Doit-on se laver l'intérieur du vagin ?
Nettoyer en profondeur ses parties intimes pour être sûre d'être bien propre ? Une idée reçue et même dangereuse, comme nous l'explique Nadège Billery, auteure de Soins Intimes, petit guide de santé du sexe féminin.
Quand on lit que 89% des Françaises se disent bien informées sur l'hygiène féminine, on se dit qu'on peut dormir tranquille. Nos vagins sont bien dorlotés ! Et pourtant, nombre de femmes pratiquent sans le savoir des gestes fortement déconseillés, à l'instar de la douche vaginale, qui consiste à nettoyer l'intérieur de notre organe sexuel. "C'est une erreur fréquente qui peut nuire à notre santé intime, nous rappelle la naturopathe Nadège Billery, spécialiste en santé féminine. Le vagin est un organe autonettoyant qui possède un microbiote spécifique et un pH acide lui permettant de se défendre naturellement contre les infections."
Tout nettoyage interne, même à l'eau, est donc à proscrire. Car les conséquences peuvent être très graves : baisse de la fertilité due aux perturbateurs endocriniens, inflammations et irritations à cause des composés chimiques toxiques, risque d'infections… Et pire encore : "Des études ont montré que les femmes pratiquant régulièrement des douches vaginales (environ 2 fois par mois) présentent des taux plus élevés de composés chimiques dans le sang, comme le 1,4-dichlorobenzène (+81 %), reconnu comme potentiellement cancérigène" prévient l'experte. Une autre étude datant de 2016 a montré un risque accru de cancer des ovaires.
On évite donc : le savon (même "doux"), l'eau, les bains moussants (y compris bombes de bain), les antiseptiques, les lingettes. Ou encore le sèche cheveux ! (Oui oui !) Et on adopte les bons gestes : "Se laver une fois par jour, uniquement la vulve, le pubis et la région anale avec un soin lavant sans parfum, idéalement avec un PH physiologique", conseille la spécialiste et formatrice en santé intime. "La vulve, c'est l'extérieur. Et c'est elle qui joue un rôle clé : c'est le premier rempart contre les infections." Les poils pubiens sont notamment connus pour être une barrière très efficaces contre les microbes et bactéries, les enlever contribuent donc à un risque accru d'infection.
Au lieu de vouloir nettoyer, il s'agit donc plutôt d'agir en prévention : utiliser des sous-vêtements en coton pour éviter la transpiration, de préférence amples, et changés chaque jour. Dans l'idéal, il faudrait aussi ne pas en porter la nuit, "pour laisser respirer la peau et éviter une macération inutile", précise Nadège Billery. Et il ne faut pas non plus confondre ce qui est naturel et ce qui est sale. Comme les fameuses "pertes blanches", par exemple. "Elles ne sont pas un problème, elles sont un signe de bon fonctionnement et participent à l'auto-nettoyage de notre vagin !". La mauvaise idée dans ce cas là : mettre des protections toute la journée, qui là encore vont aider les microbes à proliférer.
L'idée est simple : "Le corps féminin n'est pas défaillant : il est intelligent. C'est quand on veut trop bien faire qu'on déséquilibre tout", rappelle Nadège Billery, qui forme les professionnels de santé sur ces questions et anime la chaîne Youtube "Le Bonheur et la Santé". Pour autant, certains signaux doivent par contre vous alerter : des odeurs fortes, une couleur ou texture inhabituelle, des démangeaisons, des douleurs au moment d'aller uriner ou pendant les rapports. Dans ce cas-là, il faut vite aller consulter.
