Paracétamol : posologie, effets secondaires, dangers

Délivré sans ordonnance, le paracétamol est un des antidouleurs les plus vendus en France. Pourtant, mal utilisé ou consommé à forte dose, ce médicament est un danger pour le foie. Indications, effets secondaires, précautions pour le prendre sans risque... Conseils du Pr Patrick Marcellin, hépatologue.

Paracétamol : posologie, effets secondaires, dangers
© carolro85 - 123RF

Doliprane®, Dafalgan®, Efferalgan®, Fervex®, Prontalgine®... Près de 200 médicaments contenant du paracétamol, seul ou associé à d'autres substances, sont disponibles en pharmacie en France. La plupart sont délivrés sans ordonnance médicale. Utilisé ponctuellement, sur une courte durée et en respectant sa posologie, le paracétamol est un antalgique sans danger. Mais lorsqu'il est pris en trop grande quantité ou pendant trop longtemps, il est toxique pour le foie et peut avoir de graves conséquences. Quelles sont les indications du paracétamol ? La posologie chez un adulte, un enfant ou un adolescent de moins de 50 kg ? Les symptômes et les risques en cas de surdosage ? Explications de Pr Patrick Marcellin, hépatologue.

Indications : dans quel cas prendre du paracétamol ?

Le paracétamol est un analgésique (ou antalgique de niveau 1) vendu sous la forme de comprimés, d'effervescents, de sirops ou de suppositoires. Il prévient ou diminue la sensation de douleur légère à modérée. Cet antidouleur est couramment utilisé pour traiter les maux de tête, les maux de gorge, les états grippaux, les douleurs dentaires, les courbatures, les douleurs menstruelles avant ou pendant les règles ou une fièvre en cas de rhume. Les femmes enceintes, les enfants ainsi que les personnes âgées peuvent prendre du paracétamol de manière ponctuelle et en respectant la posologie (voir ci-dessous). 

Exemples de médicaments qui contiennent du paracétamol

Près de 200 médicaments contiennent du paracétamol, seul ou associé à d'autres substances, et sont actuellement disponibles en pharmacie (y compris les pharmacies en ligne) avec ou sans ordonnance médicale. Par exemple :

Entre chaque prise, il faut respecter un intervalle d'au moins 4 heures, voire 6 heures idéalement.

  • Doliprane®
  • Dafalgan®
  • Efferalgan®
  • Actifed Rhume®
  • Antarène®
  • Daflon®
  • Dolirhume®
  • Fervex®...

Posologie : quelle quantité peut-on prendre sans danger ?

"Le paracétamol est le moins dangereux des antalgiques si on respecte la posologie. Il peut être utilisé ponctuellement pour traiter les douleurs légères à modérées. Toutefois, le traitement par paracétamol lorsqu'il est pris en automédication doit durer le moins longtemps possible. Le paracétamol ne doit en aucun cas être pris en traitement de fond", insiste l'hépatologue. Sa prise nécessite donc de respecter la durée de traitement recommandée, la posologie et les contre-indications inscrits sur la notice. Si les symptômes durent plus de 3 jours, il est important de consulter un médecin

Posologie chez l'adulte : maximum 4 g par jour pour un adulte de plus de 50 kg (environ à partir de 15 ans), soit l'équivalent de 4 cachets de 1 g ou 8 cachets de 500 mg maximum par jour en respectant un intervalle d'au moins 4 heures entre chaque prise, voire 6 heures idéalement.

Posologie chez les personnes à risque : maximum 3 g par jour pour un adulte de plus de 50 kg ayant des facteurs de risque comme :

  • une insuffisance hépatique légère à modérée. "Le paracétamol est métabolisé par le foie et éliminé par les reins dans les urines. Un foie qui ne fonctionne pas très bien (en cas d'insuffisance hépatique par exemple), ne peut plus métaboliser correctement la partie toxique contenue dans le paracétamol, ce qui peut entraîner une accumulation de toxiques et donc une intoxication. Il faut donc lever le pied dès que les symptômes s'améliorent et consulter un médecin s'ils ne s'améliorent pas", explique le Pr Marcellin. 
  • une insuffisance rénale sévère,
  • une consommation d'alcool régulière (plus de quatre unités par jour pour un homme, plus de 3 unités par jour pour une femme)
  • un état de jeûne prolongé. "Quand on est à jeun, la concentration toxique du médicament augmente et le métabolisme du médicament est ralenti. Le risque de surdosage est donc plus élevé", explique l'hépatologue. 

Les personnes qui présentent ces facteurs de risque doivent demander un avis médical avant de prendre du paracétamol. Entre chaque prise de paracatémol, il faut respecter un délai d'au moins 4 heures, voire 6 heures idéalement.

Posologie chez l'enfant (- 50 kg) : maximum 10 à 15 mg par kilo de poids corporel, quatre fois par jour au maximum (exemple : si l'enfant pèse 30 kg, la dose maximale est de 450 mg par prise et ce, pas plus de 4 fois par jour). A noter que certains médicaments à base de paracétamol sont contre-indiqués aux enfants de moins de 27 kg, regardez bien la notice. Entre chaque prise, il faut respecter un délai d'au moins 4 heures, voire 6 heures idéalement.

>> Attention au surdosage involontaire. Si vous ou votre enfant prenez plusieurs médicaments contenant du paracétamol, tenez-en compte et assurez-vous que la dose maximale n'est pas dépassée, tous médicaments confondus. On peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir : par exemple, la prise répétée de Toplexil® associée à du Dafalgan® peut conduire à un surdosage. Pour éviter ce genre d'accident, consultez toujours les notices d'un médicament pour vérifier s'il contient ou non du paracétamol.

Quels sont les effets secondaires du paracétamol ?

Lorsque sa consommation est bien encadrée, il est rare que le paracétamol soit à l'origine d'effets indésirables. Mais comme tous les médicaments, les traitements à base de paracétamol peuvent provoquer des effets secondaires, qui ne sont pas systématiques. Dans de rares cas, il est possible que surviennent une éruption, une rougeur cutanée ou une réaction allergique pouvant se manifester par un brusque gonflement du visage et du cou ou par un malaise brutal avec chute de la pression artérielle. Dans ce cas, il faut immédiatement arrêter le traitement, avertir votre médecin et ne pas reprendre de médicaments contenant du paracétamol. Très exceptionnellement, des modifications biologiques nécessitant un contrôle du bilan sanguin ont pu être observées : troubles de fonctionnement du foie, taux anormalement bas de certains globules blancs ou de certaines cellules du sang comme les plaquettes pouvant se traduire par des saignements de nez ou des gencives. Dans ce cas, consultez un médecin.

Des contre-indications au paracétamol ?

Les médicaments à base de paracétamol ne doivent pas être pris en cas d'allergie au paracétamol ou à l'un des autres composants contenus dans ces médicaments et si vous avez une maladie grave du foie. En cas de doute, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien. 

Des précautions avant utilisation ?

Avant de débuter un traitement à base de paracétamol :

► Vérifiez que vous ne prenez pas d'autres médicaments contenant du paracétamol pour éviter un surdosage involontaire. Evitez dans la mesure du possible de vous automédicamenter sans l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien.

► Prévenez votre médecin ou votre pharmacien en cas de maladie du foie ou des reins, ou de consommation d'alcool,

► Prévenez votre médecin ou votre pharmacien si vous prenez d'autres médicaments contenant du paracétamol,

► Evitez dans la mesure du possible l'automédication sans l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien.

Surdosage : quels sont les dangers pour le foie ?

C'est un médicament sûr et efficace dans les conditions normales d'utilisation

Le paracétamol est une substance plutôt bien tolérée si on respecte la posologie, la durée de traitement et les contre-indications. C'est "un médicament sûr et efficace dans les conditions normales d'utilisation", précise l'Agence du médicament (ANSM) dans un communiqué du 20 août 2018. Mais un mauvais usage (surdosage, association de plusieurs produits contenant du paracétamol, non-respect de la posologie) peut entraîner des lésions graves du foie (et plus rarement, des reins) qui sont dans certains cas irréversibles. "En cas de surdosage, la partie toxique contenue dans le paracétamol peut détruire les cellules du foie, ce qui peut entraîner une hépatite médicamenteuse. Cette destruction des cellules du foie peut parfois être asymptomatique et passer inaperçue, mais pas toujours. Si le nombre de cellules hépatiques tuées est très élevé, on peut développer une insuffisance hépatique. On a alors un foie qui n'est plus complètement fonctionnel et qui ne peut plus correctement détruire certaines substances (présentes dans les médicaments, l'alcool...)", explique le Pr Marcellin. Si la destruction des cellules du foie est très rapide, il s'agit d'une hépatite fulminante qui peut évoluer vers une insuffisance hépatique grave avec un coma. C'est rare mais il faut y penser. L'hépatite fulminante a un taux de mortalité de 80% si on ne réalise une transplantation du foie en urgence. 

Pictogrammes présents sur les boîtes des médicaments contenant du paracétamol © ANSM
 

Quels sont les symptômes d'un surdosage de paracétamol ?

Dans la plupart des cas, une intoxication au paracétamol suite à un surdosage ou à un mésusage survient dans les 24 heures qui suivent l'ingestion. Elle peut passer inaperçue ou se caractériser par des nausées, des vomissements, une perte d'appétit, des douleurs abdominales, une forte transpiration et un état léthargique. Des douleurs au niveau du côté droit du ventre peuvent apparaître et laissent à penser que le foie est atteint. Pas prise en charge à temps, une intoxication au paracétamol peut aboutir à une insuffisance hépatique accompagnée d'hémorragies, à un œdème cérébral ou dans les cas les plus graves, à une inflammation du cerveau (encéphalopathie). En l'absence de greffe du foie, c'est potentiellement mortel. 

Que faire en cas de surdosage ?

Si vous avez dépassé les doses maximales recommandées ou si vous suspectez un surdosage de paracétamol :

  • Prenez immédiatement contact avec votre médecin, un pharmacien ou un Centre Antipoisons et de Toxicovigilance (voir la liste des numéros selon votre région), même si vous vous sentez bien et que vous ne présentez aucun signe anormal. N'attendez surtout pas l'apparition de symptômes.
  • Lors de votre appel, le médecin, le Samu ou le Centre Antipoisons pourront vous demander votre âge, votre poids, votre taille, la dénomination du ou des produits à l'origine de l'intoxication (veillez à garder l'emballage et la notice à portée de main ou demandez à un proche de réunir ces informations), l'heure et la dose de la prise...
  • Ne vous faites pas vomir : c'est rarement indiqué et parfois même très dangereux. Demandez au préalable l'avis du centre antipoison ou celui de votre médecin. 

Si le patient a ingéré une très forte dose de paracétamol, il pourra être admis le plus rapidement possible à l'hôpital où on identifiera le problème, on lavera l'appareil digestif (du charbon activé pourra être administré si l'ingestion remonte à moins de 4 heures pour réduire la dose de paracétamol dans le sang) puis on évaluera le risque d'intoxication en fonction de la quantité de paracétamol ingurgitée, la formulation exacte du médicament, le motif et l'heure de la prise et un potentiel mélange avec d'autres substances. Selon les résultats, on lui administrera un traitement à base d'acétylcystéine pour éviter une intoxication des cellules du foie et prévenir les complications. Son effet est optimal quand il est donné dans les 8 à 10 heures suivant l'ingestion de paracétamol. 

Paracétamol périmé : encore efficace ?

"Il ne faut pas utiliser de médicaments au-delà de leur date de péremption, parce que les conditions de conservation n'ont été étudiées que pour une durée correspondant à cette date. Au-delà, l'efficacité n'est plus garantie et certaines molécules peuvent même devenir dangereuses", prévient le ministère de la Santé sur son site. Il est donc conseillé de ne pas prendre de paracétamol périmé et de rapporter ses boîtes périmées dans sa pharmacie. Le réseau Cyclamed se chargera de les récupérer et de les incinérer.

Merci au Pr Patrick Marcellin, hépatologue à l'hôpital Beaujon et Président de l'APHC (Association pour l'amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques du foie) 

Principes et substances actives