Cancer des sinus : symptômes, causes, âge et pronostic

Le cancer des sinus, surnommé le cancer du menuisier, est une tumeur ORL rare. Est-il dû au tabac ? Comment le détecter ? Le point sur les symptômes, les causes, l'âge moyen, les traitements et le pronostic vital avec le Dr Antoine Moya-Plana, chirurgien ORL à Gustave Roussy.

Cancer des sinus : symptômes, causes, âge et pronostic
© Ion Chiosea - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'un cancer des sinus ?                                             

"Le cancer des sinus est une tumeur maligne qui prend son origine dans les sinus", définit le Dr Antoine Moya-Plana, chirurgien ORL à Gustave Roussy. Les sinus sont les cavités aériennes creusées dans les os du crâne et de la face. Il existe différents sinus crâniens qui sont tapissés de muqueuses et communiquent avec les fosses nasales, chacun d'entre eux pouvant être atteint :

  • les sinus frontaux de chaque côté du front au-dessus des orbites,
  • les sinus maxillaires au niveau des joues,
  • les sinus ethmoïdaux, entre les deux orbites,
  • les sinus sphénoïdal à proximité de l'os du même nom.

"Le plus souvent, la tumeur se développe dans le sinus maxillaire, pouvant entraîner des douleurs de type sinusite", informe le chirurgien ORL. Ce sont des cancers qui mettent très longtemps avant d'être symptomatiques. "Les sinus étant des cavités creuses, la tumeur doit être volumineuse pur devenir symptomatique", explique le Dr Moya-Plana.

Fréquence et statistiques

Les cancers des sinus sont relativement rares : ils représentent 3% des tumeurs ORL, selon le Dr Antoine Moya-Plana. "A la différence des autres cancers ORL qui sont constitués essentiellement de carcinomes épidermoïdes, il y a une multitude de types histologiques différents dans les tumeurs des sinus".

Âge

L'âge moyen d'apparition du cancer des sinus est 60 ans, avec de grandes différences selon le type histologique.

Le cancer des sinus n'est pas lié à la consommation de tabac. 

Causes et personnes à risque : le tabac ? Certaines professions ?

Les cancers des sinus sont plus fréquents chez les personnes qui travaillent dans certains milieux professionnels :

  • en présence de tanins (travailleurs du bois et du cuir),
  • en présence de poussière (industrie textile),
  • en présence de nickel,
  • en présence d'amiante
  • en présence d'huile de coupe...

Contrairement aux autres tumeurs ORL, aucun autre facteur de risque n'a été clairement identifié pour les cancers des sinus. "Nous savons que ce cancer n'est pas lié à la consommation de tabac", indique le Dr Antoine Moya-Plana.

Symptômes : comment détecter un cancer des sinus ?

Les signes du cancer des sinus ne sont pas spécifiques à cette maladie et sont d'une grande banalité : nez bouché, qui coule ou qui saigne. "Ce qui doit alerter c'est la persistance de ces symptômes pendant plus de trois semaines et leur caractère unilatéral", informe le Dr Antoine Moya-Plana.

Lorsque la tumeur est très avancée, le cancer des sinus peut se révéler par :

  • une joue qui gonfle,
  • une paupière gonflée,
  • une baisse d'acuité visuelle,
  • une déformation du palais selon la localisation de la tumeur.

Diagnostic

Le diagnostic de cancer des sinus est suspecté à partir des symptômes évoqués par le patient et un examen ORL. "Le diagnostic se fait avec une biopsie réalisée en consultation lorsque la tumeur est facilement accessible avec un fibroscope (qui permet de visualiser l'intérieur des sinus directement avec une mini caméra) ou au bloc opératoire le cas échéant. Les biopsies peuvent être analysées par un réseau national d'anatomopathologistes car il peut être difficile de voir quel est le sous-type histologique de la tumeur des sinus" précise notre interlocuteur. Un bilan d'imagerie est effectué en cas de diagnostic de tumeur cancéreuse : scanner, IRM, PET scan pour voir l'emplacement de la tumeur et si elle est localisée ou métastasique.

Traitement : chirurgie, radiothérapie, chimio...

Le traitement du cancer des sinus est adapté à chaque patient, à la nature de la tumeur, mais aussi aux résultats du bilan d'extension ayant permis de classer la tumeur selon son évolution. "Pour la plupart des tumeurs des sinus, le traitement consiste en une chirurgie suivie de radiothérapie, indique le Dr Antoine Moya-Plana. Les marges d'exérèse de la tumeur ne sont pas les mêmes selon le type histologique de la tumeur. Pour certaines tumeurs s'y ajoute de la chimiothérapie, avant ou après la chirurgie. Les produits de chimiothérapie diffèrent selon le type histologique du cancer des sinus". Les problématiques de chimiothérapie et de radiothérapie ne sont pas les mêmes selon que la tumeur est située dans le sinus maxillaire ou dans le sinus ethmoïde.

"Les cancers des sinus étant des cancers rares, il vaut mieux qu'ils soient pris en charge dans des centres experts qui ont une expertise en termes de chirurgie, de radiothérapie et de chimiothérapie des cancers des sinus, recommande le Dr Antoine Moya-Plana. Avec le Réseau tumeurs rares ORL, le REFCOR, nous essayons de colliger tous les cas de cancers des sinus pour édicter des référentiels thérapeutiques de prise en charge."

Bon à savoir : les personnes dont le cancer des sinus a une origine professionnelle doivent voir avec le médecin du travail pour une reconnaissance professionnelle et éventuellement un aménagement de poste. 

Pronostic vital

Selon les chiffres révélés par notre interlocuteur, 80% des cancers des sinus sont diagnostiqués à un stade avancé (T3, T4). La survie à 5 ans est très variable selon l'extension mais aussi selon le type histologique de la tumeur. Globalement, la survie du cancer des sinus des menuisiers (adénocarcinome) est de 70% à 5 ans, la survie du carcinome épidermoïde des sinus de 50% à 5 ans.

Prévention

Dans les métiers à risque, il convient de se prémunir d'un taux de poussière élevé dans son milieu de travail en mettant en place des systèmes de protection adaptés (masque, système d'aspiration, ventilation des locaux...). "Ces personnes doivent bénéficier d'un suivi régulierEn revanche, pour les autres tumeurs des sinus, aucune étiologie n'étant connue, aucune prévention n'est possible", conclut-il. 

Merci au Dr Antoine Moya-Plana, chirurgien ORL à Gustave Roussy.

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