Métastases au cerveau : signes, traitement, espérance de vie

Un cancer peut s'étendre au cerveau et provoquer une tumeur secondaire. On parle alors de métastases cérébrales. On les détecte chez 30 000 nouveaux patients chaque année en France. Quels sont les symptômes ? Les traitements les plus efficaces ? L'espérance de vie ? Explications du Dr Paul Cottu, médecin oncologue à l'Institut Curie. 

Métastases au cerveau : signes, traitement, espérance de vie
© guniita - 123RF

Lorsqu'un cancer évolue, il peut métastaser. Les cellules cancéreuses se détachent alors de la tumeur primitive et colonisent un ou plusieurs autres organes. Et en fonction de l'organe atteint par les métastases, les symptômes sont différents. Le cerveau est l'un des organes les plus souvent sujets à métastases : les métastases cérébrales représentent la majorité des tumeurs intracrâniennes. L'Institut National du Cancer (INCa) estime en 2018 que 20 à 40% des patients atteints d'un cancer sont susceptibles de développer des métastases cérébrales. En France, les métastases cérébrales représenteraient la 3e maladie neurologique en termes d'incidence avec plus de 30 000 nouveaux patients diagnostiqués par an. Quels symptômes en cas de métastases au cerveau ? Quel est le diagnostic ? Quels traitements sont envisagés ? Quelles sont les chances de survie ? Explications du Dr Paul Cottu, médecin oncologue à l'Institut Curie. 

Définition : c'est quoi une métastase cérébrale ?

Les métastases cérébrales sont plus fréquentes que les cancers du cerveau.

"Une métastase cérébrale est une métastase qui s'est développée au niveau de l'encéphale, qu'on appelle plus communément le cerveau, définit en préambule le Dr Cottu. Les cancers qui donnent le plus fréquemment des métastases cérébrales sont les cancers du poumon (près de 50% des métastases cérébrales proviennent d'un cancer du poumon), les mélanomes, les cancers du rein ou les cancers du sein". A noter qu'un cancer, peu importe où il est situé, est toujours défini par son tissu d'origine, autrement dit, son point de départ. Ainsi, un cancer du poumon qui a envoyé des métastases au cerveau ne sera pas appelé "un cancer du cerveau", mais "un cancer du poumon métastatique". Les métastases cérébrales sont bien plus fréquentes que le cancer du cerveau primitif et généralement mieux limitées. Selon les données de l'Institut national du cancer, environ 5 000 nouveaux cas de cancer du cerveau primitif sont diagnostiqués chaque année en France contre 30 000 nouveaux cas de métastases cérébrales. L'âge de diagnostic des métastases cérébrales se situe entre 50 et 60 ans.

Quelles sont les localisations des métastases cérébrales ?

Anatomie du cerveau
Anatomie du cerveau © Peter Lamb - 123RF

"Toutes les régions de l'encéphale, sans exceptions, peuvent être atteintes par des tumeurs secondaires" explique l'oncologue. Plus précisément :

  • Le cerveau (partie la plus volumineuse de l'encéphale) : environ 80% des métastases cérébrales 
  • Le cervelet (centre nerveux qui est situé sous le cerveau, à l'arrière du crâne dans la région occipitale) : environ 15% des métastases cérébrales
  • Le tronc cérébral (élément du système nerveux qui se situe entre le cerveau et le début de la moelle épinière, à l'intérieur du crâne) : environ 5% des métastases cérébrales
  • Les méninges (membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière : dans ce cas, on parlera davantage de métastases méningées)

Quelles sont les causes des métastases cérébrales ?

Le corps est composé de cellules "normales" qui peuvent se multiplier de façon incontrôlée et se transformer en cellules cancéreuses. Ces cellules s'infiltrent dans les tissus sains et les dégradent. Parmi ces cellules, certaines sont capables de se détacher de l'endroit où elles se sont formées pour donner naissance à des foyers secondaires dans d'autres parties du corps. Ce sont des métastases. Dans la plupart des cas, ces métastases atteignent le cerveau par les vaisseaux sanguins. Sans qu'on ne sache précisément pourquoi, le cerveau est l'un des organes les plus souvent sujets à métastases. Le risque qu'un cancer évolue en cancer métastatique dépend de plusieurs éléments : le type de cancer, la taille et l'emplacement du cancer primitif, la rapidité avec laquelle le cancer primitif se développe, la probabilité qu'il se propage, depuis combien de temps la tumeur primitive est présente dans le corps...

Schéma de transformation d'une cellule saine en cellules cancéreuses
Transformation d'une cellule saine en cellules cancéreuses © designua - 123RF

Quels sont les symptômes des métastases cérébrales ?

À mesure qu'elles grossissent, les métastases cérébrales exercent une pression sur le tissu cérébral sain. Elles peuvent être symptomatiques ou asymptomatiques. Lorsqu'elles sont symptomatiques, "les métastases au niveau du cerveau entraînent des symptômes neurologiques extrêmement variés qui dépendent de la région du cerveau qui est atteint", indique notre interlocuteur. Cela peut être :

  • Des maux de tête d'une intensité inhabituelle, survenant pendant la nuit ou le matin
  • Des nausées et des vomissements
  • Des crises d'épilepsie ou des troubles de la conscience
  • Des troubles de la vue (vision floue, dédoublée...), de la mémoire, de la parole, de l'équilibre, de la coordination, de la déglutition...
  • Une confusion
  • Une faiblesse de certaines parties du corps (visage, bras, jambes...)
  • Une hémiplégie (paralysie d'un seul côté du corps)

Quel est le diagnostic ?

Pour établir le diagnostic de métastases cérébrales, on a recours à des techniques d'imagerie médicale permettant de bien visualiser les structures cérébrales. Dans la grande majorité des cas, on réalise : 

Une imagerie par résonance magnétique ou l'IRM du cerveau : c'est l'examen le plus fréquent pour diagnostiquer des métastases cérébrales. Cette technique utilisant des produits de contraste est utile pour rechercher des anomalies, qui sont moins visibles avec d'autres techniques d'imagerie médicale, et de mieux caractériser la tumeur ou les métastases.

Un scanner du cerveau : c'est un examen proche de l'IRM qui permet grâce aux rayons X d'obtenir des vues du cerveau en coupe, de délimiter avec précision la localisation, la taille et l'extension ou les contours des métastases ainsi que ses répercussions sur le cerveau. 

La biopsie consiste à prélever du tissu pour l'analyser ensuite au microscope. Seule une biopsie permet d'établir de manière sure le diagnostic de métastases cérébrales.

Quels sont les traitements en cas de métastases cérébrales ?

Selon la taille, l'emplacement et le nombre de tumeurs, les métastases cérébrales peuvent être traitées avec des traitements très efficaces permettant d'améliorer le pronostic de nombreux patients. Le traitement dépend du type, de la localisation, de la taille, du comportement et de l'origine des métastases (des métastases issues d'un cancer du poumon nécessitent un traitement différent de celles provenant d'un cancer du sein), de la présence de métastases dans d'autres zones du corps, du pronostic attendu, des symptômes engendrés par les métastases, de l'état de santé général du patient, de son âge et de ses souhaits thérapeutiques. 

Les options thérapeutiques les plus courantes pour traiter les métastases sont :

La chirurgie (exérèse chirurgicale) qui consiste au retrait des métastases cérébrales. L'ablation des métastases va dépendre de leur nombre, de leur taille et des symptômes. On a recours à la chirurgie lorsqu'il n'y a qu'une seule métastase cérébrale et que la tumeur primaire ne grossit plus ou ne se propage plus, ou s'il y a quelques métastases cérébrales éloignées les unes des autres.

La radiothérapie : soit on opte pour des irradiations ciblées à des régions très spécifiques du cerveau (radiochirurgie stéréotaxique), soit pour une irradiation cérébrale/encéphalique totale si les métastases sont nombreuses. La radiothérapie peut être utilisée seule ou en association avec d'autres traitements comme la chirurgie.

Les traitements médicamenteux comme la chimiothérapie ou l'administration d'inhibiteurs de la kinase (traitements capables de stopper l'action des protéines jouant un rôle dans la régulation de la croissance cellulaire) ou d'inhibiteurs de l'angiogenèse (traitements capables de bloquer la formation de nouveaux vaisseaux). 

L'immunothérapie qui peut être administrée seule, mais très souvent associée à une chimiothérapie ou à une radiothérapie. 

Les thérapies de soutien (ou traitements de confort) qui vont accompagner la prise en charge du patient et aider à maintenir sa qualité de vie. Ils permettent de limiter les effets secondaires des traitements du cancer et de soulager les symptômes de la maladie, mais ils n'agissent pas sur le cancer en lui-même. Les corticostéroïdes par exemple (dexaméthasone le plus souvent) agissent sur l'œdème cérébral et sont indiqués pour soulager les maux de tête et certains troubles neurologiques. 

Pronostic : quelle espérance de vie en cas de métastases cérébrales ?

"Le pronostic dépend de nombreux paramètres, comme le type de tumeur, son origine, sa taille, le nombre de métastases, leur localisation exacte, les traitements administrés, l'âge du patient...", prévient notre interlocuteur. La Société canadienne du cancer donne une survie médiane 7 à 24 semaines en cas de métastases au cerveau ou de métastases à la moelle épinière. Des métastases cérébrales non traitées peuvent entraîner un décès brutal - d'un à deux mois -  après s'être propagées au cerveau. Il est donc très difficile de donner les chances de survie de manière globale. A titre indicatif, l'apparition de métastases cérébrales suite à un cancer du sein présente une survie médiane de 4 à 6 mois et une survie de 20% à 1 an, selon une étude suisse de 2006. Néanmoins, les progrès en matière de recherche et le développement de nouvelles thérapies augmentent considérablement le taux de survie.

Merci au Dr Paul Cottu, médecin oncologue à l'Institut Curie.