Variole du singe : en France, symptômes, bouton, quel test ?

"Variole du singe : en France, symptômes, bouton, quel test ?"

MONKEYPOX. Plus de 500 cas de variole du singe sont confirmés en France et la situation évolue très rapidement. Des centres de vaccination ouvrent en Île-de-France. Cas contact, symptômes, test de dépistage, contamination, boutons typiques et incubation.

[Mise à jour le 6 juillet 2022 à 11h54] Le virus de la variole du singe ou virus "Monkeypox" est à l'origine d'une maladie infectieuse dont la transmission se fait à l'Homme par les animaux, principalement les rongeurs (écureuils, rats de Gambie) et localisée originellement en Afrique. Depuis début mai 2022, des cas émergent en dehors de l'Afrique, sans lien direct avec un voyage :  plus de 5000 cas et un décès ont été comptabilisés dans le monde selon l'OMS. Au 5 juillet, 577 cas ont été confirmés dont 387 en Ile-de-France rapporte Santé Publique France. "97% des cas pour lesquels l'orientation sexuelle est renseignée sont survenus chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes" précise l'agence. Même tendance pour les cas hors de France. Trois femmes ont été contaminées en France et un enfant (dans l'Essonne, à Dourdan). Les cas-contacts sont vaccinés en France pour éviter de nouvelles contaminations. 9 centres de vaccination contre la variole du singe vont ouvrir en Île-de-France annonce l'ARS de la région. Les cas positifs doivent s'isoler et porter un masque. C'est quoi la variole du singe ? Comment peut-on l'attraper ? Quels tests faire pour savoir si on est contaminé ? Quelle est sa cause ? Quels sont les symptômes ? Quelle durée de contagion ? Quels traitements ? Qui doit se faire vacciner ? Ce virus est-il dangereux ? Quelles sont les consignes pour l'isolement ?

Définition : c'est quoi la variole du singe ?

La variole du singe est causée par l'orthopoxvirus simien, qui appartient au genre Orthopoxvirus de la famille des Poxviridés. "L'orthopoxvirose simienne, ou "variole du singe", est une zoonose virale rare (virus transmis à l'être humain par les animaux) que l'on observe principalement dans les zones isolées du centre et de l'ouest de l'Afrique, à proximité des forêts tropicales humides" indique l'OMS. On parle du variole du "singe" car le virus a été découvert en 1958 chez des singes de laboratoire à Copenhague mais "c'est une erreur de dire cela car c'est plutôt un virus variolique hébergé par des rongeurs comme les écureuils et les gros rats d'Afrique comme le rat de Gambie" nous explique le Pr Jeanne Brugère-Pi juincoux. "Ce virus ressemble à celui de la variole sur le plan clinique mais le monkeypox est dû à un poxvirus différent du virus de la variole" explique l'OMS. Le premier cas humain a été détecté en 1970, en République démocratique du Congo chez un enfant vivant dans une région où la variole avait été éliminée depuis 1968. On connaît deux souches de variole du singe :

  • la souche Congo ou souche d'Afrique centrale (la plus virulente)
  • la souche d'Afrique occidentale (moins virulente qui semble être celle retrouvée dans les cas actuels) 

Concernant les cas 2022, "les données préliminaires des tests PCR indiquent que les souches de virus monkeypox détectées en Europe et dans d'autres zones non endémiques appartiennent au clade ouest-africain" là où le virus est initialement apparu, a précisé l'OMS le 4 juin. 

Quelles différences avec la variole ?

Le virus Monkeypox ressemble à celui de la variole sur le plan clinique mais c'est un poxvirus différent. La variole dite "du singe" est plus bénigne, associée à des ganglions (il n'y a pas de ganglions dans la variole), les cicatrices sont moins graves. La variole simienne ressemble aussi beaucoup à la varicelle qui est plus contagieuse.

Combien de cas de variole du singe en France ?

L'infection à Monkeypox est une maladie à déclaration obligatoire en France. Au 5 juillet 2022, 577 cas de monkeypox ont été confirmés : 387 en Ile-de-France, 52 en Auvergne-Rhône-Alpes, 37 en Occitanie, 30 en Nouvelle Aquitaine, 23 dans les Hauts-de-France,21 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, 8 en Normandie, 6 en Grand Est, 5 en Bretagne, 4 en Pays-de-la-Loire, 3 en Bourgogne-Franche-Comté et 1 en Centre-Val de Loire.

Cas confirmés de variole du singe (n=552), par région de résidence, France, mai-juillet 2022 (données au 04/07/2022)
Cas confirmés de variole du singe (n=552), par région de résidence, France, mai-juillet 2022 (données au 04/07/2022) © Santé Publique France

► La majorité des cas investigués sont des hommes, âgés entre 19 et 71 ans (âge médian : 35 ans). "97% des cas pour lesquels l'orientation sexuelle est renseignée sont survenus chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Parmi les cas pour lesquels l'information est disponible, 75% déclarent avoir eu au moins 2 partenaires sexuels dans les 3 semaines avant l'apparition des symptômes". 

► 3 cas sont des femmes, dont l'origine de la contamination est en cours d'investigation.

L'Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France a annoncé le 25 juin un premier cas confirmé de monkeypox chez un enfant scolarisé en école primaire, en Essonne. Il a été pris en charge et ne présente aucun signe de gravité.

Parmi les cas investigués, 29 sont immunodéprimés ; aucun cas n'est décédé. 

 Parmi les cas investigués, 125 ont voyagé, séjourné ou travaillé à l'étranger, principalement en Europe, avant le début de leurs symptômes, dont certains dans plusieurs pays différents : Espagne (54 cas), Belgique (15), Allemagne (12), Portugal (8), Royaume-Uni (7), Suisse (5) et Maroc (5).

  

Cas confirmés de variole du singe (n=552), par date de début des symptômes, France, mai-juillet 2022 (données au 04/07/2022)
Cas confirmés de variole du singe (n=552), par date de début des symptômes, France, mai-juillet 2022 (données au 04/07/2022) © Santé Publique France

Cas et prise en charge en Île-de-France

L'Ile-de-France est la région qui concentre le plus de cas de variole du singe en ce moment (387 au 5 juillet). Une vaccination post-exposition avec un vaccin de 3e génération contre la variole peut être proposée aux personnes identifiées comme contacts à risque du virus de la variole du singe ainsi qu'aux professionnels de santé exposés au risque sans mesure de protection individuelle. Le vaccin doit être administré idéalement dans les 4 jours après la date du dernier contact à risque et au maximum 14 jours plus tard. 9 centres de vaccination vont ouvrir le 11 juillet indique l'Agence Régionale de Santé Île-de-France (ARS). "Ils sont communiqués aux personnes cas contact à risques, potentiellement éligibles à la vaccination. Ils peuvent également être sollicités directement par les personnes se sachant sujet contacts à risque d'un cas confirmé pour évaluer l'indication de la vaccination" précise l'Agence. Le vaccin mis à disposition est actuellement Imvanex. Liste des lieux de vaccination : 

  • AP-HP Bichat
  • AP-HP Pitié Salpêtrière
  • APHP Paris centre hôtel Dieu
  • APHP Saint Antoine
  • APHP Saint Louis
  • APHP Lariboisière
  • APHP Raymond-Poincaré
  • APHP Avicenne
  • APHP Kremlin Bicêtre

Quels sont les symptômes de la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie "à tropisme cutané" nous explique le Pr Brugère-Picoux.  Les symptômes disparaissent d'eux-mêmes, mais peuvent être graves dans certains cas. Parmi les cas français investigués Santé Publique France indique que 78% ont présenté une éruption génito-anale, 73% une éruption sur une autre partie du corps, 75% une fièvre, 72% des adénopathies. Classiquement, dans les 5 premiers jours, l'infection par le Monkeypox provoque :

  • fièvre
  • maux de tête
  • adénopathie (gonflement des ganglions lymphatiques)
  • douleurs dorsales
  • myalgies (douleurs musculaires)
  • asthénie (épuisement)

Dans les 1 à 3 jours (parfois plus) suivant l'apparition de la fièvre, le patient développe des symptômes d'éruption cutanée (rash) qui commence souvent sur le visage puis s'étend à d'autres parties du corps, dont les paumes des mains, les plantes des pieds et les muqueuses (bouche et région génitale (sexe, anus)). L'atteinte cutanée survient en une seule poussée. Des démangeaisons sont fréquentes. Les boutons passent par différents stades successifs :

  • macules
  • papules
  • vésicules
  • pustules
  • croûtes

Lorsque les croûtes tombent, les personnes ne sont plus contagieuses. Les autres muqueuses (ORL, conjonctives) peuvent également être concernées. Les cas récemment détectés chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ont signalé une prépondérance de lésions dans la région génitale. "L'incubation de la maladie peut aller de 5 à 21 jours. La phase de fièvre dure environ 1 à 3 jours. La maladie, généralement bénigne, guérit le plus souvent spontanément, au bout de 2 à 3 semaines" souligne Santé Publique France. 

► En cas d'apparition de symptômes (fièvre et éruption cutanée avec des vésicules), contacter le SAMU Centre 15. Il est recommandé de vous isoler en attendant un avis médical et d'éviter les contacts avec d'autres personnes.

Photo : A quoi ressemblent les boutons de la variole du singe ?

La variole du singe entraîne des boutons qui peuvent faire penser à la varicelle : d'abord des vésicules (boutons avec liquide à l'intérieur) puis des pustules et enfin des croûtes. Lorsque les croûtes tombent, les personnes ne sont plus contagieuses. 

boutons variole du singe
Boutons typiques en cas d'infection à la variole du singe © UKHSA

Quelle est la durée d'incubation de la variole du singe ?

"L'incubation de la maladie peut aller de 5 à 21 jours. La phase de fièvre dure environ 1 à 3 jours" précise Santé Publique France. 

Comment est-on contaminé par la variole du singe ?

Selon des chercheurs de l'institut Pasteur, la transmission du virus de la variole du singe en dehors de l'Afrique "est probablement dû au déclin mondial de l'immunité aux virus du genre orthopoxvirus (responsables de la variole humaine), suite à l'arrêt de la vaccination antivariolique, dans les années 1980. La variole du singe pourrait donc devenir la plus importante infection à orthopoxvirus chez l'Homme".
► Transmission entre Hommes : La transmission se produit principalement par les particules des gouttelettes respiratoires (postillon, éternuement) et par le contact direct de la peau ou des muqueuses (bouche, sexe, anus) avec les boutons ou les croûtes.  Les rapports sexuels, avec ou sans pénétration, réunissent ces conditions pour une contamination, et avoir plusieurs partenaires augmente le risque d'être exposé au virus. La transmission peut aussi se faire via le partage de linge (vêtements, draps, serviettes…), d'ustensiles de toilette (brosses à dents, rasoirs…), de vaisselle, sextoy, seringue…

►Transmission de l'animal à l'Homme : "Le virus se transmet principalement à l'être humain à partir de divers animaux sauvages, rongeurs ou primates par exemple" explique l'OMS. L'infection est provoquée par un contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou muqueuses d'animaux infectés. "En Afrique, on a documenté des infections humaines à la suite de la manipulation de singes, de rats géants de Gambie et d'écureuils infectés, les rongeurs étant vraisemblablement le principal réservoir du virus. La consommation de viande d'animaux infectés pas suffisamment cuite est un facteur de risque possible" développe l'OMS.

Que faire si on est cas contact ?

La Haute Autorité de santé (HAS) recommande de vacciner les cas contacts d'un cas confirmé de variole du singe par le vaccin contre la variole. Pas besoin de s'isoler en revanche. Pour les enfants (-de 18 ans), la HAS préconise que la vaccination soit envisagée au cas par cas. Si votre enfant est cas contact, l'Agence Régionale de Santé (ARS) préconise de : 

  • Surveiller l'apparition de symptômes (fièvre, éruption cutanée) et solliciter le 15 en cas de besoin ;
  • Se voir proposer une consultation afin de faire bénéficier à l'enfant d'une vaccination si celle-ci est jugée nécessaire par le médecin ;
  • En l'absence de symptômes, et en l'état des connaissances, il n'y a pas de risque connu de contagion. Aucune mesure n'est donc nécessaire pour l'enfant (ni isolement, ni adaptation des activités) ni pour les autres membres de la famille.

En dehors de la vaccination, Santé Publique France indique la conduite à tenir en cas de :

Cas suspect : personne présentant une éruption évocatrice de monkeypox, isolée, précédée ou accompagnée d'une fièvre ressentie ou mesurée (>38°C), d'adénopathies, d'une odynophagie, d'une atteinte muqueuse génitale ou anale : Tout cas suspect doit bénéficier d'une consultation médicale et d'un test diagnostique (PCR). Il est recommandé que les cas suspects présentant une forme clinique grave soient hospitalisés jusqu'à l'obtention du résultat du test. Les cas suspects présentant des formes cliniques non graves doivent rester isolés à leur domicile dans l'attente du résultat.

Cas probable : personne avec les symptômes relatifs au cas suspect + une exposition dans les 3 semaines précédant les signes à un cas confirmé, un retour de voyage dans un pays d'Afrique, des rapports sexuels avec des partenaires multiples ou anonymes et si vous êtes un homme ayant eu des rapports avec un autre homme. Les cas probables doivent bénéficier d'un test diagnostique (PCR) et s'isoler dans l'attente du résultat du test. En cas de test positif, le cas probable devient un cas confirmé.

Quelles sont les règles d'isolement avec la variole du singe ?

Une personne dont le résultat du test diagnostique (PCR) au virus du monkeypox est positif est un cas confirmé de variole du singe et doit s'isoler à domicile pour une durée de 3 semaines à partir de leur date de début des signes si leur état clinique ne nécessite pas une hospitalisation, rappelle Santé Publique France. Elle est contagieuse depuis les premiers signes, jusqu'à la cicatrisation complète de la peau. Pendant l'isolement à domicile si possible dans une pièce séparée des autres habitants :

  • Pas de sortie ni de visite, sauf indispensable (médicale par exemple)
  • Pas de contact physique (pas d'embrassade, contact peau à peau…)
  • Porter un masque chirurgical en présence d'autres personnes
  • Couvrir au mieux les éruptions ou boutons (vêtements, pansements)
  • Ne pas partager ses effets personnels (objets, vaisselle, vêtements, linge de maison)
  • Pas de contact avec les animaux domestiques (possibilité de transmission)
  • Bien respecter le traitement donné par le médecin, car certains médicaments sont à éviter (ne pas prendre d'anti-inflammatoires)
  • Mains propres, ongles courts, ne pas se gratter, ne pas toucher les boutons.
  • Se laver les mains avant tout contact et régulièrement en utilisant de l'eau et du savon ou une solution hydro-alcoolique.
  • Eviter de prendre des bains, privilégier les douches et se sécher en tamponnant (sans frotter).
  • Laver ses affaires personnelles séparément (vaisselle, linge à 60° si possible).
  • Nettoyer/désinfecter régulièrement les surfaces touchées, surtout sanitaires (1 fois par jour), avec les produits habituels.
  •  Il est recommandé de s'abstenir de rapports sexuels jusqu'à 21 jours après le début des symptômes.

Si des croûtes tombent, elles peuvent être contagieuses, de même que les pansements et bandages souillés : les mettre dans un sac-poubelle spécifique à fermer, puis mettre dans un autre sac poubelle à fermer avant de le jeter avec les déchets ménagers. Les proches doivent se laver les mains régulièrement, éviter tout contact direct (peau à peau) avec la personne infectée ou ses effets personnels (vaisselle, linge, …) et porter un masque chirurgical à sa proximité.

Combien de temps est-on contagieux ?

"La variole du singe est une maladie contagieuse, confirme le Pr Brugère-Picoux mais pas autant que la varicelle." La personne est contagieux depuis les premiers signes de la maladie et jusqu'à la cicatrisation complète de la peau, rappelle la Mission nationale Coreb. "Les personnes vivant avec une personne infectée doivent éviter les contacts rapprochés" a rappelé le Directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'une conférence de presse en juin.

Image des différentes phases cliniques de la variole du singe
Image des différentes phases cliniques de la variole du singe © Ministère de la santé

Diagnostic : quel test faire pour la variole du singe ?

Si on pense présenter des symptômes de variole du singe, il faut consulter un médecin ou appeler le 15 si on ne sait pas vers qui se tourner. La confirmation diagnostique de la variole du singe passe par une analyse du virus en laboratoire notamment par test PCR. Le prélèvement de référence est le prélèvement cutané (biopsie ou écouvillon en frottant plusieurs vésicules) et/ou nasopharyngé si la personne à une poussée éruptive dans la bouche ou la gorge. "Au microscope (prélèvement cutané, ndlr), on reconnaît tout de suite le virus car c'est un gros virus" précise le Pr Brugère-Picoux. En attendant de réaliser le test et de connaître les résultats, les personnes testées doivent à s'isoler.

Quel est le traitement contre la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie dont le patient guérit le plus souvent spontanément en deux à trois semaines. Il n'y a pas de traitement spécifique contre cette maladie. En revanche, "il existe des antiviraux et des vaccins approuvés pour les monkeypox (antivariolique) mais ils sont en stock limité. L'OMS ne recommande pas une vaccination massive contre la variole du singe" a indiqué le Directeur général de l'organisation lors d'une conférence de presse le 8 juin 2022.

Quel est le vaccin administré contre la variole du singe ?

Il n'existe aucun vaccin contre le Monkeypox mais celui contre la variole serait efficace à 85% selon l'Institut Pasteur. Ce dernier était obligatoire en France jusqu'en 1979. "Les plus de 50 ans sont déjà protégés [contre la variole du singe] grâce au vaccin contre la variole" a ainsi précisé le Pr Jean-Daniel Lelièvre dans un entretien accordé au Parisien le 22 mai. La vaccination antivariolique a débuté en France pour les cas contacts des patients atteints de variole du singe, conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé. Même chose pour les professionnels de santé exposés sans mesure de protection individuelle. Cette vaccination doit être effectuée uniquement avec le vaccin de troisième génération (IMVANEX® ou JYNNEOS®) dans les 4 jours après le contact à risque et au maximum 14 jours plus tard avec un schéma à deux doses (ou trois doses chez les sujets immunodéprimés), espacées de 28 jours. Le 8 juin, l'OMS s'est prononcée contre une vaccination massive de la population contre la variole du singe (comme on pu le voir lors de l'épidémie de variole humaine).

La variole du singe est-elle dangereuse ?

L'OMS est particulièrement préoccupé par les risques que présente ce virus chez les personnes vulnérables, notamment les enfants et les femmes enceintes"Il y a une incertitude totale aujourd'hui. L'alerte des autorités est sérieuse. On peut s'inquiéter mais peut-être à tort, il faut attendre de voir comment ça évolue dans les 15 jours à 3 semaines" répond le Pr Brugère-Picoux. Avant de rappeler que le virus de la variole du singe "est un virus stable, c'est un virus à ADN, il ne mute pas facilement comme un virus à ARN (type le Sars-Cov-2 du Covid-19, ndlr)".

La variole du singe est-elle mortelle ?

"Le taux de mortalité lors des flambées d'orthopoxvirose simienne s'est établi entre 1% et 10% (3.6% pour la souche d'Afrique occidentale ; 10,6% pour la souche d'Afrique centrale), la plupart des décès survenant chez les plus jeunes" indique l'OMS. "La maladie dure généralement de 2 à 4 semaines. "La maladie est plus grave chez les enfants et chez les personnes immunodéprimées. Elle peut se compliquer de surinfection des lésions cutanées ou d'atteintes respiratoires, digestives ou ophtalmologiques ou neurologiques. A ce stade, les cas rapportés en Europe sont majoritairement bénins" a rassuré Santé Publique France le 20 mai.

Comment se protéger ?

La maladie étant transmissible par contact avec les lésions, il faut éviter tout contact avec la personne atteinte et avec ce qu'elle a pu toucher (drap, serviettes de toilette, vêtements...). La personne contaminée doit s'isoler. Lorsqu'une personne est infectée par le virus de la variole du singe, elle doit "éviter au maximum les contacts avec son animal de compagnie, idéalement en le faisant garder par une autre personne le temps de l'isolement" et "avant chaque contact avec son animal, se laver les mains, puis porter des gants et un masque à usage unique" a recommandé l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le 16 juin qui s'est interrogée sur la transmission du virus de l'homme aux animaux. "Par comparaison avec la variole humaine, les mesures d'éradication ne pourront pas être aussi efficaces avec la variole simienne du fait d'un réservoir viral dans plusieurs populations d'animaux sauvages en Afrique" précise le Pr Brugère-Picoux. Enfin, la vaccination contre la variole permettait d'offrir une protection croisée contre le virus de la variole simienne estimée à 85%.

Combien de cas de variole du singe dans le monde ?

Un premier cas de variole du singe, hors Afrique, a été rapporté en Angleterre par l'UKHSA le 7 mai, celui d'un homme revenant d'un voyage au Nigéria "Au 22 juin, 3413 cas confirmés en laboratoire et un décès ont été notifiés" rapporte l'OMS le 27 juin.

Cas suspects et confirmés de Monkeypox dans le monde
Cas suspects et confirmés de Monkeypox dans le monde au 22 juin 2022 © OMS

Origine : d'où vient la variole du singe ?

La variole du singe est une maladie qui a émergé en Afrique. Les premiers cas humains ont été recensés en 1970 dans la République démocratique du Congo. On reconnait une origine zoonotique (transmission venat de l'animal (écureuil, rat de Gambie en Afrique...)) dans la plupart des cas africains. Les cas émergents hors Afrique depuis début mai 2022 (premier cas rapporté en Angleterre par l'UKHSA le 7 mai) sont liés à des contaminations interhumaines : "Des enquêtes sont en cours, mais l'apparition soudaine du monkeypox dans de nombreux pays au même moment suggère qu'il peut y avoir eu une transmission non détectée pendant un certain temps" a expliqué l'OMS le 1er juin. Alors que la transmission de l'animal à l'homme est admise en Afrique, ces cas émergents sont liés à des contaminations interhumaines, souvent observées chez des hommes homosexuels ou bisexuels présentant des lésions cutanées génitales et au niveau du visage. "Une transmission sexuelle peut être suspectée. La transmission interhumaine est possible par le contact avec les fluides corporels, les lésions cutanées (dont les croûtes), l'environnement ou les objets contaminés par le malade. Il peut aussi s'agir d'une contamination d'origine nosocomiale" a expliqué le Pr Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et membre de l'Académie nationale de médecine dans un document de synthèse du 22 mai 2022. Contactée par téléphone, elle confirme que pour l'instant "on est dans une incertitude totale, on a des raisons de s'inquiéter mais il faut attendre de voir si cela continue ou pas". Selon elle "seule une enquête épidémiologique complète permettra d'évaluer le risque lié à ce virus émergent hors de sa région  géographique habituelle (Afrique, ndlr)".

Merci au Pr Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et membre de l'Académie nationale de médecine.

Sources :

- Monkeypox virus (variole du singe) Fiche d'information au patient, après le diagnostic. Mission Coreb. 3 juin 2022.

- Variole du singe : risque d'une propagation interhumaine depuis la description de près d'une centaine de cas sporadiques autochtones décrits simultanément depuis le 6 mai 2022 en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Jeanne Brugère-Picoux. 22 MAI 2022.

- Mise à jour épidémiologique : épidémie de monkeypox, 20 mai 2022, ECDC

- Monkeypox, Centers for Disease Control and Prevention

- Orthopoxvirose simienne, OMS, 6 juin 2018

- Institut Pasteur

- Monkeypox, Santé Publique France

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