Gel hydro-alcoolique : efficacité, prix plafond, composition

En pleine épidémie de coronavirus, les solutions et gels hydro-alcooliques se font rares ! Quelle efficacité ont-ils contre les virus ? Quel est le prix plafond fixé par décret ? Quelles précautions prendre ? Conseils avec le Dr Sebastian Marciano, médecin aux Urgences médicales de Paris.

Composition : on trouve quoi dans un gel antibactérien ?

Les solutions hydro-alcooliques sont des gels à la base stérile "c'est-à-dire qui ont un milieu qui ne permet pas la prolifération des bactéries, voire qui éradique 99 % des bactéries" explique le Dr Sebastian Marciano, médecin aux Urgences médicales de Paris. Elles contiennent :

  • de l'alcool : actif qui agit rapidement sur les bactéries, les virus (herpès, entérovirus..) et les champignons, 
  • un émollient qui garantit un bon état cutané (glycérine par exemple),
  • un antiseptique (parfois). Il s'agit alors le plus fréquemment de chlorhexidine à 0.5 %.

Rôle : un gel plus efficace que le lavage des mains ?

"Les solutions hydro-alcooliques peuvent diminuer de 60% les contaminations inter-humaines, explique le Dr Marciano, mais elles ne dispensent pas d'un lavage de mains avec de l'eau et du savon (elles ne sont pas détergentes)." Elles sont par contre utiles quand on ne peut pas se laver les mains, par exemple dans les transports en commun. "Aujourd'hui la plupart des virus et des épidémies se transmettent par les contacts inter-humains, pas forcément de peau à peau mais surtout de peau à matériel, rappelle-t-il. Les virus peuvent rester moins d'une heure sur la peau mais plusieurs jours sur un textile."  Elles peuvent aussi s'utiliser après un lavage de mains (comme le font les chirurgiens au bloc opératoire ou les médecins qui multiplient les consultations).

Utilisation : comment et quand les appliquer ?

Les solutions hydro-alcooliques peuvent s'utiliser au long cours "parce que les virus et les contaminations il y en a toute l'année" souligne notre interlocuteur. Il faut par contre favoriser leur recours en période épidémique.

Comment : verser du gel hydro-alcoolique dans le creux d'une main (les mains doivent être propres (non souillées) et sèches sinon l'efficacité antiseptique de l'alcool diminue). Frictionner les mains (paumes contre paumes puis paumes contre dos de la main, espaces interdigitaux, ongles, pouces, poignets) jusqu'à ce qu'elles redeviennent totalement sèches (preuve que l'alcool a bien été absorbé). Généralement, le temps de friction est d'au moins 30 secondes. Ne pas rincer.

Fréquence : aussi souvent que nécessaire. "En cas de gastro, renouveler l'application après chaque selle ou avant de manger pour lutter contre ce que l'on appelle le "péril fécal". Le virus d'une gastro se transmet par contact avec les matières fécales et le vomi" précise notre interlocuteur.

Ce geste simple et rapide peut être effectué chaque fois que cela est possible, c'est-à-dire lorsque les mains sont visuellement propres, non souillées par des liquides ou matières organiques, sèches et en l'absence de talc et poudre.

Conservation : quelle durée peut-on le garder après ouverture ?

"Une fois que le flacon de la solution hydro-alcoolique a été ouvert, il n'est plus stérile c'est-à-dire que même si vous refermez le bouchon à chaque fois, il doit être consommé dans le mois suivant l'ouverture pour rester efficace et après il faut le jeter" indique le Dr Marciano. Il est ainsi conseillé de choisir des petits flacons qu'on va finir vite plutôt que des gros qui durent longtemps. 

Précautions : enfant, peau lésée, plaies...

Si l'efficacité des solutions hydro-alcooliques dans l'élimination des virus et bactéries n'est plus à prouver, elles doivent être utilisées avec précautions dans certains cas :

Chez les enfants : "Il faut faire attention si on en met avant de manipuler un bébé ou avant de donner à manger à un enfant parce qu'elles sont très fortement dosées en alcool, ça peut piquer les yeux et donner un goût désagréable à la nourriture. De plus, attention si on en met sur les mains des petits qui mettent beaucoup de choses à la bouche ou se frottent les yeux, toujours à cause de l'alcool. Je dirai qu'à partir de l'âge de 5-6 ans, ils sont en âge de comprendre qu'il faut bien frotter jusqu'à ce que ce soit bien sec."

Quand on la peau fragile : "Les solutions hydro-alcooliques ne sont pas allergisantes mais ça reste de l'alcool donc pour quelqu'un qui a une peau fragilisée parce qu'il y a par exemple du psoriasis ou de l'eczéma, il y a une inflammation de l'épiderme et cela peut l'altérer" souligne notre spécialiste.

Quand on a une plaie à vif : "Beaucoup de gens se servent de ces solutions pour désinfecter les plaies mais il ne faut pas. Ça fait mal et on a aujourd'hui des solutions aqueuses dans les désinfectants c'est-à-dire de l'alcool désinfectant mais diluée dans de l'eau qui permet de ne garder que le principe actif du désinfectant sans piquer."

Gel hydro-alcoolique et épidémie : grippe, coronavirus...

Les autorités sanitaires recommandent l'utilisation de solutions et gels hydro-alcooliques en l'absence d'eau et de savon. Mais pas n'importe lesquels. L'idéal est qu'ils aient été testés selon la norme NF EN 14476 car ils ont fait la preuve de leur efficacité contre les virus (de la grippe notamment). En l'absence de référence à cette norme sont également recommandés les produits à base d'alcool éthylique (éthanol) ou d'alcool propylique (propane-1-ol ou n-propanol) ou d'alcool isopropylique (propane-2-ol ou isopropanol) dont la concentration optimale est comprise entre 60% et 70% ou à une concentration comprise entre 520 et 630 mg/g. La concentration en alcool doit figurer visiblement sur l'étiquetage.

Le lavage ou la désinfection des mains est nécessaire plusieurs fois par jour en cas d'épidémie : après s'être mouché, avoir éternué ou toussé, après un passage par un environnement collectif (transport en commun, lieu de rassemblement, activité publique, vie en collectivité, ...), après avoir été en contact avec des surfaces ou des objets potentiellement contaminés par une ou des personnes atteintes ou susceptibles d'être atteintes par le virus.

Prix plafond

Face à l'épidémie de coronavirus, beaucoup de personnes ont voulu faire le plein de gels hydro-alcooliques. Il y a même eu des vols dans plusieurs hôpitaux français. Certains vendeurs en ont profité pour augmenter abusivement leurs prix. Le gouvernement a ainsi décidé de publier un décret le 6 mars 2020 pour les plafonner jusqu'au 31 mai 2020 :

Les prix de la vente au détail des produits mentionnés au I ne peuvent excéder :

  • Pour les contenants correspondant à un volume inférieur ou égal à 50ml, 40 euros par litre toutes taxes comprises, soit un prix unitaire par flacon de 50ml maximum de 2 euros toutes taxes comprises ;
  • Pour les contenants correspondant à un volume supérieur à 50ml et inférieur ou égal à 100ml, 30 euros toutes taxes comprises par litre, soit un prix unitaire maximum par flacon de 100ml de 3 euros toutes taxes comprises ;
  • Pour les contenants correspondant à un volume supérieur à 100ml et inférieur ou égal à 300ml, 16 euros et soixante-dix centimes toutes taxes comprises par litre, soit un prix unitaire maximum par flacon de 300ml de 5 euros toutes taxes comprises ;4°
  • Pour les contenants correspondant à un volume supérieur à 300ml, 15 euros toutes taxes comprises, soit un prix unitaire maximum par flacon d'un litre de 15 euros toutes taxes comprises.

Merci au Dr Sebastian Marciano, médecin aux Urgences médicales de Paris.