Port du masque chez l'enfant : indications, dangers, bon ou mauvais ?

Le masque est obligatoire chez les enfants, dès l'école primaire, et dans les lieux publics clos dès 11 ans. Quelles sont les recommandations de l'OMS à ce sujet ? Quels effets indésirables possibles ? Point sur la balance bénéfice/risque du masque chez l'enfant et conseils pour éviter qu'il ne devienne un nid à microbes.

Port du masque chez l'enfant : indications, dangers, bon ou mauvais ?
© 123RF-Yulia Petrova

En pleine épidémie de Covid-19 en France, le port du masque a été rendu obligatoire chez l'enfant dès l'âge de 11 ans dans les lieux publics clos, et à partir de 6 ans à l'école. Des parents refusent cependant de leur faire porter, mettant en avant ses dangers sur la santé (difficultés respiratoires, maux de tête...) et son impact sur l'apprentissage scolaire. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rédigé trois documents sur le port du masque chez l'enfant dans le contexte de la pandémie de Covid-19, en avril, juin et août 2020. Que disent-ils ? Quels sont les avantages et effets indésirables reconnus par l'OMS ? Observés par les professionnels de santé sur le terrain ? Point sur la balance bénéfice/risque du masque chez l'enfant avec nos spécialistes.

Quelles sont les indications du port du masque chez l'enfant selon l'OMS ?

L'OMS recommande le port du masque à partir de 12 ans. Avant cet âge, il est soit totalement exclu soit assorti de plusieurs conditions.

  • A 5 ans et moins : "Les enfants âgés de 5 ans et moins ne devraient pas être obligés de porter un masque. Cette indication est fondée sur la sécurité et l'intérêt global de l'enfant, et sur sa capacité à utiliser un masque correctement avec une assistance minimale" explique l'agence.
  • De 6 à 11 ans : l'OMS et l'Unicef estiment que la décision de port du masque doit être "fondée" sur plusieurs facteurs : la transmission intense (du virus) dans la zone où réside l'enfant, la capacité de l'enfant à utiliser un masque correctement et en toute sécurité, l'accès aux masques, ainsi que la possibilité de les laver ou de les remplacer dans certains contextes (comme à l'école), une supervision adéquate par un adulte et des instructions données à l'enfant sur le port et le retrait des masques en toute sécurité, selon les incidences potentielles du port du masque sur l'apprentissage et le développement psychosocial, en consultation avec les enseignants, les parents/aidants et/ou les prestataires de santé, et dans les contextes spécifiques ou les interactions particulières de l'enfant avec d'autres personnes exposées à un risque élevé de développer une maladie grave, telles que les personnes âgées et celles souffrant d'autres affections préexistantes.
  • A 12 ans et plus : l'OMS et l'Unicef recommandent le port du masque "dans les mêmes conditions que les adultes, en particulier lorsqu'ils ne peuvent garantir une distance d'au moins un mètre des autres et si la transmission est généralisée dans la zone concernée"

Quels sont les effets indésirables liés au port du masque chez l'enfant ?

L'OMS a listé plusieurs effets indésirables liés au port du masque dans le contexte de la pandémie de Covid-19. en juin 2020. Chez les enfants, il peut être "mal supporté"  et représenter des "désavantages et difficultés", reconnait l'agence. 

Liste des "désavantages" liés au port du masque "dans le grand public, par des personnes en bonne santé" établie par l'OMS :

  • risque potentiellement accru d'autocontamination dû au fait de manipuler un masque facial puis de se toucher les yeux avec des mains contaminées
  • autocontamination possible si un masque non médical humide ou sale n'est pas remplacé, favorisant ainsi la prolifération de micro-organismes ;
  • mal de tête et/ou difficultés respiratoires possibles selon le type de masque utilisé ;
  • lésions cutanées faciales, dermite irritative ou aggravation de l'acné en cas de port fréquent et prolongé du masque ;
  • difficulté de communiquer clairement ;
  • sensation possible d'inconfort ;
  • fausse impression de sécurité pouvant conduire à un respect moins scrupuleux des mesures préventives qui ont fait leurs preuves comme la distanciation physique et l'hygiène des mains ;
  • port du masque mal supporté, notamment par le jeune enfant ;
  • difficultés de communiquer en cas de surdité et de dépendance de la lecture labiale.
  • désavantages et difficultés liés au port du masque éprouvés par les enfants, les personnes atteintes de troubles mentaux ou de déficiences développementales, les personnes âgées atteintes de déficiences cognitives, les asthmatiques ou les personnes souffrant d'affections respiratoires chroniques, les personnes ayant récemment subi un traumatisme facial ou une intervention chirurgicale orale ou maxillofaciale, ainsi que celles qui vivent dans un environnement chaud et humide;
  • problèmes liés à la gestion des déchets ; l'élimination sauvage des masques peut entraîner une augmentation du volume des déchets dans les lieux publics, présentant un risque de contamination des préposés au nettoyage des rues et des risques pour l'environnement.

Pour le Dr Nicole Delépine, pédiatre, oncologue et ancien Chef de service à l'AP-HP, qui n'est pas "contre le port du masque dans l'absolu", celui-ci peut, "s'il dure plusieurs mois avoir beaucoup de conséquences" chez les enfants : " Il y a une perte de facultés respiratoires du coup les enfants somnolent, ne retiennent pas bien en classe. Certains ont la sensation d'étouffer. Le port du masque a des conséquences cognitives, sur leurs capacités d'apprentissage, d'écoute, d'attention. Il y a aussi les troubles cutanés (peau sèche, eczéma par exemple), des nausées chez certains enfants, et des maux de tête liés à une diminution d'oxygène et à l'augmentation de gaz carbonique." Sans oublier que "le masque est un milieu de cultures énorme en particulier en ce moment où il pleut. Vous avez des masques mouillés qui sont des bouillons de bactéries et éventuellement de champignons" (un masque mouillé doit être jeté et remplacé sans attendre). De son côté, le Dr Louise Boyeldieu, ORL pédiatrique à l'Hôpital Fondation Rothschild de Paris constate, elle, que le port du masque est plutôt bien accepté parmi ses patients : "Les enfants que j'interroge ne sont pas gênés, globalement ils le portent assez bien. Il y a forcément des enfants qui vont être moins tolérants et peut-être plus sensibles qu'on modifie leur quotidien, consent-elle, mais le masque n'a pas d'effets indésirables en général dans ce que j'observe dans ma pratique."  

Une balance bénéfice-risque (dé)favorable ?

"Une préconisation médicale se fait sur la balance bénéfice-risque" , rappelle le Dr Delépine, Or "il existe peu de données probantes sur les avantages et les effets nocifs du port du masque par les enfants pour atténuer la transmission de la Covid-19 et d'autres coronavirus" soulignait l'OMS en août 2020. Difficile donc de trancher pour l'instant. "Si on nous disait que le masque donne mal à la tête mais qu'il peut protéger, les gens le toléreraient mieux. Tandis que là on voit bien que ça donne des effets secondaires alors que son port ne protège pas contre le virus. Beaucoup de gens ont commencé à le comprendre ne serait-ce que parce que c'est marqué sur les boîtes" argue le Dr Delépine. De plus, selon elle, "ce masque n'a aucune justification car les enfants ne transmettent pas le virus ni aux adultes, ni aux enfants". Une étude publiée par l'Institut Pasteur et menée sur 1 340 personnes a effectivement montré que la majorité des enfants infectés et allant à l'école le seraient par l'intermédiaire d'une exposition intra-familiale à un cas suspecté ou confirmé chez un adulte. Le ministre de la Santé Olivier Véran confirmait lors d'une conférence de presse le 17 septembre que "les enfants jeunes sont peu actifs dans la chaîne de transmission du coronavirus, le risque de transmission existe principalement d'adulte à adulte, d'adulte à enfant mais rarement d'enfant à adulte et d'enfant à enfant" . L'OMS reconnaissait en juin 2020 que le port du masque (pour le grand public) "peut permettre aussi bien à des sujets en bonne santé de se protéger (en cas de contact avec une personne infectée) qu'à des sujets porteurs de virus de ne pas les transmettre"  et qu'il offre un "risque potentiellement réduit d'exposition" au virus pour les sujets infectés asymptomatiques mais "compte-tenu du nombre limité de données sur le port du masque par les enfants dans le cadre de la pandémie de Covid-19 ou d'autres maladies respiratoires, l'élaboration de politiques par les autorités nationales doit être guidée par (...) l'intérêt supérieur de l'enfant, sa santé et son bien-être" conclut-elle. Elle conseille aussi aux autorités qui décident de le recommander chez les enfants de recueillir ensuite "des informations clés (...) pour accompagner et surveiller la mise en œuvre de cette mesure" (incidence du port du masque sur la santé de l'enfant, y compris la santé mentale, réduction de la transmission du virus, conséquences pour les enfants présentant des retards de développement, des problèmes de santé, un handicap ou d'autres vulnérabilités).

Moins de rhumes grâce au masque dans les écoles ?

"C'est possible qu'on ait un petit peu moins de transmissions, en tous cas chez les primaires, mais les virus de l'hiver sont très très transmissibles, répond le Dr Boyeldieu, et ça ne passe pas que par le masque, ça passe aussi par le lavage des mains, jeter son mouchoir et se laver les mains après s'être mouché..."

Quelles sont les contre-indications du port du masque chez l'enfant ?

Selon l'OMS, le port du masque ne doit pas être rendu obligatoire chez les enfants, quel que soit leur âge, qui souffrent de troubles du développement, de handicaps ou d'autres problèmes de santé spécifiques. Même chose pour les enfants atteints de graves troubles cognitifs ou respiratoires et ayant des difficultés à tolérer un masque. La Haute Autorité de Santé rappelle, elle, que le masque est proscrit chez les nourrissons et jeunes enfants.

Masque et handicap : un certificat médical nécessaire

Le handicap est un motif de dérogation au port du masque à l'école indiqué à l'article 2 du décret du 29 octobre 2020. Les parents dont l'enfant présente un handicap doivent fournir un certificat médical qui atteste de la contre-indication au port du masque. Un délai d'une semaine pour présenter ce certificat au chef d'établissement ou au directeur d'école est donné aux représentants légaux des élèves concernés. Le cas échéant, et à l'initiative du chef d'établissement ou du directeur d'école, le médecin scolaire du secteur peut être sollicité pour établir ce certificat.

Pourquoi le masque est-il interdit pendant le sport ?

La recommandation est la même que chez l'adulte : pas de masque lorsque l'enfant fait du sport ou pratique une activité physique "afin que cela ne gêne pas leur respiration" explique l'OMS. La sueur peut également humidifier les masques, ce qui gêne la respiration et facilite la propagation des germes.

Un masque chirurgical ou en tissu chez l'enfant ?

Chirurgical ou en tissu, le choix d'un masque doit dépendre de l'état de santé de l'enfant. Selon les recommandations de l'OMS : 

  • Si l'enfant est en bonne santé : il peut porter un masque non médical ou en tissu. Le masque en tissu doit être à la bonne taille pour couvrir le nez, la bouche et le menton de l'enfant. à savoir d'empêcher la transmission du virus à d'autres personnes si elles sont infectées sans le savoir. 
  • Si l'enfant a des problèmes de santé (mucoviscidose, cancer, immunosuppression) ou qu'il présente des symptômes évocateurs du coronavirus : il doit porter un masque médical (chirurgical par exemple) pour le protéger du virus. 

Comment aider l'enfant à mieux supporter le masque ?

Le masque doit être bien adapté au visage de l'enfant pour être supportable. "Il faut bien faire attention à ce que le masque soit adapté en taille, qu'il ne soit pas trop serré, surtout avec les masques faits maison, que le tissu ne soit pas trop épais pour que ça n'entraîne pas une gêne respiratoire" recommande le Dr Louise Boyeldieu."Globalement, parmi mes patients, le masque chirurgical acheté en pharmacie de taille pédiatrique est mieux supporté que le masque en tissu" rapporte-t-elle.

Que penser des visières ou écrans sur le visage pour les enfants ?

Initialement, les écrans faciaux (aussi appelés "visières") sont utilisés pour éviter la projection de liquide biologique comme les sécrétions respiratoires, d'agents chimiques et de débris dans les yeux. L'OMS reconnait qu'ils peuvent "protéger partiellement le visage contre les gouttelettes respiratoires et présente l'avantage d'être facile à utiliser" mais rappelle que leur efficacité pour ce qui est de limiter la transmission "n'a pas encore été étudiée de manière adéquate".

→ Ils peuvent être considérées comme des alternatives au port du masque chez les enfants présentant des troubles du développement ou un handicap, valide l'OMS. Ils peuvent aussi être envisagés en remplacement du masque en tissu chez les enfants atteints d'un déficit auditif ou souffrant de problèmes d'audition (le port du masque peut entraver l'apprentissage). Le recours à des masques transparents est aussi validé dans ce cas par l'organisation. 

Entretien et lavage du masque chez l'enfant : quelles recommandations ?

L'entretien, le lavage et le change du masque chez l'enfant doivent répondre aux mêmes conditions que chez les adultes mais "une attention particulière doit être accordée à l'entretien des masques et à la nécessité de les changer lorsqu'ils sont mouillés ou sales",  insiste l'OMS. 

Plus de conseils :

Merci aux Docteurs Nicole Delépine, pédiatre, oncologue et ancien Chef de service à l'AP-HP, et Louise Boyeldieu, ORL pédiatrique à l'Hôpital Fondation Rothschild de Paris.

Sources :

- Conseils sur le port du masque par les enfants dans la communauté dans le cadre de la pandémie de COVID-19. OMS. 21 août 2020.

- Conseils sur le port du masque dans le cadre de la COVID-19 Orientations provisoires. OMS. 5 juin 2020.

Conseils sur le port du masque dans le cadre de la COVID-19 Orientations provisoires. OMS. 6 avril 2020