Cancers de la femme jeune : liste, âge, chiffres, pronostic

Mélanome, sein, thyroïde... Le nombre de cancers chez la femme jeune aurait augmenté de 5 à 10% au cours des 20 dernières années. Comment l'expliquer ? Quels sont les cancers les plus fréquents chez les moins de 35 ans ? Le pronostic de survie est-il le même selon l'âge ? Eclairage du Pr Eric Solary, médecin-chercheur, hématologue et président du conseil scientifique de la Fondation ARC.

Cancers de la femme jeune : liste, âge, chiffres, pronostic
© dolgachov - 123RF

Presque tous les types de cancers peuvent apparaître à n'importe quel âge. Ils sont très souvent liés au vieillissement des tissus et aux habitudes de vie (tabagisme, consommation d'alcool, exposition aux UV...). Cependant, certains types de cancers sont diagnostiqués chez la femme jeune (moins de 35 ans), comme le mélanome, le cancer du sein ou de la thyroïde. Combien de cancers sont diagnostiqués chaque année chez la femme jeune ? Comment expliquer leur survenue ? Les traitements sont-ils les mêmes ? Quelles sont les chances de survie dans cette tranche d'âge ? Réponses du Pr Eric Solary, médecin-chercheur, hématologue et président du conseil scientifique de la Fondation ARC.

Quels sont les cancers les plus fréquents chez la femme jeune ?

Il existe des cancers qui sont un peu plus fréquents chez la femme jeune. Par exemple :

  • Le mélanome (cancer cutané). "On n'en parle pas beaucoup parce que les gens sont de mieux en mieux alertés sur les mélanomes. De plus, ils sont généralement enlevés assez rapidement à un stade localisé et se soignent très bien grâce à une exérèse (acte chirurgical consistant à retirer complètement une tumeur cancéreuse ou suspectée de l'être). Il n'y a pas forcément de pic d'incidence avant l'âge de 30 ans, mais il fait partie des cancers que l'on peut diagnostiquer chez une personne jeune", indique notre interlocuteur. Il s'agit du cancer le plus fréquent de l'adulte entre 25 et 50 ans
  • Le cancer de la thyroïde (cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les personnes de 15 à 29 ans selon l'Institut national du cancer)
  • Le cancer du sein (il survient avant 35 ans dans 3% des cas et avant 40 ans dans 10 % des cas)
  • Le lymphome de Hodgkin (cancer du système lymphatique) "avec un premier pic de fréquence entre 20 et 30 ans", précise notre expert. 
  • Le lymphome non hodgkinien
  • Un peu moins fréquemment, le cancer du col de l'utérus.

Quelle est l'incidence des cancers chez la femme jeune en France ?

"On estime qu'il y a à peu près 1% de la totalité des cancers qui sont diagnostiqués avant 35 ans. C'est un chiffre à prendre malgré tout avec réserve, car c'est relativement difficile de trouver l'incidence précise. En revanche, il semble qu'il y ait une augmentation de l'incidence des cancers avant l'âge de 35 ans. Plusieurs études ont en effet montré une augmentation des cancers avant 35 ans de l'ordre de 5 à 10% au cours des vingt dernières années", détaille le professeur Solary. 

Causes : comment expliquer la survenue de cancer chez une personne jeune ?

Au vu des chiffres, l'incidence des cancers semble augmenter chez les personnes plus jeunes. "Pourtant, la quasi-totalité des cancers sont liés au vieillissement des tissus. Alors, même si on peine à expliquer la survenue des cancers chez la femme jeune, on pense qu'il y aurait des facteurs favorisants. Bien sûr, il y a une partie des cancers chez les gens jeunes qui ont une origine génétique. La prédisposition génétique joue donc sans doute un rôle dans la survenue des cancers chez la femme jeune. On retrouve par exemple une histoire familiale dans environ la moitié des cas de cancers du sein chez la femme jeune, alors qu'on la retrouve dans environ 30% des cas après l'âge de 35 ans, explique notre interlocuteur. La génétique n'explique cependant pas tout. Il y a manifestement d'autres facteurs de risque. Ces facteurs peuvent être hormonaux : on voit bien qu'il y a plus de cancers chez la femme jeune quand la puberté survient très tôt (avant 11 ans) et chez les femmes qui ont leur premier enfant tard (première grossesse après 30-35 ans) ou qui n'ont pas d'enfants. Et puis, il y a d'autres facteurs de risque probables mais qui sont difficiles à mettre en évidence. On incrimine régulièrement la sédentarité, l'obésité, un régime alimentaire inadapté, l'exposition à des perturbateurs endocriniens, mais à date, rien n'a été scientifiquement prouvé. On les identifiera de mieux en mieux avec le temps."  

Les traitements sont globalement les mêmes chez les personnes jeunes ou plus âgées.

Les traitements sont-ils les mêmes chez une femme jeune ?

Dépister très tôt est la meilleure façon de progresser dans la prise en charge. "Il y a un travail actuellement en cours dans plusieurs pays européens, notamment en France, mené sur 85 000 femmes volontaires dans le but de personnaliser le dépistage en fonction de son risque de cancer. L'objectif de ces recherches est de définir le risque individuel de développer un cancer (risque familial, facteurs de risques...) à partir, notamment, d'un questionnaire sur les antécédents familiaux et personnels, ainsi que d'un test salivaire avec des analyses génétiques. A partir de ce risque, il serait possible d'adapter le dépistage", détaille le spécialiste. En somme, au lieu de procéder à un dépistage systématique, comme c'est proposé en France dans une tranche d'âge bien précise (mammographie, coloscopie...), on va pouvoir adapter le dépistage en fonction des indicateurs de risque et permettre aux femmes avec un risque accru, quel que soit leur âge, de se faire dépister plus précocement.  Une fois que le diagnostic de cancer est posé, les traitements sont globalement les mêmes chez les personnes jeunes ou plus âgées. Les outils sont les mêmes peu importe l'âge, à savoir la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie voire l'immunothérapie. "On peut même dire que le fait que la personne soit jeune ne représente aucun obstacle au recours à l'offre thérapeutique dont on dispose aujourd'hui car elle a en moyenne moins de comorbidités ou de pathologies associées. En revanche, ce que l'on constate, c'est que les femmes jeunes ont plus de risques de présenter des formes un peu plus agressives. Par exemple, les cancers du sein triple négatif sont un peu plus fréquents chez les femmes jeunes (25% des cancers du sein chez les moins de 40 ans, contre environ 15% dans les autres classes d'âge) et donc plus lourds à traiter, donc cela nécessite d'adapter le traitement", indique notre interlocuteur. 

Penser qu'il y a plus de décès chez la femme âgée que chez la femme jeune est une idée reçue.

Quel est le pronostic de survie pour les cancers chez la femme jeune ?

Le calcul du taux de survie dépend de nombreux facteurs dont :
  • les antécédents de santé
  • le type de cancer
  • le stade du cancer
  • certaines caractéristiques du cancer
  • les traitements choisis
  • la façon dont le cancer répond au traitement

"Le taux global de guérison est au même niveau chez la femme jeune que chez la femme âgée (sans antécédents et sans pathologies associées). Penser qu'il y a plus de décès chez la femme âgée (sans comorbidités) que chez la femme jeune est donc une idée reçue. Un âge avancé ne diminue pas les chances de guérison, rétablit le Pr Solary. Cela s'explique aussi par le fait que les cancers qui touchent les femmes jeunes sont des maladies avec des taux de guérison élevés. Ceci étant, ces femmes, même guéries, peuvent avoir des séquelles ainsi que des risques de développer un second cancer". A titre indicatif selon les données de l'Institut national du cancer : 

  • Le taux de survie à 5 ans pour le mélanome cutané chez la femme est d'environ 92% tout âge confondu.
  • Le taux de survie à 5 ans pour le cancer de la thyroïde chez la femme est d'environ 98% tout âge confondu.
  • Le taux de survie à 5 ans pour le cancer du sein chez la femme est d'environ 85% tout âge confondu.
  • Le taux de survie à 5 ans pour le lymphome hodgkinien chez la femme est d'environ 86% tout âge confondu (plus de 90% chez les femmes de moins de 20 ans).
  • Le taux de survie à 5 ans pour le lymphome non hodgkinien chez la femme est d'environ 68%

Merci au Pr Eric Solary, médecin-chercheur-hématologue et président du conseil scientifique de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer. 

Dépistage, évolution et traitements du cancer