Rage : symptômes, test, chiffres en France, vaccin

Plus de 59 000 personnes meurent chaque année de la rage dans le monde. La France est officiellement indemne de rage des mammifères terrestres depuis 2001. Symptômes, traitements, vaccins. Le Journal des femmes fait le point sur cette maladie avec le Dr Perrine Parize, responsable adjointe du Centre national de référence (CNR) de la rage à l'Institut Pasteur.

Rage : symptômes, test, chiffres en France, vaccin
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Selon les chiffres de l'OMS, plus de 59 000 personnes meurent chaque année de la rage dans le monde.

Définition : qu'est-ce que la rage ?

La rage est une maladie d'origine virale, causée par des virus de la famille des lyssavirus. Il s'agit d'une zoonose, c'est donc une maladie transmise à l'homme par l'animal. La rage est responsable d'une encéphalite, une infection et une inflammation grave du cerveau. "La rage est presque toujours fatale une fois que les premiers symptômes sont apparus", ajoute le Dr. Perrine Parize, responsable adjointe du Centre national de référence de la rage à l'Institut Pasteur

Présence de la rage en France : quels sont les chiffres ?

La France est officiellement indemne de la rage des mammifères terrestres depuis 2001. "La rage du chien a été éradiquée au début du siècle dernier et nous sommes indemnes de la rage des renards depuis 20 ans grâce aux campagnes de vaccination orale de la faune sauvage qui ont été menées à cette époque. La France est donc indemne de rage pour les animaux terrestres mais certains virus de la famille des lyssavirus peuvent être présents chez les chauve-souris de tous les continents y compris en France", explique la spécialiste. "Tous les ans, plusieurs chauve-souris sont adressées dans notre laboratoire ou celui du Laboratoire de la faune sauvage et de la rage de Nancy (Anses) et sont diagnostiquées positives pour ces lyssavirus", ajoute-t-elle. Les situations à risque de transmission de la rage sur le territoire français sont donc les expositions (morsures, griffures, léchage de plaies ou de muqueuses) par une chauve-souris ou un animal importé illégalement (sans vaccination antirabique adéquate) d'un autre pays. Cependant, la situation la plus à risque pour les ressortissants français est une exposition à un animal dans un pays où la rage des mammifères terrestres est encore présente (partout dans le monde sauf Europe de l'Ouest, Japon, Australie…) à l'occasion d'un voyage. Les cas humains de rage diagnostiqués sur le territoire français sont heureusement rares. "Le dernier remonte à 2019, un homme est décédé d'une encéphalite en lien avec un lyssavirus de chauve-souris (European bat 1 lyssavirus) en région Nouvelle-Aquitaine. Avant cela, un petit garçon de 10 ans était décédé en France après avoir contracté la rage à la suite d'une morsure de chien au Sri Lanka en 2017", poursuit Perrine Parize.

Quels sont les symptômes de la rage ?

Après contamination par un animal enragé, les premiers signes de la maladie surviennent en moyenne après une période de 1 à 2 mois qui correspond à la période d'incubation. Cette période est cependant variable et peut durer quelques jours seulement après la morsure ou plusieurs mois. La rage est responsable d'une encéphalite, c'est à dire une infection du système nerveux central. Les symptômes principaux sont : 

  • Des anomalies de la conscience avec modification du comportement, anxiété, agitation évoluant vers le coma. 
  • Des spasmes : une hydrophobie et/ou une aérophobie peuvent être observées (spasmes des muscles du cou à la vue de l'eau ou suite à l'exposition à de l'air). Ces spasmes sont incontrôlables et caractéristiques de la maladie. D'ailleurs, dans certains pays, la rage est appelée hydrophobia.
  • Une dérégulation du système nerveux autonome : il commande la respiration, la digestion, la sudation, le rythme cardiaque, la tension... Les patients présentent alors des anomalies de la tension, des modifications de la fréquence cardiaque, des anomalies des pupilles, une hyper-salivation notamment. Ce signe est également très caractéristique dans la rage du chien.

"Après l'apparition des premiers symptômes l'évolution est rapide et le décès survient en quelques jours en général", précise Perrine Parize.

Comment se transmet la rage ?

L'OMS estime que 99 % des décès humains de rage sont liés à une morsure de chien. "La maladie est transmise à l'homme par contact direct avec un animal enragé, soit par morsure, soit par griffure, soit par léchage d'une plaie ou d'une muqueuse. La plupart des décès survient dans des pays où les chiens et certains mammifères sauvages peuvent être enragés, et où l'accès aux traitements préventifs de la maladie ne sont pas accessibles aux populations les plus vulnérables. L'Afrique et l'Asie supportent l'essentiel du poids de la mortalité humaine de rage", avance la spécialiste. "Il n'existe pas de risque de transmission de la rage de l'homme à l'homme en dehors de cas extrêmement rares de contaminations suite à des transplantations d'organes ou de tissus", précise la scientifique.

Diagnostic : quels tests faire ?

Le diagnostic peut être réalisé chez l'animal si le vétérinaire suspecte cette maladie (chez un animal importé illégalement d'un pays où la rage circule encore chez les chiens par exemple). Chez l'homme, il n'existe pas de test diagnostic de la maladie avant l'apparition des symptômes d'encéphalite. En France, les diagnostics de rage sont souvent suspectés par les réanimateurs ou les infectiologues en milieu hospitalier. "La maladie est suspectée parce que les symptômes cliniques et l'histoire du patient sont évocateurs. A-t-il été exposé à des animaux par morsure ou griffure à l'étranger ou exposé à une chauve-souris ou à un animal importé illégalement en France ? Quand tous ces éléments sont réunis, le seul laboratoire en France habilité pour le diagnostic humain est le CNR de la rage à l'Institut Pasteur. Le diagnostic se fait par PCR sur des prélèvements de salive et de biopsie de peau", détaille le Dr. Parize.

Quels sont les traitements contre la rage ?

Il n'existe aucun traitement curatif efficace contre la rage. On dispose seulement de traitements préventifs appelés prophylaxie post-exposition (vaccination et immunoglobulines antirabiques). "Le seul traitement préventif de la rage est la prophylaxie post-exposition qui doit être débutée le plus rapidement possible après la morsure d'un animal suspect de rage. Le vaccin est efficace à 100 % pour prévenir l'infection. En France, on trouve des centres antirabiques dans presque chaque département, où on prend en charge les patients mordus ou griffés par un animal suspect de rage. Seuls ces centres sont habilités à délivrer la prophylaxie post-exposition. Le traitement consiste en une série de 4 ou 5 injections de vaccin et parfois l'injection d'immunoglobulines antirabiques soit des anticorps, dirigés directement contre la rage", énumère la spécialiste. Ces traitements doivent être administrés dans les jours qui suivent la morsure ou la griffure, durant la période d'incubation et avant l'apparition des symptômes.

Vaccin contre la rage : quand le faire ?

Outre une vaccination après une exposition à un animal suspect, plusieurs situations nécessitent qu'une personne soit vaccinée. "Il est conseillé de se faire vacciner quand on présente un risque professionnel d'exposition à la rage, c'est le cas pour les vétérinaires, les personnels de laboratoire qui réalisent le diagnostic de la rage ou produisent des vaccins ou les chiroptérologues qui sont en contact avec des chauve-souris. Il convient aussi de vacciner les voyageurs qui se rendent dans des pays où la rage est encore présente chez les mammifères terrestres en particulier chez les enfants qui pourraient ne pas rapporter une exposition à risque et chez les voyageurs qui seront en situation d'éloignement des centres de soins", détaille Perrine Parize. La spécialiste conseille d'en discuter avec son médecin - tous les médecins peuvent vacciner contre la rage en préventif – ou de se rendre dans un centre des vaccinations internationales où des médecins spécialisés dans les maladies du voyageur informent le public.

Prévention pour limiter les risques

La prévention de la maladie repose essentiellement sur l'information du public des situations à risque de transmission de la rage. Il faut rappeler que tout contact avec un animal sauvage y compris les chauves-souris est à éviter partout dans le monde et que les contacts avec les animaux domestiques doivent également être évités dans les pays où la rage du chien est encore présente. En cas d'exposition par morsure, griffure ou léchage en France avec une chauve-souris ou un animal importé illégalement ou en cas d'exposition avec un animal à l'étranger, il convient de contacter immédiatement un centre antirabique. "Et quand on voyage, je conseille de se renseigner sur les risques avant le départ auprès de son médecin traitant ou de se rendre dans un Centre des Vaccinations internationales", ajoute Perrine Parize.

Merci au Dr. Perrine Parize, responsable adjointe du Centre national de référence (CNR) de la rage à l'Institut Pasteur

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