Pilule et thrombose : symptômes, risques, pourcentage

La thrombose se caractérise par la formation d'un caillot sanguin dans une veine ou une artère. Un effet indésirable, potentiellement grave, associé à la pilule contraceptive. Quelles sont les générations de pilules concernées ? Comment réduire le risque ? Symptômes et risques avec le Dr Julia Maruani, gynécologue.

Pilule et thrombose : symptômes, risques, pourcentage
© patcharinsimalhek - 123RF

Quels sont les risques de thrombose sous pilule ?

On distingue deux types de thrombose :

  • les thromboses veineuses, qui se caractérisent par la présence d'un caillot de sang dans une veine,
  • les thromboses artérielles (AVC, infarctus) qui se traduisent par l'obstruction d'une artère.

"Les risques de thrombose sous pilule sont plus fréquemment les thromboses veineuses. Les deux thromboses veineuses les plus fréquentes sont la phlébite (thrombose veineuse profonde) et l'embolie pulmonaire, c'est-à-dire le corolaire au niveau pulmonaire", commente le Dr Julia Maruani, gynécologue et secrétaire générale de la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM).

Avec quelles pilules ?

Le risque est multiplié par 2 entre une pilule de troisième génération et une de deuxième génération

Ce sont uniquement les pilules dites oestroprogestatives, ou pilules combinées, qui augmentent le risque de thrombose veineuse, du fait de l'ethinyl-estradiol qu'elles contiennent. Un risque qui varie aussi selon la génération de la pilule, puisqu'il est multiplié par 2 entre une pilule de troisième génération et une de deuxième génération. En revanche, les pilules ne contenant que des progestatifs n'entraînent pas d'augmentation du risque de thrombose.

Quel pourcentage en France ?

"Le risque de thrombose veineuse s'élève à 6 pour 10 000 chez une femme sous pilule de troisième génération, à 10 pour 10 000 chez une femme enceinte, à 48 pour 10 000 en post-accouchement. Autrement dit, le risque est inférieur sous pilule œstroprogestative à celui d'une femme enceinte ou une femme qui vient d'accoucher. Chez une femme qui ne prend pas de pilule contraceptive, le risque se situe entre 1 et 2 pour 10 000, mais c'est variable selon l'âge, car à 45 ans c'est 1/1000", indique la gynécologue.

Quelles sont les causes ?

S'il y en a plus de deux facteurs de risque, la pilule ne doit pas être prescrite

Le risque de thrombose est essentiellement lié au dosage d'ethinyl estradiol et au type de progestatif de chaque pilule. Il existe d'autres facteurs favorisants : l'âge, le tabac, le surpoids, l'obésité, mais aussi l'immobilisation lors d'une chirurgie ou d'un accident. La majorité des patientes qui font des thromboses cumulent plusieurs facteurs de risque. "Les personnes atteintes de thrombophilie ont, de façon génétique, une modification propre de leur coagulabilité qui les prédispose au risque de thrombose. Elles ne doivent surtout pas prendre la pilule oestroprogestative. Ce qui cause la thrombose, c'est le fait que la pilule augmente les facteurs pro-coagulants, et diminue les facteurs inhibiteurs de la coagulation, ce qui entraîne une hyper coagulabilité du sang", indique le Dr Julia Maruani. Lors d'une consultation pour la contraception, le gynécologue va évaluer les facteurs de risque de thrombose. S'il y en a plus de deux, la pilule ne doit pas être prescrite. "Prenons l'exemple d'une patiente jeune et fumeuse : ses facteurs de risque sont le tabac et la pilule, elle peut donc prendre la pilule. Idem pour une femme au-delà de 35 ans, qui ne fume pas puisque ses facteurs de risque sont l'âge et la pilule. En revanche, une femme fumeuse de plus de 35 ans ne peut pas prendre la pilule car cela ferait trois facteurs de risque", illustre notre interlocutrice.

Quelle femme est le plus à risque ?

Il faut savoir que le risque de thrombose existe pour toutes les femmes, même celles qui ne sont pas sous pilule. Plusieurs facteurs augmentent ce risque : l'âge, le surpoids, l'obésité, le tabagisme et la contraception œstroprogestative. "Le risque de thrombose augmente avec l'âge, il est multiplié par deux entre 30 ans et 40 ans, en dehors de toute pilule, simplement par l'âge. Quand une femme prend une pilule de deuxième génération, elle a un risque multiplié par 2 par rapport à une femme non utilisatrice de pilule. Quand elle prend une pilule de troisième génération, elle a un risque multiplié par 3 à 6, selon le type de pilule, par rapport à une femme qui n'a pas de contraception œstroprogestative", précise la spécialiste.

Quels sont les symptômes ?

La phlébite se traduit par une douleur, une rougeur et un gonflement du mollet et du dos du pied. L'embolie pulmonaire qui, en général, succède à la phlébite, peut occasionner des douleurs thoraciques, une gêne respiratoire et une sensation d'angoisse. Elle peut aussi être présente d'emblée. "Il est important que les femmes connaissent les risques de la thrombose la plus fréquente qui est la phlébite. Un mollet asymétrique, douloureux, doit amener à consulter", insiste le Dr Julia Maruani.

Quelle contraception privilégier pour éviter le risque ?

En présence de facteurs de risque de thrombose, les pilules qui ne contiennent pas d'ethinyl estradiol et celles qui contiennent uniquement un progestatif doivent être privilégiées. La contraception par stérilet en cuivre et implant sont également possibles. En parallèle, le respect de conseils simples permet de prévenir la thrombose :

  • le port de bas de contention en cas de long trajet ;
  • en cas de chirurgie programmée, d'accident, de fracture de la jambe entraînant une immobilisation, il faut penser à arrêter sa pilule ou à la substituer par une autre qui ne contient que un progestatif.

Merci au Dr Julia Maruani, gynécologue.