Dystonie cervicale : symptômes, cause, la calmer ?

La dystonie cervicale est une dystonie localisée au niveau des muscles du cou et des épaules. Cette maladie chronique, qui peut accompagner la maladie de Parkinson, se manifeste par des contractions involontaires et des tremblements. Quelles causes ? Quel traitement pour la calmer ? Quand opérer ?

Dystonie cervicale : symptômes, cause, la calmer ?
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Définition : c'est quoi une dystonie cervicale ?

Les dystonies se manifestent par des contractions prolongées, involontaires des muscles d'une ou de plusieurs parties du corps. "Elles peuvent présenter des attitudes pathologiques très différentes : formes toniques (figées) ou constituées d'activités motrices spasmodiques (spasmes à l'origine de la forme mobile) ; à ces formes peuvent s'associer des tremblements" décrit Jean-Pierre Bleton, Docteur en Sciences du Mouvement Humain, Kinésithérapeute, Clinicien et Chercheur à l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild. La dystonie cervicale est la localisation la plus fréquente des dystonies focales (localisées) de l'adulte. "Longtemps appelée torticolis spasmodique, ce terme tend aujourd'hui à être remplacé par celui de dystonie cervicale car la notion de torticolis rend compte plutôt d'un mouvement de rotation, qui n'est pas présent chez tous les patients" précise Jean-Pierre Bleton. Néanmoins les deux termes de torticolis spasmodique et de dystonie cervicale sont des synonymes. "La dystonie cervicale se manifeste par une contraction musculaire involontaire soutenue et le plus souvent responsables de mouvements répétitifs de torsion ou de postures anormales localisées dans la région cervicale et la zone scapulaire" comme elle est classiquement définie.

Quels sont les symptômes d'une dystonie cervicale ? 

Les mouvements dystoniques peuvent toucher n'importe lequel des muscles de cette région. La personne qui souffre de dystonie cervicale présente des postures anormales ou des mouvements involontaires de la tête et du cou. Les signes moteurs sont au premier plan :

  • contractions,
  • spasmes,
  • voire tremblements.
  • La tête peut se placer ou bouger de façon anormale sur un ou plusieurs plans de l'espace.
  • Les formes rotatoires (torticolis spasmodique vrai) sont les plus fréquentes plus de 70% des cas. La tête est inclinée sur un côté (latérocolis) dans 40 à 70% des cas, dans 10 à 20% des cas vers l'avant (antécolis) et dans 25 à 35% des cas la tête part en arrière (rétrocolis).

Les formes complexes sont des combinaisons variées de ces déformations. "Y sont souvent associées des douleurs en rapport avec la contracture musculaire anormale. En plus de ces signes, on note la présence de gestes antagonistes : la personne arrive à diminuer sa dystonie en plaçant un doigt sur sa joue ou une main derrière la tête" ajoute Jean-Pierre Bleton. Cette maladie a aussi des répercussions psychologiques. "C'est en effet une maladie invalidante, chronique et qui se voit" souligne Jean-Pierre Bleton.

Quelles sont les causes d'une dystonie cervicale ?

Une des explications serait un déficit des mécanismes inhibiteurs de la motricité. Ce trouble impliquerait différents noyaux du système nerveux central et des réseaux neuronaux qui contrôlent la posture

La dystonie cervicale qui apparaît au cours de l'âge adulte est une forme focale (localisée). "On distingue la dystonie primaire, de cause inconnue, des dystonies secondaires, qui accompagnent d'autres maladies comme certaines maladies d'origine génétique chez l'enfant ou neuro-dégénératives comme la maladie de Parkinson par exemple. La dystonie cervicale est alors le symptôme d'une autre maladie. La dystonie cervicale chez l'enfant fait partie d'une maladie plus générale pouvant apparaître au cours de l'évolution d'une dystonie généralisée" précise notre spécialiste. La cause de la survenue d'une dystonie cervicale primaire est probablement multi-factorielle, une association de facteurs de prédisposition et de facteurs déclenchants. "Une des explications serait un déficit des mécanismes inhibiteurs de la motricité. Ce trouble impliquerait différents noyaux du système nerveux central et des réseaux neuronaux qui contrôlent la posture et assurent la conduite du mouvement" informe le kinésithérapeute. On retrouve souvent mais pas toujours, des facteurs déclenchants de la dystonie cervicale :

  • un stress important,
  • un traumatisme,
  • une douleur rhumatologique des cervicales.

Comment est posé le diagnostic d'une dystonie cervicale ?

Cette maladie est relativement rare : l57 cas pour un million de personnes en Europe.        

"Il n'existe pas d'autre moyen que l'examen clinique pour faire le diagnostic de dystonie cervicale, indique Jean-Pierre Bleton , précisant que l'imagerie ne permet pas de confirmer le diagnostic de dystonie cervicale. Les examens d'imagerie et les bilans biologiques sont utilisés pour faire un diagnostic différentiel : trouble orthopédique, torticolis rhumatologique, pathologie neurologique".  Cette maladie est relativement rare : le nombre de cas en Europe est de l'ordre de 57 cas pour un million de personnes. Malgré sa singularité, sa relative rareté explique pourquoi tous les thérapeutes n'en ont pas l'expérience clinique, favorisant des retards au diagnostic. Cette maladie chronique apparaît plutôt chez des personnes entre 30 et 60 ans et touche plus les femmes que les hommes (1,7 femme pour 1 homme). Parmi les examens complémentaires qui peuvent être prescrits dans l'optique du traitement  "un électro-myogramme polygraphique peut être réalisé pour détecter quels muscles sont plus particulièrement impliqués dans la dystonie".

Quel est le traitement pour calmer une dystonie cervicale ?

Le traitement médical spécifique de première intention de la dystonie cervicale consiste en des injections de toxine botulique. "Les injections de toxine botulique se font en intra-musculaire dans les muscles dystoniques les plus actifs avec pour objectif de les paralyser partiellement. Le neurologue peut dans certains cas ajouter à ces injections de toxine botulique des traitements médicamenteux non spécifiques dans un objectif de détente musculaire comme certains myorelaxants ou anti-épiléptiques ou encore certains antiparkinsoniens. Des antalgiques sont utilisés dans les formes douloureuses" détaille notre expert. La toxine botulique a un effet durable mais transitoire d'environ 3 mois. Les injections de toxine botulique doivent donc être répétées. En complément des injections de toxine botulique, la prise en charge de la dystonie cervicale comprend des séances de rééducation pour aider le patient à retrouver une posture cervicale correcte et un mouvement juste. "Le patient se voit proposer des exercices correcteurs à réaliser sous la direction d'un professionnel de la rééducation, en général un kinésithérapeute. Ces exercices ont pour but d'activer les muscles correcteurs" explique Jean-Pierre Bleton. La pratique quotidienne d'un programme d'auto-rééducation guidée doit s'accompagner d'une organisation des activités de la vie quotidienne pour que corriger la posture et tourner la tête du côté opposé à la déformation deviennent une habitude. "Nous conseillons également aux personnes ayant une dystonie cervicale de pratiquer une activité physique et/ou des techniques de relaxation pour développer leur bien-être physique et psychique" précise le kinésithérapeute.

Quand envisager une opération pour une dystonie cervicale ?

Le traitement de la dystonie cervicale par la chirurgie est une option thérapeutique exceptionnelle. "La chirurgie n'est envisagée que lorsque la maladie ne répond pas à un traitement au long cours ou que dans des formes particulièrement invalidantes" informe Jean-Pierre Bleton. La neurotomie sélective (qui consiste à sectionner des rameaux nerveux pour réaliser une paralysie partielle des muscles impliqués) n'est qu'exceptionnellement pratiquée. La stimulation cérébrale profonde dont l'objet est de faire disparaître les mouvements anormaux au moyen de l'implantation d'électrodes dans des structures profondes du cerveau n'est proposée que pour des indications bien précises dans la dystonie cervicale. Elle est seulement réaliseé dans des centres neuro-chirurgicaux spécialisés. En revanche, les indications de cette neurochirurgie sont plus nombreuses dans la dystonie généralisée de l'enfant.

Peut-on guérir d'une dystonie cervicale ?

Une dystonie cervicale est une maladie chronique qui doit être prise en charge au long cours. C'est néanmoins une pathologie non dégénérative qui n'a pas tendance à s'aggraver une fois installée. Elle peut en revanche s'améliorer au long cours sous l'effet répété des traitements. "Au bout de 3 à 5 ans d'injections de toxine botulique, il peut y avoir des améliorations tout à fait significatives avec parfois même, pour quelques cas, une disparition quasi complète des signes moteurs à l'examen clinique, sans pour autant que l'on puisse vraiment parler de guérison" informe Jean-Pierre Bleton.

Merci à Jean-Pierre Bleton, Docteur en Sciences du Mouvement Humain, Kinésithérapeute clinicien et Chercheur à l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, membre du comité scientifique d'AMADYS. Pour avoir plus d'information sur les dystonies et la dystonie cervicale en particulier, l'Association des Malades Atteints de Dystonie (AMADYS) est à la disposition des malades et de leurs proches pour répondre aux questions qu'ils peuvent se poser sur cette pathologie complexe et la façon de la gérer dans la vie de tous les jours. (http://www.amadys.fr)

Dysfonctions cérébrales : langage, mémoire, mouvement