Méthadone : effets secondaires, conseils pour le sevrage

La méthadone est un médicament prescrit sous forme de gélules ou de sirop, sur ordonnance pour aider les personnes dépendantes aux opiacés à se défaire de leur addiction. Elle réduit l'usage illicite à long terme et prévient les infections par le VIH, l'hépatite B et C.

Méthadone : effets secondaires, conseils pour le sevrage
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Définition : qu'est-ce que la méthadone ?

La méthadone est un traitement de substitution autorisé depuis 1995 en France. Considérée comme un stupéfiant, elle est délivrée dans les pharmacies et les centres spécialisés en addictologie sur une prescription médicale sécurisée limitée à 28 jours pour la forme gélule, et 14 jours pour la forme buvable. Appartenant elle aussi à la famille des opiacés, la méthadone agit comme agoniste des récepteurs mu (μ) au niveau du cerveau, c'est-à-dire au même endroit que l'opium, la morphine ou l'héroïne par exemple.

Utilisation

La méthadone est utilisée comme traitement de substitution chez les personnes dépendantes à l'héroïne et aux opiaces de façon générale. Elle permet d'éviter de ressentir les symptômes de manque lors du servage (c'est-à-dire l'arrêt de l'opiacé) et de lutter contre les envies de consommer pour, à long terme, et d'éviter les rechutes. Elle permet d'éviter les effets euphorisants d'autres morphiniques.

Forme

La méthadone est disponible sous forme de sirop buvable, en fiole unitaire, ou sous forme de gélules. Sous forme de sirop, la méthadone est disponible à des doses de 5, 10, 20, 40 ou 60 mg. Sous forme de gélules, les doses disponibles vont de 1, 5, 10, 20, à 40mg. Elle est donc toujours consommée par voie orale, et reste extrêmement rarement injectée. Habituellement, le consommateur dépendant à l'héroïne qui souhaite un sevrage commence par la forme sirop pendant environ 1 an, le temps de stabiliser sa situation et de trouver la dose qui lui correspond pour ne pas ressentir de symptômes de manque ni d'envie de consommer (craving). Habituellement, la posologie se situe entre 60 et 100 mg par jour. Cependant, des doses supérieures peuvent être nécessaires chez certains consommateurs. Après cette période, et en fonction de l'évaluation médicale, il est possible de passer à la forme gélule.

Effets secondaires

Si la méthadone est bien dosée, elle ne doit pas donner d'effet sédatif ou euphorique particulier. Comme tout morphinique, elle peut entraîner une constipation, des troubles de la libido avec une impuissance et une irrégularité des cycles menstruels. En raison de son action sur le rythme cardiaque, la méthadone ne peut pas être associée à certains médicaments, et un électrocardiogramme est nécessaire pour surveiller l'absence de l'allongement du QT.

Effet psychologique

La méthadone a plutôt un effet neutre, c'est-à-dire qu'elle n'entraîne ni de somnolence ni d'euphorie. Lorsqu'elle est bien dosée et qu'elle couvre les symptômes de manque d'un usager d'héroïne, elle permet de se sentir dans un état normal pour se réinsérer.

Effet sur le cerveau

La méthadone est un agoniste des récepteurs opiacés qui agit principalement sur les récepteurs mu (μ). Elle ne provoque donc aucun effet euphorisant, même si elle a aussi des propriétés antalgiques et antitussives.

Effet euphorisant

La méthadone ne procure pas d'effet euphorisant, ce qui en fait son avantage dans le traitement de substitution des personnes dépendantes aux opiacés tels que l'héroïne.

Au bout de combien de temps surviennent les effets après la prise ?

Les effets de la méthadone sont assez rapides après la prise, en général quelques minutes, en particulier pour la forme sirop qui permet de soulager rapidement les symptômes de manque dès qu'ils apparaissent.

Durée des effets

La méthadone a une demi-vie particulièrement longue, permettant à la personne traitée de ne ressentir aucun signe de manque aux opiacés pendant au moins 24 heures.

Sevrage : quels symptômes ?

Comme pour tous les opiacés, le sevrage de la méthadone, lorsqu'il est fait de façon prématurée et sans surveillance médicale, entraîne des symptômes de manque importants, comme des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, une insomnie, une accélération du rythme cardiaque, ainsi qu'une sensation de chair de poule. La personne ressent une forte anxiété, une agitation et une dépression. Les symptômes peuvent durer de 5 jours à une semaine et les plus intenses surviennent 24 à 48 heures après l'arrêt du médicament. Pour éviter cela, il est préférable de poursuivre son traitement avec l'encadrement d'un médecin, et de faire une diminution progressive de la dose de méthadone.

Comment réussir le sevrage ?

Dans un premier temps, la méthadone permet de réussir le sevrage de l'héroïne en permettant à l'usager de se réinsérer et d'éviter les complications de sa consommation. Il est toujours conseillé de poursuivre la même dose de méthadone sous forme sirop pendant la première année puis de passer à la forme gélule. Lorsque l'usager se sent suffisamment stabilisé dans sa vie, une décroissance progressive de la dose peut être proposée pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. De cette façon, il met toutes les chances de son côté pour éviter un syndrome de sevrage, et une rechute de la consommation d'héroïne.

Méthadone et grossesse

D'après le CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes), la méthadone peut tout à fait être prescrite au cours de la grossesse et de l'allaitement. Il n'est donc pas justifié d'interrompre la méthadone en vue d'une grossesse ou en cours de grossesse car elle n'est pas pourvoyeuse de malformations. Au contraire, elle permet de stabiliser la patiente et d'éviter les effets de manque, lui permettant de poursuivre sa grossesse de façon plus sereine. Lors de l'accouchement, l'équipe médicale doit être informée du traitement par méthadone pour accueillir le nouveau-né dans les meilleures conditions car il peut souffrir d'un syndrome de manque pour lequel une prise de morphiniques pourra être proposée pendant quelques jours. Pendant l'allaitement, la quantité de méthadone ingérée dans le lait est faible, puisque l'enfant reçoit environ 3 % de la dose maternelle, ce qui ne pose aucun problème.

Mes conseils d'addictologue

La méthadone doit être débutée uniquement après l'apparition des premiers signes de manque. En cas de consommation concomitante avec l'héroïne, il existe un risque très important d'overdose. Ne comparez pas votre dosage de méthadone avec celui de quelqu'un d'autre, puisque chacun aura besoin de sa propre posologie pour trouver un équilibre et se soulager des symptômes de manque. Il n'y a pas de posologie maximale, c'est pourquoi il ne faut pas hésiter à demander à votre médecin d'augmenter la dose de méthadone si vous ressentez des symptômes de manque et une envie de consommer. Une fois que vous aurez trouvé le bon dosage, n'hésitez pas à le maintenir le plus longtemps possible pour mettre toutes les chances de votre côté.