Métastase : définition, symptômes, pronostic d'un cancer métastatique

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"Métastase : définition, symptômes, pronostic d'un cancer métastatique"

Les cellules d'un cancer peuvent migrer et s'installer dans une autre partie du corps (foie, cerveau, poumon, os...) : c'est ce qu'on appelle des métastases. Quels symptômes en cas de cancer métastatique ? Quels sont les traitements les plus efficaces ? Le taux de survie ? Explications avec le Dr Paul Cottu, oncologue à l'Institut Curie.

Lorsqu'un cancer évolue, les cellules cancéreuses peuvent se détacher de la première tumeur (cancer primitif), migrer et s'installer dans un ou plusieurs autres organes. Le plus souvent, les métastases se développent dans les poumons, le cerveau, les os ou le foie. En fonction de l'organe atteint par les métastases, les symptômes sont différents. Osseuses, cérébrales, pulmonaires, hépatiques... Quels sont les différents types de métastases ? Quels signes quand un cancer est métastatique ? Quel est le diagnostic pour détecter des métastases ? Et quels traitements pour limiter leur développement ? Le pronostic est-il très engagé ? Réponses. 

Définition : qu'est-ce qu'une métastase ?

Schéma du développement des métastases
Schéma de la migration d'une métastase dans un vaisseau sanguin © Designua - 123RF

"Les métastases correspondent à des cellules cancéreuses qui se trouvent en dehors de leur organe d'origine" définit en préambule le Dr Paul Cottu, médecin oncologue à l'Institut Curie. Plus précisément, une cellule cancéreuse peut grandir, se diviser et se répandre dans les tissus ou les structures qui l'entourent, mais aussi se propager à une autre partie du corps en circulant dans le système lymphatique ou la circulation sanguine. Une tumeur qui s'est propagée à une autre partie du corps (poumon, foie, cerveau, os par exemple) est appelée une métastase. On peut également parler d'un cancer métastatique, d'une maladie métastatique ou encore d'une tumeur métastatique. Toutefois, peu importe où il est situé, le cancer est toujours défini par son tissu d'origine, autrement dit, son point de départ. Ainsi, un cancer du sein qui a envoyé des métastases au cerveau ne sera pas un cancer du cerveau, mais un cancer du sein métastatique. 

Quelles sont les causes de propagation des métastases ?

Le risque qu'un cancer évolue en cancer métastatique dépend de plusieurs éléments, notamment : 

  • le type de cancer
  • la taille et l'emplacement du cancer primitif
  • la rapidité avec laquelle le cancer primitif se développe
  • la probabilité qu'il se propage
  • depuis combien de temps la tumeur primitive est présente dans le corps

A savoir : les métastases peuvent se développer très rapidement ou plusieurs années après le diagnostic initial, tandis que certains cancers ne métastaseront jamais. 

Schéma des stades d'un cancer du sein : de la tumeur non-invasive aux métastases
Stades d'un cancer du sein : de la tumeur non-invasive aux métastases © Tatiana Pavliuchenko - 123RF

Quels sont les types de métastases ?

Un cancer est métastatique quand ses cellules se sont propagées à un ou plusieurs autres endroits du corps. "Quasiment tous les cancers peuvent métastaser. Il y a quelques exceptions comme les carcinomes basocellulaires (cancers cutanés) qui eux ne donnent jamais de métastases" prévient notre interlocuteur. La majorité des cancers ont tendance à se propager plus souvent à un emplacement plutôt qu'à un autre. Par exemple, le cancer du poumon se propage le plus souvent aux ganglions, aux os, au foie, aux glandes surrénales ou au cerveau. Le cancer du sein se propage le plus souvent aux os. Le cancer colorectal, lui se propage davantage au foie. 

Quels sont les symptômes d'une métastase ?

Un symptôme doit alerter s'il :

  • est apparu récemment
  • ne disparaît pas spontanément, voire augmente en intensité
  • est fixe dans sa localisation

Les symptômes des métastases dépendent de l'organe atteint. "Les os, le foie, le poumon et le cerveau sont les organes les plus souvent sujets à métastases", précise l'oncologue. 

  • Des métastases pulmonaires peuvent entraîner des douleurs, de la fièvre, de l'essoufflement, des crachats de sang. 
  • Des métastases au foie sont souvent longtemps silencieuses, mais elles peuvent, pour les formes tardives, entraîner des douleurs, de la fièvre, une jaunisse. 
  • Des métastases au niveau des os entraînent des douleurs osseuses ou de la colonne vertébrale (intermittentes ou continues), des fractures, un tassement des vertèbres, une anomalie dans le sang que l'on appelle l'hypercalcémie (augmentation du taux de calcium dans le sang). 
  • Des métastases au cerveau entraînent "des symptômes neurologiques extrêmement variés qui dépendent de la région du cerveau qui est atteint", indique le spécialiste. Cela peut être une hémiplégie (paralysie d'un seul côté du corps), une crise d'épilepsie, des troubles de la mémoire, une confusion, une faiblesse de certaines parties du corps... 

Quel est le diagnostic pour détecter des métastases ?

Le diagnostic d'un cancer, qu'il soit métastatique ou non, nécessite la réalisation de plusieurs examens cliniques, biologiques et d'imagerie :

L'examen clinique : le médecin examine le patient (mesure du pouls, de la tension, de la fréquence cardiaque, palpation des seins, examen gynécologique, de la bouche en fonction de la région potentiellement atteinte) et procède à un interrogatoire (antécédents médicaux, antécédents familiaux, présence de symptômes, si le patient fume...)

Les examens biologiques qui comportent un bilan sanguin et/ou un bilan urinaire : ils permettent de déterminer l'état de santé global du patient et de doser les marqueurs tumoraux potentiellement présents.

Les examens d'imagerie qui "dépendent de l'organe atteint. En général, pour une maladie métastatique, on utilise en permanence l'un ou plusieurs des examens suivants : le scanner, l'IRM et le PET-scan" liste notre interlocuteur. 

  • Le scanner utilise des rayons X et génère des images beaucoup plus précises que celles obtenues lors d'une radiographie classique. Il permet notamment de rechercher des anomalies, de mieux localiser la tumeur dans un organe, de mieux voir les caractéristiques de la tumeur, ou de surveiller l'évolution d'une anomalie. 
  • L'IRM (imagerie par résonance magnétique) est un outil d'exploration qui permet de réaliser une succession de photographies de l'intérieur du corps. Elle est utile pour rechercher des anomalies, qui sont moins visibles avec d'autres techniques d'imagerie médicale, et de mieux caractériser la tumeur ou les métastases. Certaines parties du corps sont moins visibles par IRM, c'est le cas des poumons par exemple. Si des métastases pulmonaires sont suspectées, d'autres examens d'imagerie sont à privilégier. 
  • Le PET-scan permet également de visualiser le fonctionnement des organes. Il permet de déceler les tumeurs malignes et leurs métastases pour surveiller leur évolution. Certaines tumeurs ne peuvent pas être observées par cette méthode.

La biopsie permet de confirmer le diagnostic et de préciser la nature de la lésion cancéreuse. Elle repose sur le prélèvement par ponction ou par endoscopie d'un échantillon de tissu suspect. Cet échantillon est ensuite examiné au microscope. 

Classification T.N.M :

  • T : taille de la tumeur (T1, T2, T3 ou T4 selon la sévérité)
  • N : nombre de ganglions lymphatiques voisins (N0 : pas de ganglions atteints, N3 : nombreux ganglions atteints)
  • M : présence (M1) ou absence (M0) de métastases. 

Le bilan d'extension permet de préciser l'état d'avancement du cancer et de déterminer si la tumeur s'est propagée à d'autres organes (métastases). Ce bilan est réalisé à partir des résultats des examens cliniques, biologiques et radiologiques. Il permet d'évaluer le stade du cancer, selon la classification T.N.M et d'envisager la prise en charge thérapeutique la plus adaptée. 

Quels sont les traitements des métastases ?

"Le traitement d'une maladie métastatique est adapté en permanence à la situation du moment d'un patient. Schématiquement, il repose sur trois outils thérapeutiques", indique notre interlocuteur : 

Le traitement médical du cancer, autrement dit : la chimiothérapie, l'hormonothérapie, l'immunothérapie ou la thérapie ciblée qui peut être utilisée pour limiter la croissance des métastases .

Le traitement local des métastases : l'équipe médicale va définir s'il y a une indication de chirurgie, de radiothérapie, d'embolisation ou de radiofréquence en fonction de plusieurs paramètres (le nombre et la localisation des métastases, le degré d'atteinte de l'organe, le risque pour la fonction de l'organe, les traitements déjà administrés pour le cancer d'origine, les symptômes engendrés pour le patient, l'espérance de vie, l'âge du patient, son état de santé global...). Ces traitements permettent de maîtriser et ralentir le développement des métastases, mais ces dernières ne disparaissent généralement pas complètement.

Les soins de support (ou traitements de confort) qui vont accompagner la prise en charge du patient et aider à maintenir sa qualité de vie. Ils permettent de limiter les effets secondaires des traitements du cancer et de soulager les symptômes de la maladie, mais ils n'agissent pas sur le cancer en lui-même. 

Quel pronostic pour un cancer métastatique ?

"Le pronostic est variable en fonction de l'organe atteint et des caractéristiques des métastases (taille, nombre des lésions...)" indique le médecin oncologue. Si l'atteinte est importante, le pronostic vital peut être engagé. Selon les chiffres de l'Institut national du Cancer issus du rapport "Survie attendue des patients atteints de cancers en France" : 

  • Le taux de survie à 5 ans d'un cancer du sein métastatique (métastases à distance) est d'environ 20%
  • Le taux de survie à 5 ans d'un cancer du poumon métastatique (métastases à distance) est d'environ 10 à 15%
  • Le taux de survie à 5 ans d'un cancer colorectal métastatique (métastases à distance) est d'environ 30%
  • Le taux de survie à 5 ans d'un mélanome métastatique (métastases à distance) est d'environ 15%.
  • Le taux de survie à 5 ans d'un cancer de la thyroïde métastatique (métastases à distance) est d'environ 60%

Ces chiffres sont donnés à titre indicatif et sont à prendre avec précaution : aujourd'hui, de nombreux progrès en termes de traitements augmentent l'espérance de vie. 

Merci au Dr Paul Cottu, médecin oncologue à l'Institut Curie.