Surdosage en vitamine D : symptômes, risques, que faire ?

Pour le moral, l'immunité... Prendre de la vitamine D peut booster la santé mais en excès elle est dangereuse pour les reins et le coeur. Quels sont les signes d'un surdosage ? Chez l'adulte ? L'enfant ? Quels effets ? Risques ? Que faire ? Interview de Julien Tison, pharmacien au Centre Anti-Poison du CHU de Lille.

Surdosage en vitamine D : symptômes, risques, que faire ?
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Avec l'épidémie de Covid-19, les prises de vitamine D ont augmenté dans la population française. En cause, la publication d'études ayant présenté les bienfaits possibles de cette vitamine pour prévenir une infection par le coronavirus. En janvier 2021, le CHU de Lille alertait sur le risque toxique de surdosage en vitamine D : "Soyez vigilant et ne consommez pas de compléments en vitamine D sans en parler à votre médecin. Les produits disponibles sur Internet peuvent être très dangereux" prévenaient les professionnels. Quels sont les signes d'un surdosage en vitamine D ? Chez l'adulte ? Le bébé ? Quels effets ? Quels risques ? Que faire ? Interview de Julien Tison, pharmacien au Centre Anti-Poison du CHU de Lille

Quels sont les symptômes d'un surdosage en vitamine D ?

Une intoxication à la vitamine D met du temps à s'installer. "Il n'y a pas de symptômes spécifiques, commence le pharmacien. C'est d'abord une fatigue, une somnolence, une irritabilité, des maux de tête, des vomissements, des vertiges, des diarrhées, des crampes abdominales, des douleurs musculaires et articulaires, des nausées, ça peut être confondue avec beaucoup de choses et il faut réagir avant". En cas d'intoxication sévère et plus avancée, un surdosage en vitamine D entraîne ;

Peut-on faire un surdosage à cause des aliments riches en vitamine D ?

Il n'y a pas de cas décrit de surdosage en vitamine D lié à une alimentation naturelle. "Seuls des cas liés à une supplémentation excessive d'un aliment sont décrits" précise le pharmacien. A contrario, il existe des cas de surdosage en vitamine A par voie alimentaire. Une vitamine présente notamment dans l'huile de foie de morue, également très riche en vitamine D. "Prendre de l'huile de foie de morue n'est pas anodin, notamment pour les femmes enceintes car un excès de vitamine A peut être tératogène (risque de malformations fœtales)." 

A partir de quelles doses ?

"Il n'y a pas de dose toxique pour la vitamine D établie à ce jour. C'est l'accumulation par des prises chroniques qui peut amener à une intoxication" indique le pharmacien. Le danger survient si on dépasse les posologies maximales recommandées (elles dépendent de chaque médicament et sont indiquées sur les notices) quotidiennement et de façon prolongée. Plus encore si on a un stock de vitamine D déjà très important.

Chez l'enfant : Une mise à jour des recommandations nationales concernant les doses de vitamine D destinées aux enfants est actuellement en cours. Celles-ci s'aligneront sur les recommandations européennes, à savoir 400 UI par jour de 0 à 18 ans chez l'enfant en bonne santé sans facteur de risque, et 800 UI par jour de 0 à 18 ans chez l'enfant présentant un facteur de risque.

Posologie : différentes spécialités médicamenteuses contiennent, à doses variées, soit de la vitamine D2 soit de la vitamine D3. Les doses recommandées sont indiquées sur les notices et dépendent de l'indication et de l'âge du patient. Il faut respecter ces posologies.

Quels sont les risques ?

Le risque principal d'un surdosage en vitamine D, c'est l'hypercalcémiesoit un taux excessif de calcium dans le sang. "La vitamine D a pour fonction principale le métabolisme phosphocalcique, explique Julien Tison. C'est une vitamine qui va faire en sorte qu'on absorbe plus de calcium et qui diminue l'élimination rénal de calcium." Dans les formes les plus sévères, l'accumulation de calcium dans l'organisme peut être la cause d'atteintes rénales (néphrocalcinose) avec risque d'insuffisance rénale chronique, d'arythmies cardiaques et de décès.

Quels risques chez les enfants ?

Chez l'enfant, la vitamine D est indispensable à la croissance des os. Elle est ainsi prescrite en France dès la naissance en prévention du rachitisme (maladie de la croissance et de l'ossification). Mais en administrer trop peut être dangereux : "Les complications sont équivalentes à l'adulte sauf chez le petit enfant, de moins de 1 an car la fonction rénale n'est pas la même"  argue notre interlocuteur. A cet âge, l'enfant peut être plus sensible à l'hypercalcémie et à ses effets sur les reins.

A savoir : Ne pas administrer assez de vitamine D à l'enfant dans le cadre des recommandations pédiatriques pour prévenir le rachitisme est aussi dangereux. 

Quels risques chez la femme enceinte ?

La vitamine D est considérée comme tératogène si on dépasse les posologies, c'est-à-dire qu'elle est susceptible de provoquer des malformations chez les enfants exposés in utero (lors de la grossesse). "Il n'y a pas de crainte à avoir chez la femme enceinte lors d'une supplémentation, rassure le pharmacien. Si on utilise des ampoules, que l'on respecte les posologies et que c'est bien suivi par un médecin, il n'y a pas de danger. En cas de doute, on a toujours le temps d'arrêter la supplémentation."

Ne pas ranger le flacon de vitamine D pour bébé à côté des huiles essentielles.

Traitements : que faire ?

Pendant l'épidémie de Covid : 

  • Si vous êtes une personne à risque de Covid ou si vous êtes testé positif au Covid-19, n'hésitez pas à discuter d'un supplément en vitamine D avec votre médecin traitant.
  • Si le médecin traitant juge cela nécessaire, il prescrira un supplément en vitamine D sous forme d'ampoule. Un traitement fiable, sur ordonnance et remboursé par la Sécurité Sociale.

Hors Covid :

  • En cas de surdosage supposé à la vitamine D, il faut immédiatement prendre un avis médical. Le médecin arrêtera la supplémentation le temps d'évaluer les risques. La reprise du traitement pourra se faire en fonction de la quantification des doses jusqu'alors ingérées, du dosage de la vitamine D, de la calcémie...
  • En cas d'hypervitaminose D isolée, la prise en charge pourra se limiter à un simple arrêt de la supplémentation en vitamine D et à un suivi médical.

Comment éviter le surdosage ?

  • Respecter la posologie indiquée sur les compléments alimentaires ou médicaments (chez l'enfant privilégier les médicaments délivrés sur ordonnance plutôt que les compléments alimentaires en vente libre).
  • Ne pas multiplier les produits contenant de la vitamine D.
  • .Ne pas acheter de vitamine D sur Internet, mieux vaut toujours prendre conseil auprès d'un pharmacien.
  • Consulter un médecin traitant avant de se supplémenter en vitamine D. 
  • Pour les bébés : ne pas ranger le flacon de vitamine D au même endroit que les huiles essentielles. "On a beaucoup de mamans qui peuvent administrer par erreur 4 ou 5 goutes du flacon d'huile essentielle au lieu du ZymaD®, quand les deux sont posés sur la table à langer par exemple" rapporte le pharmacien. Ne pas hésiter à appeler alors le Centre Antipoison  0 800 59 59 59 (numéro vert gratuit 24h/24).

Source : Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage. 27 janvier 2021. ANSM

Merci à Julien Tison, pharmacien au Centre Anti-Poison du CHU de Lille.