Vaccin ARN : définition simple, liste Covid, effets secondaires

"Vaccin ARN : définition simple, liste Covid, effets secondaires"

L'épidémie de Covid a entraîné la validation des premiers vaccins à ARN messager en France (Pfizer, Moderna). Le principe du vaccin à ARN n'est pas d'injecter le virus pour que l'organisme développe des anticorps contre lui mais des molécules d'ARN ou d'ADN de ce virus qui code pour la formation d'une protéine. Explications.

Jusqu'à l'épidémie de Covid, les vaccins à ARN n'étaient pas connus. Du moins, du grand public. Aujourd'hui, 80% de la population française s'est vue administrer un vaccin de ce type contre le Covid. Qu'est-ce que l'ARN messager ? Quels sont les effets secondaires ? Quelles sont les autres applications en dehors du Covid ? Tout savoir sur les vaccins à ARN messager.

Quelle est la définition simple d'un vaccin à ARN messager ? 

Le principe du vaccin à ARN n'est pas d'injecter le virus pour que l'organisme développe des anticorps contre lui mais des molécules d'ARN ou d'ADN de ce virus qui code pour la formation d'une protéine (Spike dans le cadre du coronavirus). "Le vaccin à ARN messager est un vaccin qui consiste à utiliser le gène du virus qui code pour la formation de la protéine de surface (Spike). Les cellules réceptives qui vont recevoir cet ARN messager vont fabriquer la protéine du virus. Cette protéine va se retrouver à la surface des cellules et les cellules immunitaires vont considérer que les cellules pourvues de ces antigènes sont semblables aux virus. Ces cellules sont devenues étrangères à notre organisme car elles ont à leur surface la protéine S qui est en principe à la surface du virus.  Les cellules immunitaires détruisent ces cellules qui portent l'antigène S. Cette vaccination conduit nos cellules à fabriquer elles-mêmes de l'antigène en grandes quantités" explique le Dr Stéphane Gayet, Médecin infectiologue et hygiéniste. Un vaccin à ARN messager est "une technique vaccinale très récente particulièrement innovante réalisée avec des techniques de biologie moléculaire" . ARNm signifie "acide ribonucléique (ARN) messager (m)". L'ARN messager est une molécule qui sert d'intermédiaire entre l'ADN et les protéines pour lesquelles il code. "L'ARN messager est le code le plus limité du génome." précise le Dr Gayet. Ces vaccins sont aussi révolutionnaires d'un point de vue technologique. Ce sont des nanovaccins.  L'ARN messager viral spécialement préparé est encapsulé dans des nanoparticules lipidiques pour être délivré intact à l'intérieur des cellules réceptives. "Si l'ARN arrivait seul au contact de ces cellules, il serait rapidement détruit car perçu comme très dangereux par le système immunitaire et donnerait de violentes réactions. Les capsules chimiques à base de lipides franchissent bien la membrane des cellules et délivrent l'ARN messager aux cellules" explique l'infectiologue.

Quelles différences avec les autres vaccins ? 

Un vaccin classique est une "préparation antigénique destinée à susciter le développement d'une immunisation active spécifique" définit le Dr Gayet. Cette immunisation peut être obtenue en injectant une particule virale atténuée (vaccins "vivants" atténués) ou inactivée (vaccins inactivés) ou une partie de l'enveloppe virale (antigène protéique d'enveloppe) afin de provoquer une première rencontre entre le principal antigène viral et les cellules immunitaires. Les lymphocytes identifient l'antigène et mémorisent cette information. Lors de la deuxième rencontre, l'antigène ayant été mémorisé, il se produit une réaction secondaire qui combat rapidement et efficacement l'antigène et évite la maladie. "L'immunisation prend du temps car il faut que les antigènes soient reconnus par les lymphocytes" souligne le Dr Gayet. Les vaccins à ARN messager ne sont pas des préparations antigéniques. Ils n'utilisent pas d'élément directement pathogène. "Ce sont des vaccins génétiques, pas faits à partir d'antigènes mais à partir de code génétique" informe l'infectiologue. "L'étape de reconnaissance par le système immunitaire est plus rapide et simplifiée. La réponse immunitaire est spontanément suffisante : pas de nécessité d'adjuvant de l'immunité." 

Le vaccin BioNTech/Pfizer contre le Covid doit être conservé à -80°c.

Quelle est la liste des vaccins à ARN messager du Covid ?

Deux vaccins contre le Covid à base d'ARN messager sont administrés en France : le vaccin Comirnaty de Pfizer et le vaccin Spikevax de Moderna. Sont par ailleurs autorisés les vaccins à vecteur viral d'AstraZeneca (Vaxzevria) et de Johnson&Johnson (Janssen). Après injection, l'ARN messager de ces vaccins va produire dans l'organisme la protéine virale d'enveloppe S qui va déclencher, à son tour, la réaction immunologique et la protection face à une infection ultérieure provoquée par le Sars-Cov-2. L'organisme va donc fabriquer lui-même son propre vaccin (au sens classique du terme) à partir de l'injection d'une partie du code génétique du virus. Ces vaccins sont plus faciles à produire que les vaccins classiques ce qui explique en partie leur développement rapide. "Les vaccins classiques sont constitués de particules virales ou de parties de la particule virale. Il faut faire fabriquer ces particules virales par des cellules ce qui est très long puis vérifier que c'est le bon virus qui est produit et qu'il n'est pas dangereux. Avec le vaccin à ARN messager il n'y a plus besoin de cultures cellulaires. Nous savons fabriquer rapidement de l'ARN messager" explique le Dr Stéphane Gayet. 

Quels effets secondaires ? 

Un des avantages de ces vaccins est qu'ils n'ont pas besoin d'adjuvants immunitaires pour être efficaces contrairement aux vaccins à virus inactivés (comme le vaccin contre la grippe par exemple). "C'est toujours intéressant d'éviter d'apporter des molécules étrangères à notre organisme" estime le Dr Gayet. Si l'injection d'ARN vous inquiète sachez que l'ARN messager reste dans l'organisme de manière transitoire et il ne peut pas s'intégrer dans le génome humain. "L'ARN messager ne peut pas s'incorporer dans nos gènes ni les modifier" rassure le Dr Gayet, en raison de l'absence de l'enzyme qui permet de passer de transcrire de l'ARN en ADN. Une étude française de pharmaco-épidémiologie menée par Epi-Phare sur 46,5 millions d'adultes et publiée le 18 janvier rassure sur le risque d'évènement cardiovasculaire grave (hors myocardite et péricardite) avec les vaccins à ARNm (Comirnaty et Spikevax) chez les personnes âgées de 18 à 74 ans en France. Les auteurs ont observé les cas d'adultes âgés de 18 à 74 ans vaccinés ou non, admis à l'hôpital en France entre le 27 décembre 2020 (date de mise à disposition des premiers vaccins contre le Covid-19) et le 20 juillet 2021 (date limite de disponibilité des données au moment de la réalisation de l'étude) pour un infarctus aigu du myocarde, un accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique, ou une embolie pulmonaire. Ils concluent que "les vaccins à ARNm contre le Covid-19 n'augmentent pas le risque d'infarctus du myocarde, d'accident vasculaire cérébral ou d'embolie pulmonaire chez les personnes âgées de 18 à 74 ans". En revanche, les vaccins à adénovirus (Vaxzevria d'AstraZeneca et Janssen de Johnson&Johnson) apparaissent associés à une "légère" augmentation du risque d'infarctus du myocarde et d'embolie pulmonaire, dans les deux semaines suivant l'injection. D'après les estimations des auteurs, l'augmentation atteindrait de l'ordre de 30% pour les risques d'embolie pulmonaire et d'infarctus aigu du myocarde au cours de la deuxième semaine suivant la première dose d'AstraZeneca. Pour le risque d'infarctus du myocarde suite au vaccin Janssen "l'estimation est plus incertaine en raison d'un nombre total de cas faible". Ces résultats corroborent ceux d'autres études internationales, notamment en Israël, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Ils ont été soumis pour publication dans une revue internationale à comité de lecture. 

Quelles sont les contre-indications des vaccins à ARN ?

Une liste des contre-indications faisant obstacle à la vaccination contre la covid-19 a été établie par l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et la Haute autorité de Santé (HAS). Cette liste ne fait pas de grandes différences entre vaccins Covid à ARN ou à vecteur virale comme AstraZeneca ou Janssen. On y trouve notamment l'antécédent d'allergie documentée (avis allergologue) à un des composants du vaccin en particulier polyéthylène-glycols et par risque d'allergie croisée aux polysorbates ; une réaction anaphylaxique au moins de grade 2 (atteinte au moins de 2 organes) à une première injection d'un vaccin contre le COVID posée après expertise allergologique ; ou encore une myocardite ou un PIMS chez l'enfant.

Les vaccins ARN peuvent-ils prévenir le cancer ?

Les vaccins à ARN pourraient aider à lutter contre les cancers sur le même modèle que les vaccins à ARN contre les virus. "C'est la thérapie immunitaire. Le but est de stimuler la formation d'anticorps" indique l'infectiologue. L'objectif est d'induire une réponse immunitaire, spécifique et durable, vis-à-vis des cellules tumorales avec des approches de vaccination antitumorale basée sur des marqueurs tumoraux qui constituent les antigènes (Ag) cibles. Le vaccin à ARN est l'une de ces approches. Il présenterait l'avantage d'être applicable à tous les cancers, toutes les cellules cancéreuses d'un même cancer ayant généralement (cancers monoclonaux) le même génome. Il s'agit d'injecter des nanoparticules lipidiques contenant l'ARN messager codant l'antigène tumoral exprimé à la surface des cellules cancéreuses. (1) 

Merci au Dr Stéphane Gayet, Médecin infectiologue et hygiéniste.

Sources : 

Évaluation du risque d'infarctus du myocarde, d'accident vasculaire cérébral et d'embolie pulmonaire suite aux différents vaccins antiCOVID-19 chez les adultes de moins de 75 ans en France. Jérémie Botton, Marie-Joëlle Jabagi, Marion Bertrand, Bérangère Baricault, Jérôme Drouin, Stéphane Le Vu, Alain Weill, Paddy Farrington, Mahmoud Zureik, Rosemary Dray-Spira. 18 janvier 2022

Le vaccin ARN, une approche prometteuse pour la réactivation du système immunitaire dans la lutte contre le cancer Cancer immunotherapy via systemic RNA delivery to dendritic cells, Med Sci (Paris) 2017 ; 33 : 852–856, Mathieu Richaud et Nathalie Bendriss-Vermare. (1)

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