Somnolence : diurne, c'est quoi, quelles solutions ?

Vous avez tendance à vous assoupir au beau milieu de la journée et vous devez lutter constamment contre l'envie de dormir ? Peut-être êtes-vous atteint de somnolence diurne excessive. Mais comment la distinguer d'une simple fatigue chronique ? Explications avec le Dr Nicole Meslier, responsable du centre de médecine du sommeil du CHU d'Angers.  

Somnolence : diurne, c'est quoi, quelles solutions ?
© Aleksandr Davydov-123RF

Définition : qu'appelle-t-on la somnolence ?

La somnolence est un état générant un assoupissement qui est intermédiaire entre le sommeil et l'état de veille. La somnolence se déclare souvent après un manque de sommeil nocturne. Elle se produit aussi après un repas trop copieux ou dans des situations d'inactivité telles que devant la télévision. Dans ces situations, la somnolence n'est pas une pathologie. Par contre, si elle se produit à n'importe quel moment de la journée, elle peut être le signe d'une maladie comme la narcolepsie, les apnées du sommeil, la dépression, etc. Attention à ne pas confondre somnolence et fatigue ! En effet, si fatigue et somnolence nous paraissent identiques par leurs symptômes, cela n'est pas du tout le cas et leurs prises en charge sont différentes ! La somnolence est un état durable, entre la veille et le sommeil, au cours duquel la vigilance est mise à mal et où la personne a tendance à s'endormir si rien ne vient secouer sa torpeur. La fatigue se définit, elle, par une sensation de faiblesse morale et/ou physique qui naît à la suite d'un effort intense. S'il existe des astuces et des aliments anti-fatigue, la prise en charge de la somnolence est plus difficile d'un point de vue médical. 

Quelles sont les causes d'une somnolence ?

Peu de personnes souffrant de somnolence diurne excessive consultent, car elles s'habituent à lutter contre ce besoin irrépressible de dormir pendant la journée. Elles s'endorment partout, dès qu'elles cessent de bouger : au cinéma, en voiture, sur un parking, etc. Elles s'accordent des siestes - ce qui est naturellement indiqué dans leur cas, car ces moments de sommeil pendant la journée permettent de restaurer leur vigilance - et pensent ne pas avoir de troubles du sommeil, car elles s'endorment sans aucune difficulté le soir et ne souffrent pas d'insomnies au cours de la nuit. Leur somnolence est due à un manque quantitatif de sommeil, soit parce qu'elles s'en privent volontairement - notamment à cause du travail -, soit parce qu'elles prennent des médicaments neurotropes, qui agissent sur leur système nerveux, soit parce qu'elles souffrent de narcolepsie, d'hypersomnie ou plus simplement de ronflements pathologiques ! La somnolence touche fréquemment les enfants et les adolescents mais les adultes peuvent aussi être concernés. Il existe plusieurs causes : 

  • Le syndrome d'apnées du sommeil, l'hypersomnie idiopathique, la narcolepsie, peuvent entraîner une somnolence. En fait, tous les troubles du sommeil qui altèrent la qualité du sommeil pendant la nuit et qui ont des répercutions la journée en terme de fatigue. L'insomnie peut s'accompagner également d'une somnolence dans la journée.
  • La dépression ou la prise de certains médicaments peuvent également être en cause. 
  • Des maladies chroniques comme l'asthme, l'insuffisance cardiaque, les maladies rhumatismales ou d'autres maladies douloureuses chroniques qui fractionnent le sommeil ont le même effet.
  • L'alcool et la caféine sont également redoutables pour le sommeil. La nicotine du tabac est également un stimulant et perturbe le sommeil et l'endormissement.

"Les causes de la somnolence sont multiples mais la plus fréquente reste sans conteste l'insuffisance chronique de sommeil. La question de savoir si la dépression est une cause de somnolence objective ou d'une plainte de somnolence subjective se pose également. Dans la majeure partie de mes consultations consacrées à la somnolence, la plainte la plus fréquente est la plainte de fatigue que les patients assimilent à la somnolence alors que ce n'est pas la même chose ", commente le Dr Nicole Meslier. 

Somnolence diurne

"On évalue la sévérité de la somnolence diurne en fonction des circonstances dans lesquelles elle survient. Ainsi, on ne va pas s'affoler devant un patient qui nous dit qu'il s'endort devant la télévision ou après un repas trop riche. En revanche, celui qui fait l'effort de se déplacer au cinéma et qui s'y endort systématiquement, celui qui s'endort au volant de sa voiture ou de son scooter, là c'est inquiétant ", poursuit la spécialiste du sommeil. 

Somnolence permanente

La somnolence se manifeste par le besoin de s'endormir à un moment inhabituel de la journée, lorsque l'attention doit normalement être soutenue. L'impression de ne pas résister à l'endormissement, l'impression que le corps lâche, ou encore de s'endormir sans s'en rendre compte, sont les plaintes les plus courantes des patients. Ne pas se sentir reposé le matin au réveil ou se sentir somnolent ou fatigué pendant la journée sont des signes d'une maladie du sommeil qui peut être responsable de cette somnolence. 

Somnolence au volant

La conséquence principale de la somnolence au volant est la déviation de la trajectoire, susceptible d'entraîner un accident. L'association de Prévention Routière explique que, dès les premiers signes de fatigue, une pause s'impose. Ces signes sont : les bâillements répétés, le besoin fréquent de changer de position, le picotement des yeux, des raideurs dans la nuque, une difficulté à se concentrer ou encore un engourdissement des jambes. D'où l'importance d'être reposé avant de prendre le volant, d'éviter les repas trop lourds et l'alcool et de faire des pauses au minimum toutes les deux heures. "Certains patients nous disent qu'ils ne sont somnolents au volant qu'une à deux fois par mois. C'est déjà beaucoup trop et cela constitue une contre-indication à la conduite tant qu'on n'a pas fait un diagnostic, que l'on n'a pas mis en place un traitement et qu'on n'a pas vérifié que ce traitement était efficace. La somnolence, quelle que soit son origine (psychogène, médicamenteuse, comportementale ou liée à un syndrome d'apnée du sommeil) est une contre-indication à la conduite ", tient à préciser le Dr Nicole Meslier. 

Somnolence et grossesse

"La somnolence pendant la grossesse fait partie des somnolences dites physiologiques, ce n'est pas une pathologie. Généralement, elle ne survient que pendant les premiers mois de grossesse et se dissipe ensuite ", remarque la spécialiste du sommeil. 

Quand et qui consulter ?

"Il est nécessaire de consulter lorsque la somnolence interfère avec la vie professionnelle ou la vie familiale, c'est-à-dire qu'elle survient dans les périodes où on voudrait rester éveillé mais qu'on n'y arrive pas ", note le Dr Nicole Meslier. 

Test de somnolence

"Les tests vont être programmés en fonction de la clinique. Si quelqu'un présente une dette de sommeil, on ne va pas faire de test. Si on suppose qu'il y a un syndrome d'apnée du sommeil qui, en perturbant la qualité du sommeil, favorise cette somnolence, on va faire un enregistrement nocturne pour rechercher l'apnée du sommeil, observe le Dr Nicole Meslier. Si c'est une dépression et que cette dépression n'est pas prise en charge, on va d'abord la traiter. Si on suspecte une des maladies rares comme la narcolepsie ou l'hypersomnie idiopathique, on va faire des enregistrements la nuit qui seront suivis de tests de vigilance. Toutes les deux heures, on va mesurer avec quelle facilité le patient s'endort. S'il ne s'est pas endormi, on arrête au bout de vingt minutes et s'il s'est endormi, on va calculer la moyenne du délai d'endormissement sur les cinq tests. En dessous de huit minutes, on considère que c'est une somnolence importante. Cela permet d'évaluer la somnolence mais n'en détermine pas la cause ". 

Traitements et solutions contre la somnolence

Le traitement dépend de la cause, donc du trouble du sommeil ou de la pathologie à l'origine des somnolences. Il faut en premier lieu les diagnostiquer pour réduire ces somnolences. Une fois que la somnolence diurne excessive a été détectée - ce qui n'est pas toujours évident ! -, un traitement peut être mis en place, qui sera adapté à chaque pathologie : sevrage médicamenteux en cas de somnolence due aux neurotropes, assistance respiratoire en cas d'apnée du sommeil, etc. Néanmoins le meilleur traitement contre la somnolence, et le plus naturel, demeure la sieste, à condition de bien savoir la mettre en œuvre !

Merci au Dr Nicole Meslier, responsable du centre de médecine du sommeil du CHU d'Angers.