Fracture de fatigue (pied, genou) : symptômes, temps de guérison

Faire du sport trop intensément peut entraîner une fracture de fatigue (ou de stress) du pied, du genou, du talon, du poignet, caractérisée par des douleurs à l'effort, voire au repos. Quel est le traitement ? Le diagnostic ? Le temps de guérison ? Peut-on conduire ? Eclairage du Dr Alexandre Parpaleix, radiologue.

Fracture de fatigue (pied, genou) : symptômes, temps de guérison
© Maridav - 123RF

Le nombre de fractures de fatigue a considérablement augmenté lors du déconfinement, après une baisse importante de l'activité physique pendant la pandémie de Covid-19. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une fracture liée à une fatigue de l'os qui, fragilisé par des mouvements répétés et/ou trop intenses, peut finir par se fracturer. Ce type de fracture est fréquente chez le sportif qui fait de la course à pied ou de l'athlétisme, mais aussi chez la femme qui pratique une activité physique intense, sans adopter une alimentation adéquate. Quels sont les symptômes d'une fracture de fatigue ? Ses causes ? Les examens pour la détecter ? Les traitements et les bons gestes pour la prévenir ? Explications et conseils du Dr Alexandre Parpaleix, radiologue.

Définition : qu'est-ce qu'une fracture de fatigue ?

"Une fracture de fatigue, aussi appelée une fracture de stress, est un terme donné à une fracture osseuse apparue sur un os sain, dans un contexte bien spécifique et en dehors d'un traumatisme classique", définit d'emblée le Dr Alexandre Parpaleix, radiologue. La sursollicitation répétée et/ou inhabituelle, certains modes de vie et traitements induisent une perte de densité osseuse qui fragilisent l'os et finit par se casser. Cette fracture est souvent dite "incomplète" dans le sens où elle ne sépare pas le segment osseux en deux ou plusieurs fragments comme c'est le cas dans une fracture classique.

Quelles sont les localisations les plus fréquentes ? 

Fracture de fatigue du pied (métatarse)  
Fracture de fatigue du pied (métatarse)   © Joshua Abbas - 123RF

Les fractures de fatigue peuvent concerner tous les os, mais sont plus fréquemment localisées aux zones d'appui et donc aux membres inférieurs :

  •  Au niveau de la jambe : le tibia principalement, mais également plus rarement la fibula.  
  • Au niveau des os du pied : métatarsiens, os du tarse et talus (talon) par exemple.
  • Au niveau du bassin (sacrum).
  • Au niveau du fémur.
  • Au niveau du genou (rotule).
  • De façon exceptionnelle, au niveau du coude et du poignet.

Quels sont les symptômes d'une fracture de fatigue ? 

La fracture de fatigue entraîne des douleurs mécaniques liées dans un premier temps à l'activité (marche, appui, mouvements sportifs...) et qui cessent à son arrêt. Il peut exister une sensibilité à la palpation ou à la percussion de l'os fracturé. Dans un second temps, les douleurs sont présentes en continu, même au repos quand la personne n'est pas en appui. 

Quelle est la cause d'une fracture de fatigue ? 

Les facteurs de risque d'une fracture de fatigue :

  • Les troubles osseux, l'ostéoporose
  • Le surpoids et l'obésité 
  • La fatigue musculaire 
  • La pratique d'activités sportives trop intenses et répétitives 
  • Une carence en nutriments (calcium, vitamine D)
  • Le port de chaussures inadaptées (semelles trop fines, usées...)
  • Des antécédents de fractures de fatigue

"A la différence d'une fracture classique, la fracture de fatigue est une lésion qui intervient en dehors de tout traumatisme particulier (coup, chute, choc...). Elle intervient sur un os sain dont la densité osseuse est diminuée par différents mécanismes et facteurs de risques. Pour simplifier les choses, l'os sain est un équilibre invisible à notre échelle, car il est à l'échelle cellulaire, entre formation et destruction osseuse. Dans certains cas et en dehors de toute pathologie sous-jacente, cet équilibre est perturbé en faveur de la déminéralisation osseuse. Des fractures peuvent donc apparaitre sur cet os dont la microarchitecture est fragilisée", explique le radiologue. Les fractures de fatigue sont donc très fréquentes en cas de fragilité de la densité osseuse, notamment en cas de :

  • Modification brutale de l'activité physique (surentraînement, sursollicitation du squelette, reprise trop intense du sport après un long moment sans faire de sport...).
  • IMC bas ou déshydratation.
  • Séquelles du Covid.
  • Prise de certains médicaments comme les corticoïdes.

Quand et qui consulter ?

En cas de douleurs chroniques lancinantes, qui s'intensifient lors d'un effort et qui persistent dans le temps, il faut consulter son médecin généraliste qui prescrira les examens nécessaires et pourra orienter vers des spécialistes. 

Quel est le diagnostic ?

"Le diagnostic est d'autant plus complexe que les patients ont tendance à consulter à distance des douleurs et que le contexte est souvent peu informatif, pose d'emblée le radiologue. Voilà pourquoi il faut toujours consulter un médecin en cas de douleur pour permettre une prise en charge adaptée." Le diagnostic repose sur un examen clinique, mais doit être confirmé par un examen radiologique. 

► L'examen de première intention est la radiographie osseuse qui peut montrer, soit des signes de fracture, soit des signes indirects de consolidation de l'os (l'os qui s'est réparé). Quand la lésion est trop fine, la radiographie conventionnelle ne permet pas de la détecter. La radiographie sert aussi à éliminer d'autres pathologies qui pourraient être responsables de douleurs. "Il y a un certain nombre de lésions osseuses qui passent inaperçues lors d'une radiographie conventionnelle (lésions trop fines ou difficilement visibles à l'œil nu). Grâce aux outils d'Intelligence Artificielle, nous avons accès à la micro-architecture de l'os - ce que l'œil humain n'est pas capable de voir - et nous allons maximiser les chances du médecin et du radiologue de détecter des lésions extrêmement subtiles", détaille le radiologue. 

► Si la fracture est invisible lors de la radiographie, on réalise une IRM qui permet de bien déceler la lésion osseuse et l'œdème associé (réaction inflammatoire). 

► Dans certains cas, une scintigraphie osseuse peut permettre de mettre en évidence des anomalies osseuses, mais il ne s'agit pas d'un examen de première intention. 

Quels sont les traitements ?

En l'absence de traitement, la fracture de fatigue peut persister pendant plusieurs mois.

La fracture de fatigue guérit toute seule. "Il n'y a pas véritablement de traitements hormis la mise au repos complet, pour laisser le temps à l'os de se réparer", indique le radiologue. Il faut ainsi limiter les mouvements et éviter d'exercer une pression sur la lésion. L'utilisation de béquilles peut permettre d'éviter l'appui pendant quelques jours. Ni le plâtre ni la chirurgie ne sont habituellement recommandés. "Limiter l'activité permet de passer un cap. Cependant elle doit être courte pour éviter de favoriser la déminéralisation osseuse et ainsi entretenir un cercle vicieux. C'est aussi un moment privilégié pour prendre en charge tous les autres facteurs de risques éventuellement surajoutés. Dans ce contexte, la kinésithérapie peut être bénéfique pour permettre une reprise contrôlée, adaptée et progressive de l'activité physique", poursuit-il. 

Combien de temps de guérison ?

Le temps de repos est variable d'une personne à une autre. On considère que l'os est consolidé quand il n'y a plus aucune douleur. "Globalement, en fonction des régions anatomiques et de la physiologie du patient, il faut compter entre 4 et 8 semaines de délai pour véritablement réparer la fracture et envisager la reprise progressive du sport", estime notre interlocuteur. En l'absence de traitement, la fracture de fatigue peut persister pendant plusieurs mois. 

Peut-on conduire avec une fracture de fatigue ?

Il est déconseillé de conduire en cas de fracture de fatigue, que ce soit des membres inférieurs ou au niveau du bras, car il faut absolument éviter de solliciter l'os fracturé. La conduite étant basée sur des gestes répétitifs, mieux vaut l'éviter le temps que l'os se répare complètement. 

Prévention : comment l'éviter ?

  • Toujours avoir une activité physique adaptée à sa condition physique
  • En contexte post-confinement, la reprise de l'activité physique doit se faire de manière progressive, en commençant par des séances courtes et peu intensives.
  • Choisir des chaussures adaptées au sport, qui amortissent bien les chocs et avec des semelles de bonne qualité, particulièrement pour les sports qui sollicitent les appuis comme le footing.
  • Bien s'hydrater avant, pendant et après la séance.

Merci au Dr Alexandre Parpaleix, radiologue, docteur en neurosciences et co-fondateur de Milvue, startup française spécialiste de l'intelligence artificielle en radiologie et qui a développé une IA spécifique pour l'analyse des radiographies.

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