces antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a plus que doublé et est passé de 15 à 40 hospitalisations pour un million d'habitants entre 2000 et 2017. Le nombre de décès liées à la consommation d'opioïdes a quant à lui triplé entre 2000 et 2015. 

Antalgiques non opioïdes  Opioïdes faibles Opioïdes forts
Paracétamol, aspirine et anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) Tramadol, codéine, opium Morphine, oxycodone, fentanyl
Disponibles en vente-libre Disponibles  sur ordonnance Disponibles  sur ordonnance

Quel est le profil des consommateurs d'opioïdes ? 

Selon le rapport de l'ANSM, les utilisateurs d'antalgiques sont majoritairement des femmes que ce soit pour les opioïdes faibles ou forts (respectivement 57,7% et 60,5% en 2015). Par ailleurs, les personnes qui consomment des opioïdes forts sont plus âgés (64 ans en moyenne) que les consommateurs d'opioïdes faibles (52 ans en moyenne). Initialement prescrits pour soulager les douleurs liées aux cancers, les opioïdes sont désormais plus accessibles et délivrés dans la moitié des cas pour soulager une douleur aiguë, dans 43% des cas, une douleur chronique, dans 21.6% des cas, une douleur dorsale et dans seulement 7% des cas, une douleur liée à l'arthrose. 

© ANSM - Rapport février 2019

"En quelques prises seulement, les opioïdes peuvent mener à une réelle addiction"

Risque de surdosage et de dépendance

Les antalgiques opioïdes sont des antidouleurs contenant des molécules proches de la morphine et donc de l'opium : ils agissent sur les cellules nerveuses spécifiques comme celles de la moelle épinière ou du cerveau et sur les récepteurs clé du cerveau (récepteur μ-opiacé) qui déclenchent le sentiment de dépendance. Résultats : en quelques prises seulement, "ils peuvent mener à une réelle addiction", s'inquiète le professeur Nicolas Authier, président de l'OFMA dans un article du Parisien. Les hospitalisations pour overdose ont d'ailleurs augmenté de 167 % et le nombre de décès associés a quant à lui bondi de 146 %. "Nous n'en sommes pas au stade de crise sanitaire comme cela est le cas en Amérique du Nord, mais oui, une tendance inquiétante se perçoit en Europe et en France", précise-t-il. Or, "nous savons à quel point il est difficile d'enrayer ce phénomène lorsqu'il est enclenché. Cela doit tous nous alerter maintenant et continuer de mobiliser les autorités sanitaires françaises".

L'Agence du médicament (ANSM) a dans ce contexte mis en place une série de mesures sur le bon usage des opioïdes forts dans le traitement des douleurs chroniques non cancéreuses (DCNC). 

  • Elle rappelle que "le recours aux opioïdes forts dans les DCNC est un traitement de deuxième intention" et que "le traitement doit être interrompu en cas de non respect de la prescription, d'un mésusage, d'abus répétés ou s'il n'y aucun signe de soulagement satisfaisant après le premier mois de traitement".
  • Elle compte également surveiller davantage les durées des prescriptions et s'assurer que les doses, horaires de prise, posologie et durée du traitement sont bien indiqués aux patients par les médecins et pharmaciens.
  • Elle souhaite renforcer l'accès à la Naloxone - antidote des surdoses aux opioïdes - pour les patients et leur entourage, "un antidote peu onéreux pouvant complètement inverser les effets de l'overdose d'opioïdes et prévenir les décès qui y sont liés", d'après l'OMS.

Vers un nouvel antidouleur puissant sans effets addictifs ? 

Des chercheurs américains tentent de mettre au point un nouvel antidouleur capable de soulager les douleurs sévères. La différence avec les opioïdes actuellement prescrits ? Ce traitement à base d'un nouveau composé (l'AT-121), déjà testé sur des singes et des rats, ne comporterait par de risques de dépendance, indiquent les premiers résultats publiés dans la revue scientifique Science Translational Medicine. En plus d'agir sur le récepteur μ-opiacé, comme le font les opioïdes actuels, ce nouveau médicament stimulerait également le récepteur nociceptif qui lui, serait capable de réguler et même de réduire le sentiment d'addiction déjà présent chez le patient. De plus, les premiers essais ont montré que ce nouvel antidouleur n'entraînait aucune dépression respiratoire, ni même de problèmes cardiovasculaires, deux effets indésirables des opioïdes. Avant de pouvoir envisager une commercialisation, il leur reste à vérifier que ces résultats sont similaires chez l'Homme et à confirmer que l'AT-121 est sans risque d'overdose pour l'usager. 

En savoir plus sur le rapport de l'ANSM "État des lieux de la consommation des antalgiques opioïdes et leurs usages problématiques" publié le 20 février 2019

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