Coma hydraulique (hydrique) : à partir de combien de litres d'eau ?

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"Coma hydraulique (hydrique) : à partir de combien de litres d'eau ?"

Phénomène rare mais potentiellement grave, le coma hydraulique ou plutôt "hydrique" survient suite à une consommation excessive d'eau en un temps très court. Quels sont les symptômes ? Peut-on en mourir ? Le point avec le Dr Laurence Plumey, médecin nutritionniste et praticien hospitalier.

C'est quoi un coma hydraulique ou hydrique ?

Le coma hydrique résulte d'une intoxication à l'eau appelée aussi hyperhydratation. Celle-ci survient lorsque l'organisme absorbe une trop grosse quantité d'eau en un laps de temps très court. L'excès d'eau provoque alors une diminution des électrolytes dans le sang (ions sodium et potassium) et des dysfonctionnements au niveau des reins. "L'eau représente 65% du poids de notre corps soit près de 40 litres d'eau pour une jeune fille qui pèse 60 kilos, explique le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste et praticien hospitalier. Tous les jours, entre l'émission d'urines, la sudation, l'évaporation à la surface de la peau et les selles, notre corps perd en moyenne entre 2,5 à 3 litres d'eau. Pour maintenir cet équilibre, nous avons besoin d'absorber la même quantité au quotidien. Ce que nous faisons sans y penser via notre alimentation et l'absorption d'eau ou de boissons diverses. Mais, lorsqu'on boit trop et très rapidement, nous ne laissons pas le temps aux reins d'éliminer l'excès : l'eau s'accumule dans les cellules et va jusqu'à provoquer un œdème cérébral qui engage le pronostic vital".

"Le patient présentera des troubles de la vigilance avant le coma"

A partir de combien de litres fait-on un coma hydrique ?

Lors d'un apport trop important en eau, les reins n'ont pas le temps d'éliminer le surplus. "C'est plus une question de temps que de quantité d'eau, indique Laurence Plumey. Je dirais de 3 à 4 litres en moins d'une heure. Mais, le patient présentera des troubles de la vigilance avant le coma".

Symptômes 

L'hyperhydratation se traduit en général par des maux de tête, des nausées et une sensation de fatigue. "L'inflation d'eau dans les cellules cérébrales les met en souffrance. Au début le sujet présente des troubles du comportement - vertiges, maux de tête, difficultés de langage et de la motricité - puis il perd connaissance" confie le Dr Plumey.

Le coma hydrique est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge rapide.

Causes et facteurs de risques 

L'hyperhydratation peut être due à un déficit de sécrétion d'hormone anti-diurétique (ADH). " C'est ce qu'on appelle le diabète insipide lié à un trouble de l'hypophyse. En temps normal, ce petit organe qui se trouve dans notre cerveau secrète une hormone qui favorise la rétention d'eau au niveau des reins. Chez les personnes atteintes de la maladie, l'hormone est absente et les reins évacuent beaucoup d'eau. Les urines sont donc abondantes et le sujet a tout le temps soif. Mais, celui-ci ne ressent pas de problèmes de santé car il boit pour compenser." La potomanie, un trouble psychiatrique engendrant une consommation excessive d'eau, peut également déboucher sur une hyperhydratation. Enfin, plusieurs cas de coma hydrique ont été observés chez des adolescents au cours de jeux ou de bizutage. "Se lancer dans ce type de pari, c'est jouer avec le feu et avec sa santé, prévient le médecin nutritionniste. Tout en sachant que si l'on s'en sort, on risque d'avoir perdu des neurones de façon irréversible."

Que faire ?

Tout comme le coma éthylique, le coma hydrique est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge rapide. Le traitement de l'hyperhydratation repose en général sur la prise de diurétiques pour accélérer le processus d'élimination via les urines. "En face d'un œdème cérébral, les réanimateurs donnent des diurétiques pour favoriser l'élimination d'eau, explique le Dr. Plumey. Mais, c'est sans garantie. Tout dépend du niveau de gravité de l'œdème et des lésions qu'il a pu engendrer sur les autres parties du cerveau en les comprimant."

Peut-on en mourir ?

"Oui, bien sûr, on peut en mourir si l'apport d'eau a été brutal et extrême" confirme Laurence Plumey. 

Prévention : comment l'éviter ?

Pour éviter l'hyperhydratation, le mieux est de boire à sa soif et d'adopter une consommation raisonnable entre 1,5 et 2 litres d'eau par jour. "Buvez régulièrement tout au long de la journée, conseille le médecin nutritionniste. Par exemple un verre d'eau - ou de jus de fruits - le matin ; deux verres d'eau dans la matinée ; un ou deux verres d'eau lors du déjeuner ; deux verres d'eau l'après-midi et un ou deux verres d'eau le soir au dîner."

Merci au Dr Laurence Plumey, médecin nutritionniste, praticien hospitalier, Fondatrice de l'Ecole EPM Nutrition et auteur de "Le Monde Merveilleux du Gras. Tout sur ces rondeurs qui nous habitent" aux éditions Eyrolles.

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