Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie de Covid-19 en France

En France, l'épidémie de coronavirus poursuit sa lente décrue, même si le Covid n'a pas encore complètement disparu. Quand le pic a-t-il été atteint en France ? Pourrait-il y avoir une deuxième vague de contamination ? Evolution de l'épidémie depuis ses débuts et bilan des courbes.

Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie de Covid-19 en France
© snezhana12 - 123RF

[Mis à jour le jeudi 2 juillet à 18h15 ] Bien qu'il soit beaucoup moins virulent que ces précédents mois, le coronavirus reste encore présent en France. Selon le bulletin de Santé publique France du 25 juin, l'épidémie poursuit sa lente décrue en France et les indicateurs épidémiologiques sont en baisse depuis 12 semaines consécutives. Si le nombre de personnes en réanimation et le nombre de nouveaux décès sont en nette baisse depuis mi avril, il faut toutefois maintenir les efforts et respecter encore et toujours les mesures mises en place pour enrayer la propagation de l'épidémie (gestes barrières, distanciation physique, limitation des sorties...) et éviter une deuxième vague de contaminations. Le pic a-t-il été atteint en France ? A quelle date ? Quand sortirons-nous (vraiment) de l'épidémie de coronavirus ? Un effet rebond est-il inévitable ? Eléments de réponse. 

Définitions : qu'est-ce qu'un pic, un plateau et une décrue ?

  • Un pic correspond au moment qui précède l'infléchissement de la courbe des contaminations.
  • Un plateau désigne la stabilisation du nombre de nouveaux cas, d'hospitalisations ou de décès enregistrés chaque jour dans un pays.
  • Une décrue signifie la baisse des nouvelles contaminations et des nouveaux décès enregistrés chaque jour dans un pays. 

Pic de l'épidémie de coronavirus : quand a-t-il été atteint en France ?

Depuis le début de l'épidémie, plusieurs scientifiques tentent de prédire l'évolution de la propagation du coronavirus, en tenant compte des facteurs sociaux ainsi que des mesures d'hygiène et de confinement mises en place par les autorités sanitaires. Ils se basent également sur le nombre de personnes qu'un malade peut infecter, soit la vitesse de transmission de la maladie et sur le nombre de nouveaux malades en réanimation. Compte tenu de ces différents paramètres, on peut dire que la France, l'épidémie a connu plusieurs phases :

La France aurait connu son pic entre le 6 et le 10 avril.

  • Depuis les premiers cas officiels enregistrés le 24 janvier, le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès ont augmenté de façon croissante (voir le tableau ci-dessous) jusqu'en avril. La France était en phase ascendante.
  • A partir du 3 avril, l'impact de l'épidémie est majeur et "la France se situe dans une phase de haut plateau", indique Jérôme Salomon, directeur général de la santé. La phase de plateau (en gras dans le tableau ci-dessous) désigne la  stagnation des nouveaux cas (contaminations ou décès).
  • Selon les scientifiques, il est très difficile de déterminer le pic d'une épidémie : "on estimera probablement de source sûre la date du pic une fois qu'il sera passé", indique Samuel Alizon, directeur de recherche CNRS au laboratoire Maladies Infectieuses et Vecteurs de l'Université de Montpellier, cité par France Culture le 30 mars Toutefois, au vu de l'évolution du nombre de personnes admises en réanimation et du nombre de nouveaux décès en 24 heures, la France aurait connu son pic entre le 6 et le 10 avril.
  • Depuis le 16 avril, le nombre de nouveaux décès attribués au Covid-19 et le solde des admissions en réanimation baissent chaque jour, ce qui laisse à penser que l'épidémie est actuellement en phase descendante et que la France est en "décrue épidémique".
Date 24 janvier - 3 avril  3 - 14 avril 15 avril - aujourd'hui
Phases Phase ascendante Plateau de l'épidémie avec un pic entre le 6 et le 10 avril Décrue de l'épidémie

Nombre de décès attribués au Covid-19 cumulés chaque jour depuis le 1 mars 2020 (chiffres Géodes-Santé publique France) --> En rouge = la période pendant laquelle l'évolution de la courbe était la plus forte.

pic épidémie de covid nombre de morts
ombre cumulé de personnes décédées pour Covid-19 depuis le 1er mars 2020 © Géodès - Santé publique France

Pic, plateau ou décrue : où en est l'épidémie en France ?

La première vague de l'épidémie de Covid-19 serait "derrière nous""

Depuis un communiqué publié le samedi 18 avril, la direction générale de la santé (DGS) n'emploie plus le terme de "pic épidémique" mais de "lente décrue" pour qualifier l'évolution des courbes des contaminations et des décès liés au Covid-19. Certains indicateurs sanitaires sont désormais plutôt encourageants : le nombre de nouvelles hospitalisations et le nombre de nouvelles personnes admises en réanimation sont en nette baisse par rapport au jour précédent, une tendance "qui s'observe depuis 10 jours", précise-t-elle. "Tous ensemble, nous freinons la diffusion virale. Ne relâchons pas nos efforts au moment où le confinement porte ses fruits", peut-on lire sur le communiqué. Dans son dernier bulletin national du 25 juin, Santé publique France indique que les indicateurs sont en baisse dans toutes les régions de France (sauf Mayotte et Guyane) depuis 12 semaines d'affilée et qu'il n'y a pour le moment pas de signaux en faveur d'une reprise de l'épidémie.

Dans un article du Parisien du 6 mai 2020, l'épidémiologiste Antoine Flahault, Professeur de santé publique et directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève en Suisse estime que la première vague de l'épidémie de Covid-19 serait "derrière nous" et que le début de la décrue de cette épidémie est "sans appel", En effet, "un tournant est franchi. Avoir dix jours de baisse consécutive en réanimation, c'est très significatif. Bien sûr, on peut encore avoir des phénomènes d'oscillations, avec des remontées ponctuelles, mais je crois qu'un cap a été passé", confie quant à lui le Pr François Bricaire, ancien chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, toujours à nos confrères du Parisien. 

Pour que  les indicateurs soient réellement rassurants et que l'épidémie soit qualifiée "en décrue", il faut que :

  • Le solde des admissions en réanimation (à savoir le nombre d'entrants par rapport au nombre d'entrants) soit négatif pendant plusieurs jours consécutifs.
  • Le nombre de nouveaux décès en 24 heures soit en baisse par rapport au jour précédent pendant plusieurs jours d'affilée.
  • L'évolution des courbes ne connaissent pas de nouvelle hausse.

Bonne nouvelle : la France semble respecter ces trois critères depuis le milieu du mois d'avril. "Depuis 12 semaines, les indicateurs épidémiologiques de circulation du coronavirus sont en baisse en France", selon le bulletin hebdomadaire du 25 juin de Santé publique France. Au 25 juin, le R0, taux de reproduction du virus, est inférieur à 1 dans la majorité des régions sauf en Guyane où il est toujours élevé (2,50), en Normandie (1,72) à cause de la survenue de plusieurs clusters dans cette région, et en Centre Val de Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand-Est où les estimations sont légèrement supérieures à 1. Une valeur inférieure à 1 est en faveur d'une tendance à la baisse du nombre de cas de Covid-19) : cela signifie qu'une personne infectée en contamine moins d'une autre et par conséquent, que l'épidémie est en baisse en France.

L'épidémie de Covid-19 suit-elle une courbe en cloche, caractéristique des maladies virales ?

La forme en cloche (aussi appelée courbe de Gauss en mathématiques) est typique des courbes d'évolution d'une épidémie dite "par propagation", comme c'est le cas de la plupart des maladies à transmission interhumaine (maladies virales). Si on analyse la courbe épidémique d'une maladie virale (voir la courbe ci-dessous de l'épidémie de Chikungunya en 2005), on remarque toujours une phase ascendante au début de l'épidémie, puis une forme de cloche qui correspond au pic épidémique, une stagnation du nombre de nouveaux cas et enfin, une phase descendante, où le nombre de cas diminue progressivement. Pour certains scientifiques, cette forme typique "en cloche" représente un indicateur qui annoncerait que le pic de l'épidémie a été atteint et que la maladie est dans une phase très décroissante. Pour d'autres médecins et chercheurs qui craignent l'apparition d'une nouvelle vague et qui appellent à la prudence, ce modèle de courbe en cloche ne serait pas tout à fait applicable à la pandémie de Covid-19. En effet, le terme de "pic" sous-entend une décroissance rapide. Or, la courbe épidémique du coronavirus paraît plus étalée, le pic de l'épidémie de coronavirus n'est pas clairement identifiable et la phase descendante semble lente. Et en l'absence de vaccin et de traitement, il est difficile de prédire quand aura lieu la fin de l'épidémie ou au contraire, s'il y aura une deuxième vague. Pour le moment, seul le fait de développer une immunité de groupe permettrait de faire complètement disparaître l'épidémie. 

courbe épidémique maladie virale
Courbe "en cloche" typique d'une épidémie de maladie virale. © Rapport "MODÉLISATION DES ÉPIDÉMIES DE MALADIES ÉMERGENTES", Pierre-Yves Boelle, Ingénieur civil des Mines de Paris, INSERM

Vers une deuxième vague en France ?

"Si on ne respecte par les gestes barrières, on risquera la rechute"

C'est la question que se posent la plupart d'entre nous et de nombreux scientifiques. Malheureusement, c'est impossible à prédire. La phase descendante de l'épidémie peut être longue et l'apparition d'une nouvelle vague reste toujours possible. D'où l'importance de respecter scrupuleusement les mesures de distanciation physique et les gestes barrières. "Les modélisations nous montrent qu'une fois que vous avez atteint le plateau et que vous relâchez la pression, vous avez un rebond de l'épidémie car vous libérez dans la nature des personnes jusqu'ici protégées, et qui vont se retrouver en contact avec le virus", alerte Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des modélisations, le 27 avril à l'AFP. En Allemagne par exemple, qui a débuté son déconfinement le 20 avril, une hausse des contaminations et des décès a été observée pendant le weekend des 9 et 10 mai et des nouveaux clusters (regroupements de cas dans une même zone) ont été recensés, notamment dans un abattoir de l'ouest du pays où environ 200 personnes ont été contaminées. Le mardi 28 avril, soit 8 jours après le déconfinement, le taux de reproduction du virus, le R0, était supérieur à 1 en Allemagne. Un Land a d'ailleurs dû reconfiner sa population. Par ailleurs, à Wuhan (berceau de l'épidémie) et en Corée du Sud (Séoul particulièrement), où l'épidémie avait pourtant été jugulée, on observe depuis quelques jours une résurgence du Covid-19.

"Le comportement de nos concitoyens est la clé de la réussite, de la victoire un jour contre cette pandémie. Il me semble observer un petit relâchement (en France, ndlr) et ce n'est pas bon parce que si ça se prolonge en phase de sortie de confinement, et si on ne respecte par les gestes barrières (...), on risquera la rechute", craint Jean Castex, coordonnateur national à la stratégie de déconfinement, lors d'une audition au Sénat le 6 mai. Pour anticiper une éventuelle deuxième vague et pour s'y préparer au mieux, Jean Castex a proposé la préparation d'un plan de reconfinement. "Nous l'envisageons. Nous devons tout envisager, mais nous préférons ne pas en arriver là. Le moment du déclenchement de cette mesure dépendrait de beaucoup de facteurs, mais tout ce que nous allons faire a pour objet d'éviter cette extrémité", a confirmé le Premier ministre Edouard Philippe lors de la conférence de presse du 7 mai concernant la présentation du plan de déconfinement de la France. 

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