Mise en bière : définition, origine, loi, comment se déroule-t-elle ?

Avant son inhumation ou sa crémation, le corps d'une personne décédée est "mis en bière", autrement dit, il est déposé dans un cercueil par des agents funéraires. Comment ça se déroule ? Est-ce obligatoire en France ? Comment ça se passe en cas d'infection ? Eclairage d'Audrey Chamel, thanatopractrice et diplômée en conseil funéraire.

Mise en bière : définition, origine, loi, comment se déroule-t-elle ?
© UGO AMEZ/SIPA

Définition : qu'est-ce qu'une mise en bière ?

Lors d'un décès, on procède à la mise en bière du corps, une étape obligatoire en France. La mise en bière consiste à déposer le corps d'un défunt dans une housse imperméable, puis dans un cercueil. Cette étape est effectuée par les agents des pompes funèbres chargés d'organiser les obsèques. La mise en bière se déroule généralement juste avant la cérémonie funéraire s'il y en a une ou avant le départ au crématorium ou au cimetière.

Quelle est l'origine de l'expression "mise en bière" ?

L'expression "mise en bière" daterait du 8e siècle. A cette époque, les Francs disaient "bera" pour évoquer une "civière", une planche de bois qui permettait de transporter les corps des blessés ou des défunts. La coutume voulait qu'on jette les corps des personnes décédées dans une fosse commune et bien souvent, la civière n'était pas retirée. Les défunts étaient donc "enterrés" avec leur "bera". Au fil des siècles, les défunts ont commencé à être enterrés dans des cercueils en bois, mais on a gardé le terme "bera" qui s'est progressivement transformé en "bière". A savoir que dans certains pays de l'Est, le mot "bera" est toujours utilisé pour ­parler d'un brancard.

Quelle est la loi en France ?

Qu'il s'agisse d'une inhumation ou d'une crémation, la mise en bière dans un cercueil scellé est obligatoire en France pour tous les défunts. On ne peut donc pas enterrer un corps dans un linceul à même la terre par exemple. La mise en bière est réglementée par le Code Général des Collectivités Territoriales et doit respecter plusieurs conditions : 

► Le couvercle du cercueil est muni d'une plaque gravée indiquant l'année de décès et, s'ils sont connus, l'année de naissance, le prénom, le nom patronymique et, s'il y a lieu, le nom marital du défunt.

► La housse imperméable utilisée pour envelopper le corps avant sa mise en bière est fabriquée dans un matériau biodégradable. Elle doit répondre à des caractéristiques de composition, de résistance et d'étanchéité fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et du Conseil national des opérations funéraires.

► La fermeture du cercueil ne peut s'effectuer qu'après la déclaration du décès et l'obtention du permis d'inhumer ou d'incinérer. Lorsque le cercueil est fermé, la levée du corps et son transport vers le cimetière ou le crématorium peuvent se faire. Si le défunt est décédé d'une infection transmissible ou à l'étranger, le cercueil doit obligatoirement être en zinc (matière plus hermétique qu'un cercueil simple). 

Préparation du corps avant la mise en bière

Avant la levée du corps et la mise en bière, les proches du défunt peuvent demander la réalisation de soins de conservation (thanatopraxie). Cela permet de ralentir la putréfaction naturelle et de mieux préserver le corps. Ces soins sont payants. Ils sont à distinguer des soins de présentation (toilette mortuaire, habillage, maquillage...). "Si la personne décédée est porteuse d'une prothèse fonctionnant au moyen d'une pile, un médecin ou un thanatopracteur procède à son explantation et atteste de la récupération de cette prothèse avant la mise en bière", indique le Code Général des Collectivités Territoriales.

Comment se déroule mise en bière ?

Etape 1 : Mise en cercueil et recueillement de la famille

Les agents funéraires déposent le corps du défunt dans une housse imperméable elle-même déposée dans un cercueil. Cela peut se faire à différents endroits en fonction du lieu de décès de la personne et des souhaits de la famille (au domicile, à l'hôpital, dans un funérarium, dans une chambre funéraire, à la maison de retraite...). Les proches sont souvent invités à sortir de la pièce lors de la mise en cercueil. Avant la fermeture définitive du cercueil, la famille et les proches peuvent revenir dans la pièce pour voir le corps et se recueillir auprès du cercueil ouvert contenant le corps du défunt.

Dans le cas d'une inhumation, la mise en bière peut se faire avec un ou des membres de la famille, mais sans nécessairement la présence de la police.

Dans le cas d'une crémation et/ou en l'absence de la famille, la mise en bière doit se faire avec la présence de la police. Dans ce cas, "la police doit poser la scellée sur le cercueil avec les documents nécessaires pour valider l'identité du défunt après la fermeture définitive du cercueil. Cela s'appelle une vacation de police et elle coûte en général entre 20 et 30 euros", précise Audrey Chamel.

Etape 2 : Fermeture du cercueil

Après le recueillement des familles, les agents des pompes funèbres sont chargés de fermer le cercueil. "En général, les agents laissent entre 30 minutes et 1 heure avant la fermeture définitive du cercueil", ajoute notre interlocutrice.

Etape 3 : Transport du corps

Lorsque le cercueil est fermé, les agents funéraires procèdent à la levée du corps, c'est-à-dire au transport du cercueil (toujours fermé) avant son inhumation (acte qui consiste à placer le cercueil dans une tombe) ou à sa crémation (acte qui consiste à brûler et à réduire en cendres le corps d'un défunt).

Délai : quand a lieu la mise en bière ?

La mise en bière intervient juste avant la cérémonie funéraire lorsqu'il y en a une, le départ au crematorium ou avant le départ au cimetière. Un délai minimum de 24h doit être respecté entre le moment du décès et la mise en bière du défunt. 

Mise en bière immédiate : définition, dans quels cas ?

Dans des cas très précis, la mise en bière peut être immédiate, autrement dit, les agents funéraires n'attendent pas le délai requis de 24 heures avant de fermer définitivement le cercueil. Le placement immédiat du corps dans le cercueil est décrété si :

  • le défunt est décédé d'une maladie contagieuse et donc qu'il y a un risque de contamination (dans le cas d'une infection Covid-19 par exemple)
  • la dépouille est trop altérée pour être exhibée aux proches (accident, meurtre, suicide...)
  • le processus de décomposition du corps est trop entamé et ne permet pas de laisser le corps à l'air libre.
  • le corps doit être rapatrié. 

Mise en bière en cas d'infection

"Sur le certificat de décès, il y a des cases à cocher comme "présence d'une maladie infectieuse ou non". Si la réponse est "oui", il y a deux choix différents : soit une mise en bière immédiate en cercueil simple, soit une mise en bière immédiate en cercueil hermétique (ce sont des cercueils en zinc avec un filtre hermétique). Le choix se fait en fonction du type de maladies (si elle est contagieuse ou non par exemple) ", explique Audrey Chamel.

Dans le cas d'une infection Covid-19, "on procède obligatoirement à une mise en bière immédiate en cercueil simple. Le défunt est placé dans une housse mortuaire recouvert d'un drap. Il n'y a aucune présentation possible dans un salon funéraire. En revanche, il est possible de faire une mise en bière du défunt, de le présenter directement dans le cercueil le temps du recueillement à la demande de la famille. On peut également faire la mise en bière immédiate et une fermeture définitive à la demande de la famille. Le deuil est propre à chacun. Certaines personnes ont besoin d'être proche de leur défunt et les veiller, d'autres non", détaille-t-elle.

Merci à Audrey Chamel, thanatopractrice et diplômée en conseil funéraire.

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