Fibromyalgie : symptômes, cause, comment calmer une crise ?

"Fibromyalgie : symptômes, cause, comment calmer une crise ?"

La fibromyalgie est une maladie sous-diagnostiquée qui entraîne des douleurs, des troubles du sommeil et une fatigue intense. Quels sont les (premiers) symptômes ? Quelles causes ? Quel traitement pour calmer une crise ? Le point avec le Dr Virginie Piano, médecin généraliste, spécialiste de la douleur.

La fibromyalgie correspond à une forme de douleur chronique et diffuse qui a un fort retentissement psychologique et fonctionnel. Elle est définie cliniquement comme "un syndrome constitué de symptômes chroniques d'intensité modérée à sévère incluant des douleurs chroniques diffuses sans cause apparente et une sensibilité à la pression, associées à de la fatigue, des troubles cognitifs et du sommeil et de nombreuses plaintes somatiques". Elle a été reconnue comme entité médicale par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1992 et classée en tant que douleur chronique généralisée dans la dernière classification internationale des maladies (CIM). L'incidence reste incertaine, mais l'Inserm estime qu'entre 1.5 et 2% de la population serait concernée, selon les critères utilisés et l'origine géographique des données, soit près d'1,5 millions de personnes en France. Cette prévalence augmenterait avec l'âge pour être maximale entre 40 et 50 ans. Elle pourrait aussi être plus élevée chez les femmes, même si toutes les études ne sont pas concluantes sur ce point. Quels sont les premiers symptômes de la fibromyalgie ? Quelles sont les causes ? La durée d'une crise ? Les tests pour la diagnostiquer ? Les traitements pour calmer une crise ? Eclairage de notre spécialiste. 

Définition : qu'est-ce que la fibromyalgie ?

La fibromyalgie ou  syndrome fibromyalgique est définie par la Haute Autorité de Santé (HAS) par une douleur étendue diffuse qui va de la tête aux pieds associée à un manque de sommeil et une asthénie intense. "Avant 2006, la fibromyalgie était classée parmi les troubles somatiques… La pathologie a longtemps été qualifiée de 'maladie imaginaire', voire de 'maladie de bonne femme' ", explique le Dr Virginie Piano, médecin généraliste spécialiste de la douleur, qui a participé à la rédaction des recommandations sur l'utilisation des opioïdes dans la fibromyalgie. Aujourd'hui, de nombreuses études retrouvent des modifications physiopathologiques chez les patients souffrant de fibromyalgie, "mais son image reste teintée de négativité : on la soupçonne encore d'être purement psychologique".

Quels sont les symptômes de la fibromyalgie ?

"Contrairement à ce que l'on a souvent dit, la maladie n'est pas seulement une maladie de la douleur qui consiste à avoir mal partout", insiste le Dr Piano. La maladie génère lors des poussées ou crises :

  • Une forte invalidité liée aux raideurs et gonflement des articulations, qui entraînent une difficulté à se mouvoir.
  • Une asthénie chronique (affaiblissement de l'organisme, fatigue physique) : 3 patients sur 4 seraient concernés.
  • Des douleurs diffuses, dont la localisation peut changer.
  • Des symptômes neurologiques : douleurs chroniques diffuses spontanées, principalement au niveau des muscles, des tendons ou des articulations, des fourmillements, picotements ou une hypersensibilité à des stimulations sensorielles sont parfois associés.
  • Des troubles du sommeil (hypersomnie ou hyposomnie),
  • Des troubles de l'attention et de la mémoire,
  • Des troubles sensitifs (hypersensibilité aux bruits, aux odeurs, à la lumière).
  • Des troubles anxieux ou dépressifs

"La perception de la douleur est altérée : on voit à l'IRM qu'il suffit de toucher le patient qui présente une fibromyalgie pour que la zone cérébrale associée à la douleur s'active."

Symptômes de la fibromyalgie
Symptômes de la fibromyalgie © normaals - 123RF

Quels sont les symptômes d'une crise de fibromyalgie ?

Les symptômes peuvent se déclarer de manière continuelle, mais aussi sous forme de crises de fibromyalgie. Il s'agit de crises intenses qui s'étalent sur deux à trois jours, "semblables à une grippe, avec une montée de température, des douleurs musculaires diffuses, une asthénie intense et des troubles du sommeil". Les facteurs déclenchants de ces crises ne sont pas connus.  

Quelles sont les causes de la fibromyalgie ?

Parmi les causes identifiées de la fibromyalgie, on trouve :

  • Une anomalie musculaire caractérisée par une surproduction de cytokines (peptides produites en réponse à différents stimulus) inflammatoires.
  • Une anomalie du système hormonal et endocrinien, ou encore du système immunitaire.
  • Une infection virale peut être à l'origine de la maladie. Par exemple, "après une grippe, ou une mononucléose, on peut souffrir de fibromyalgie", précise le Dr Virginie Piano.
  • Par ailleurs, des études ont démontré un lien entre une altération de la flore intestinale et l'émergence de la fibromyalgie. Un déséquilibre du microbiote pourrait ainsi être à l'origine de la maladie.
  • Des causes psychologiques sont également identifiées. "On observe des cas de fibromyalgie consécutifs à un stress ou un accident".

Comment est posé le diagnostic d'une fibromyalgie ?

"A ce jour, il n'existe pas de lésion organique ou de biomarqueur biologique qui permette d'objectiver un diagnostic de fibromyalgie. Les critères utilisés sont donc fondés sur les symptômes", explique l'Inserm. Le diagnostic de la fibromyalgie prend en compte un score de douleurs diffuses (qui se base sur l'intensité et la localisation des douleurs) ainsi qu'un score de sévérité des symptômes associés (listés ci-dessus). L'auto-questionnaire First permet au patient d'évaluer rapidement s'il est possiblement atteint par la maladie, mais ne permet pas de poser un diagnostic.

Quels sont les traitements pour calmer une crise de fibromyalgie ?

Les antalgiques de palier 2 (codéine, tramadol) sont aussi utilisés, mais il faut les limiter

Les douleurs mécaniques (articulaires et inflammatoires) liées à la fibromyalgie peuvent être traitées avec des médicaments antalgiques tels que du paracétamol et des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Les antalgiques de palier 2 (codéine, tramadol) sont aussi utilisés, "mais il faut les limiter", précise le Dr Piano. En revanche, les morphiniques ne sont pas recommandés, et même contre-indiqués au long cours. "Ils augmentent l'hyperalgésie et aggravent la maladie".

Quels sont les traitements naturels contre la fibromyalgie ?

Parmi les traitements non médicamenteux, les patients peuvent avoir recours à la balnéothérapie et aux cures thermales. "De récents travaux ont établi un lien entre le climat et l'efficacité de ces thérapies : elles devraient être prodiguées dans une région caractérisée par un climat chaud et sec". La neurostimulation transcutanée sur les zones douloureuses fait aussi partie de l'arsenal thérapeutique. Cette méthode peut être pratiquée à domicile à l'aide d'une machine que le patient loue, et qu'il peut ensuite acheter. La kinésithérapie peut aussi être d'un recours précieux. Parmi les méthodes efficaces : kinésithérapie en piscine, massages, réentraînement à l'effort… "Il faut des séances courtes, non algogènes".

Il est impératif de continuer à bouger, de rester actif. "Le repos engendre une désadaptation à l'effort et aggrave les symptômes". Mais le surrégime est à bannir ! "La maladie touche souvent des femmes hyperactives qui n'écoutent pas leur corps ; je leur conseille de fragmenter leurs activités, de prendre des pauses régulières pour bouger si elles travaillent sur ordinateur, par exemple". Enfin, un soutien psychologique doit souvent être envisagé pour mieux vivre avec cette maladie. Problème : les séances de psychologie ne sont pas prises en charge par l'Assurance Maladie… Le reste à charge peut donc être élevé. D'autres thérapies telles que l'autohypnose, la méditation, le Pilates, le Qi qong… apportent de bons résultats. "L'idée est d'autonomiser les personnes face à leur maladie".

Est-ce que la fibromyalgie est reconnue comme maladie invalidante ?

En tant que maladie invalidante, la fibromyalgie peut induire un handicap psychique important (dépression, anxiété, trouble de l'humeur…), associé à des arrêts maladie à répétition, un isolement social et familial important.  La maladie peut être prise en charge dans le cadre d'une ALD (affection longue durée) au titre de "l'ALD hors liste", mais obtenir cette reconnaissance reste complexe. Si les femmes sont plus fréquemment touchées, de plus en plus d'hommes sont diagnostiqués (jusqu'à 20 % des patients sont des hommes, selon les dernières données).

Merci au Dr Virginie Piano, médecin généraliste spécialiste de la douleur.

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