Thrombose de l'œil : définition, causes, symptômes, guérison

Souvent confondue avec l'AVC oculaire, la thrombose de l'œil peut obstruer les artères (thrombose artérielle) ou les veines (thrombose veineuse) de la rétine. Causes, symptômes, traitements… Le point avec le Dr Pierre Queromes, ophtalmologiste.

Thrombose de l'œil : définition, causes, symptômes, guérison
© Elena Volf

Définition : qu'est-ce qu'une thrombose de l'oeil ?

"La thrombose de l'œil correspond à une occlusion d'un vaisseau de la rétine, tissu nerveux situé au fond de l'œil et qui sert à capter les images lumineuses. Dans la rétine, il y a des artères et des veines qui servent à irriguer en oxygène et en nutriments la rétine", explique le Dr Pierre Queromes, ophtalmologiste au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts et à l'OPH78. On distingue deux types de thromboses de l'œil : les thromboses artérielles et les thromboses veineuses. Les thromboses veineuses sont des occlusions de la veine centrale de la rétine ou l'occlusion d'une branche de la veine centrale de la rétine (OVCR ou OBVR) : c'est soit la totalité de la rétine qui est touchée, soit une partie de celle-ci. Les thromboses artérielles sont des obstructions des artères qui vascularisent la rétine. 

Quelles différences avec l'accident vasculaire d'une artère rétinienne (AVC de l'oeil) ?

L'AVC de l'œil correspond à l'occlusion d'une artère de la rétine. Celui-ci peut être lié à l'occlusion artérielle de la rétine (OACR) ou à l'occlusion d'une branche de l'artère centrale de la rétine (OBACR) : un caillot se forme dans une artère. À contrario, on parle de thrombose de l'œil quand un thrombus bouche la veine centrale de la rétine ou une branche de celle-ci (OVCR). "Ce n'est pas du tout la même symptomatologie, ni les mêmes causes, ni le même traitement, ni le même pronostic. L'occlusion de veine est beaucoup plus fréquente que l'occlusion d'artère", commente l'ophtalmologiste

Quelles sont les causes ?

Les causes des OACR/OBACR sont les mêmes que celles des Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC), à savoir un bas débit artériel limitant l'arrivée de sang par les artères au niveau de la rétine. "Ce bas débit est lui-même, dans la grande majorité des cas, dû à un caillot bouchant l'artère concernée. Un bilan des facteurs de risques cardio-vasculaires (diabète, surpoids, hypertension, tabac, cholestérol) est nécessaire", précise le spécialiste. Quant aux OVCR/OBVR, il s'agit là aussi d'un bas débit sanguin mais au niveau d'une veine de la rétine. "Plusieurs facteurs peuvent rentrer en compte comme la tension oculaire ("freinant" la bonne circulation veineuse intra-oculaire) ainsi que les facteurs de risques cardio-vasculaires", détaille notre expert. 

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes d'une occlusion d'artère ou de veine varient selon si c'est l'artère centrale ou la veine centrale de la rétine qui est touchée. 

→ Si toute la rétine est touchée par une occlusion d'artère (occlusion centrale de l'artère de la rétine) ou une occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR), les symptômes sont beaucoup plus graves. L'OVCR se traduit par une baisse de vision brutale, des taches dans la vision et des lignes déformées. En revanche, il n'entraîne généralement pas de rougeur ni de douleurs au niveau de l'œil. 

→ Quand c'est une occlusion de branche d'artère (OBACR) ou de branche de veine, seule une petite partie de la rétine est touchée. Il peut néanmoins y avoir des symptômes importants lorsque la macula est touchée : baisse de vision assez franche, brutale, sans douleur, avec un œil qui reste blanc. Et dans les occlusions de branche périphérique, il peut y avoir des symptômes très faibles parce qu'elle sert peu à la vision. 

Quel est le diagnostic ? 

En cas de diagnostic d'OACR, une IRM cérébrale et un bilan sanguin en urgence sont primordiaux !

"Concernant l'occlusion d'artère et l'occlusion de veine, un examen ophtalmologique complet, à savoir une acuité visuelle, une tension oculaire, un examen lampe à fente des deux yeux et un fond d'œil dilaté pour regarder la rétine au fond de l'œil permettent de poser le diagnostic. L'ophtalmologiste va alors constater soit un œdème rétinien, soit des hémorragies, soit un épaississement de la rétine et un changement de couleur de celle-ci", ajoute le Dr Pierre Queromes. Ces éléments sont confirmés par un examen complémentaire appelé OCT (scanner des yeux) qui consiste en une photo de la rétine pour mesurer son épaisseur, voir s'il y a une ischémie et/ou s'il y a un œdème rétinien associé. En cas de diagnostic d'OACR, une IRM cérébrale, un bilan sanguin en urgence pour évaluer la coagulation du sang et les facteurs de risques cardiovasculaires sont nécessaires, en complément d'un avis neurologique. "L'échographie du cou ou l'angioscanner permettent de voir s'il n'y a pas des thrombus dans les artères qui partent du cœur et qui envoient des caillots dans l'artère. D'autres zones peuvent être touchées au niveau du cerveau, c'est pour cela qu'il faut faire un bilan neurologique et éviter les récidives. En revanche, pour les occlusions de veines, c'est beaucoup moins urgent : l'examen ophtalmologique est le même : pas besoin de faire une IRM ni d'angioscanner en urgence car c'est une maladie purement ophtalmologique. En général il n'y a pas d'autre atteinte ailleurs", continue-t-il. 

Consultez en cas d'œil rouge, blanc ou d'une baisse brutale de la vue.

Que faire quand ça arrive ?

Face à une baisse de vision brutale, que ce soit avec un œil rouge, un œil blanc, accompagné ou non de douleurs, il faut consulter un ophtalmologiste en urgence.

Quels sont les traitements ?

En cas d'OACR : le traitement repose généralement sur la prise d'anticoagulants ou d'antiagrégants plaquettaires dans le bilan général pour éviter une récidive d'un thrombus artériel, que ce soit ophtalmologique ou cérébral. 

→ En cas d'OVCR : le traitement ophtalmologique est choisi en fonction de l'ischémie rétinienne. En complément, du laser par PPR est effectué pour éviter l'ischémie et ses conséquences au niveau de la rétine. Quand il y a une forme œdémateuse rétinienne, il faut faire un traitement soit IVT (Injection intra-vitréenne) soit par laser focal.

"Dans tous les cas, un diagnostic et un suivi par votre ophtalmologiste est primordial", souligne le Dr Pierre Queromes.

Quelles sont les chances de guérison ?

Tout dépend de la cause et du degré de gravité initial de la maladie. Les occlusions de branche d'artère ou les occlusions de branche de veine sont moins graves que les occlusions totales de la veine ou de l'artère centrale. Dans les occlusions de branche, quand la macula est touchée, le pronostic visuel est mauvais. "En fonction de l'évolution de la rétine, de l'ischémie et de l'œdème, le pronostic peut s'améliorer mais c'est difficile à prédire à 100% . Le traitement peut très bien fonctionner chez certaines personnes et moins chez d'autres parce que d'emblée l'atteinte rétinienne est importante. Dans les formes graves, la récupération est minime", poursuit l'ophtalmologiste. 

Merci au Dr Pierre Quéromès, ophtalmologiste au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts et à l'OPH78. www.oph78.fr 

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