Les psychologues en sont convaincus : les personnes qui ont manqué d'amour durant l'enfance peuvent sembler indépendantes mais restent marquées par la peur de l'abandon

La peur d'être abandonné à l'âge adulte ne serait pas seulement liée à nos relations amoureuses, mais pourrait trouver ses racines dans un manque d'amour durant l'enfance.

Les psychologues en sont convaincus : les personnes qui ont manqué d'amour durant l'enfance peuvent sembler indépendantes mais restent marquées par la peur de l'abandon
© Drazen - stock.adobe.com

"Les mots employés par les adultes envers les enfants sont fondamentaux, car l'enfant, de par sa dépendance et sa crédulité structurale, attribue aux paroles des adultes une valeur de vérité", nous rappelle d'emblée Safia Metidji, psychologue clinicienne et psychothérapeute. L'amour reçu durant l'enfance ne constitue donc pas seulement une marque d'affection. Il rassure l'enfant, l'aide à s'ouvrir au monde et participe à la vision qu'il construit de lui-même.

Lorsque cette sécurité affective n'a pas été suffisamment présente, certaines personnes peuvent continuer à chercher, une fois adultes, ce qui leur a manqué durant leurs premières années. "Le sujet cherche parfois toute sa vie à l'extérieur ce qui lui a manqué dans ses premiers liens." Cette quête peut notamment prendre la forme d'un besoin important d'être rassuré par les autres. "Le besoin d'être aimé et validé devient central, comme si l'existence psychique dépendait de la reconnaissance extérieure. Cette fragilité narcissique peut se traduire par un manque de confiance en soi, un sentiment d'illégitimité, une peur excessive de décevoir l'autre, une difficulté à s'autoriser le bonheur ou la réussite."

Dans les relations amoureuses, cette insécurité peut devenir particulièrement visible. La crainte de perdre l'autre peut prendre une place telle que la personne accepte parfois des situations qui la font pourtant souffrir. Elle peut notamment se retrouver enfermée dans une relation d'emprise. "Paradoxalement, la peur de perdre le lien devient plus forte que la souffrance vécue dans la relation même."

La peur de l'abandon ne conduit toutefois pas toujours à s'accrocher davantage à l'autre. Elle peut produire le comportement inverse. Certaines personnes vont chercher à éviter l'attachement ou à maintenir une distance émotionnelle afin de ne pas risquer de revivre une blessure. "Cette angoisse peut conduire soit à une dépendance relationnelle importante, soit au contraire, à des conduites d'évitement affectif servant à se protéger du risque de nouvelle blessure, au détriment de relations affectives plus sereines."

© 123rf- kliver85

Cette peur peut donc prendre des formes très différentes à l'âge adulte : rechercher constamment des preuves d'amour, redouter le rejet, rester dans une relation douloureuse ou, à l'inverse, éviter de trop s'attacher. Dans certains cas, les relations deviennent ainsi le lieu où se rejoue une insécurité beaucoup plus ancienne. "Ainsi, lorsque le sujet dépend fortement du regard et de l'approbation d'autrui pour maintenir une image positive de lui-même, les relations affectives peuvent devenir marquées par une forme de dépendance narcissique", précise-t-elle. "En effet, la personne devenue adulte peut chercher l'amour, mais pas toujours au bon endroit et peut revivre le désamour de son enfance dans les bras d'un(e) partenaire amoureux dans une relation marquée par l'emprise ou la domination affective."

Pour autant, ressentir une peur de l'abandon à l'âge adulte ne permet pas à elle seule de conclure que l'on a manqué d'amour enfant. Le vécu affectif reste profondément personnel et ne se résume pas à la présence ou à l'absence de démonstrations d'affection. "Certaines personnes pensent ne pas avoir été suffisamment aimées durant leur enfance, du fait d'un manque de démonstration affective, alors même que les parents ont été présents et investis, mais d'une autre manière. L'enjeu n'est alors pas de désigner de "bons" ou de "mauvais" parents mais de comprendre comment le sujet revisite son histoire et ses premiers liens. C'est bien souvent par la narration de soi auprès d'un thérapeute que certaines peurs, angoisses, et répétitions peuvent être élaborées, permettant au sujet de construire un rapport à lui-même plus apaisé, plus libre ; une façon d'être à soi-même son propre bon parent", conclut notre psychothérapeute.