Obésité infantile : causes, chiffres en France, prise en charge

Véritable fléau, l'obésité infantile touche près de 42 millions d'enfants dans le monde. Si cette tendance se poursuit, l'OMS estime que ce chiffre atteindra 70 millions à l'horizon 2025. Quels sont les facteurs qui contribuent au surpoids chez les enfants ? Comment le prendre en charge ? Réponses avec le Dr Véronique Nègre, Pédiatre spécialisée.

Obésité infantile : causes, chiffres en France, prise en charge
© Olga Gorchichko - 123RF

Définition : qu'est-ce que l'obésité infantile ?

L'obésité infantile se définit comme un excès de masse grasse qui présente un risque pour la santé. Elle est calculée à partir de l'IMC (Indice de Masse Corporelle) et de l'âge. Il faut donc se reporter aux courbes de corpulence que l'on trouve dans les carnets de santé ainsi que sur des sites de référence. "Concrètement, s'il est normal qu'un bébé soit potelé et un peu grassouillet, il doit s'affiner dès qu'il commence à marcher et ce, jusqu'à l'âge de cinq / six ans, prévient le Dr Véronique Nègre. En revanche, lorsqu'un enfant de cet âge-là a encore un petit ventre de bébé, cela peut être le signe d'un début d'excès de poids qui risque de s'aggraver et de devenir gênant par la suite. La période entre un et cinq ans est fondamentale parce que dans 90 % des cas, un enfant qui est obèse ou en surpoids important entre 8 et 12 ans a commencé à prendre du poids à l'âge de trois ans. On appelle cela le rebond d'adiposité précoce et c'est le signe que l'enfant est prédisposé à prendre du poids très facilement ".

Quels sont les chiffres en France ?

Selon les résultats de l'étude ESTEBAN 2014-2016 (étude de santé sur l'environnement, la biosurveillance, l'activité physique et la nutrition), 17% des enfants âgés de 6 à 17 ans sont en surpoids, dont 4% d'obèses. Cette étude met également évidence le fait que cette prévalence du surpoids est supérieure chez les enfants issus de milieux défavorisés. 

Quelles sont les causes d'une obésité infantile ?

L'obésité infantile résulte rarement d'une cause unique, plutôt d'un ensemble de facteurs : 

• Des causes médicales : "elles sont très rares et ne représentent pas plus d'1% de l'obésité infantile mais il ne faut pas passer à côté d'une anomalie hormonale, d'une maladie génétique, d'une tumeur cérébrale ou de toute autre cause potentiellement grave ", explique la pédiatre. 

L'obésité commune est expliquée par des facteurs de prédisposition et un environnement qui va favoriser cet excès de poids. Parmi ces facteurs :

• Les facteurs de prédisposition pendant la grossesse (maman qui fume, qui a eu un diabète gestationnel mal équilibré ou a pris beaucoup trop de poids) qui vont favoriser la prise de poids du bébé qui va naître parfois très gros à la naissance et être ensuite à risque d'excès de poids. 

• Le mode éducatif parental : "la façon dont on va le nourrir, est-ce qu'on va le forcer à finir son assiette, est-ce qu'on va systématiquement le récompenser par de la nourriture, si on lui donne des boissons sucrées, etc, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer l'obésité infantile ", poursuit la spécialiste.  

• Le niveau socio-économique et l'origine culturelle : les femmes issues des milieux sociaux économiques défavorisés sont celles qui sont le moins bien suivies durant leur grossesse, qui prennent le plus de poids, mangent moins équilibré et qui peuvent ensuite rencontrer des difficultés éducatives. "À ces facteurs s'ajoutent parfois des facteurs génétiques, notamment quand on vient d'Afrique ou des DOM-TOM car les gènes de prédisposition sont inégalement répartis selon les origines ", commente le Dr Véronique Nègre. 

La sédentarité et l'alimentation : quand l'enfant grandit, le manque d'activité physique et la qualité de ce qu'on va lui donner à manger vont influer sur son poids. "Cependant certains enfants sont minces alors qu'ils ont une alimentation très déséquilibrée mais comme ils ne sont pas génétiquement programmés pour prendre du poids, ils sont incapables de manger de grosses quantités parce qu'ils sont très vite rassasiés. Cela ne les empêchera toutefois pas d'avoir des problèmes de santé liés à ce déséquilibre ", nuance la pédiatre. 

• Les facteurs psychologiques : un enfant qui est en souffrance va avoir tendance à se rassurer avec de la nourriture. "Mais c'est un facteur parmi d'autres, il ne faut pas faire de raccourci car les enfants trop gros n'ont pas tous une origine psychologique à leur excès de poids. En revanche, lorsqu'il va grandir, il va souvent souffrir de son obésité et les problèmes psychologiques seront plutôt la conséquence du poids que la cause ", précise le Dr Véronique Nègre. 

• Un trop gros appétit : "Certains enfants mangent au-delà de leurs besoins. Or, c'est très difficile en tant que parent de faire la part des choses entre le réel appétit d'un enfant qui est en pleine croissance et le "trop". D'autant plus qu'un enfant qui a de l'appétit est associé à un signe de bonne santé ", admet la Présidente de l'APOP.   

Quelles sont les conséquences de l'obésité infantile ?

• Les conséquences psychologiques : la première conséquence, celle dont les enfants souffrent le plus, c'est l'exclusion, les moqueries, la mise à l'écart. "Parfois, dans les quartiers populaires où il y a beaucoup de personnes en situation d'obésité, les enfants en excès de poids peuvent se sentir mieux psychiquement que dans les quartiers où l'apparence physique prédomine ", observe la pédiatre. Si l'environnement joue un rôle essentiel, la famille aussi. Un enfant en surpoids dans une famille où tout le monde est mince et sportif sera naturellement plus impacté que celui qui vit dans une famille où tout le monde est en surpoids. 

• Les conséquences physiques : des douleurs articulaires, l'essoufflement, l'augmentation du taux d'insuline, l'augmentation des triglycérides dans le sang, ainsi qu'une surcharge de graisse précoce au niveau du foie. 

Quels sont les signes d'alerte à surveiller ?

La Haute Autorité de Santé recommande de surveiller l'IMC rapporté à la courbe de corpulence chez tous les enfants et adolescents, quel que soit leur âge, leur corpulence apparente, le motif de consultation et ce, deux à trois fois par an. Il faut également prêter attention au rebond d'adiposité précoce qui se situe normalement vers l'âge de 6 ans. Or, plus il survient tôt, plus le risque de devenir obèse est élevé. Une ascension continue de la courbe IMC depuis la naissance constitue aussi un signe d'alerte. Enfin, si le rapport tour de taille / taille est > 0,5, cela indique que l'enfant a un excès de graisse abdominale associé à un risque cardio-vasculaire et métabolique accru. 

Diagnostic et bilan

"Le diagnostic ne doit pas être culpabilisant pour les parents qui de base, se sentent déjà coupables. Il faut également garder à l'esprit qu'il n'y a pas de "modèle" de l'enfant trop gros et qu'on ne peut pas partir du postulat que parce qu'un enfant est gros, il mange n'importe quoi. L'excès de poids n'est pas toujours le reflet de l'équilibre alimentaire familial. Le médecin doit prendre le temps de comprendre la situation avec la famille, de l'expliquer et de présenter des objectifs à atteindre à long terme ", ajoute la spécialiste. 

Quand et qui consulter ?

Idéalement, le médecin de famille, pédiatre ou généraliste, doit être capable d'établir le diagnostic, de faire un point avec la famille et puis d'orienter si besoin. Lorsque l'on s'y prend tôt, il n'y a pas besoin d'une équipe spécialisée hospitalière. "On peut aussi se rendre dans un RePPOP (Réseau de Prévention et de Prise en charge de l'Obésité Pédiatrique). Il en existe neuf, répartis sur tout le territoire national. C'est un réseau qui s'appuie sur des professionnels de proximité pour permettre à l'enfant d'être accompagné près de chez lui. On peut aussi faire appel aux CSO (Centres Spécialisés Obésité) qui sont présents sur tout le territoire ", précise le Dr Véronique Nègre.

Quelle est la prise en charge ?

La prise en charge doit être multidisciplinaire (psychologique, alimentaire, lutte contre la sédentarité, activité physique). "On commence par faire le bilan des habitudes avec la famille et on met en évidence ce qui pourrait être amélioré, souligne la spécialiste. Par exemple, si c'est la consommation de boissons sucrées qui apparaît vraiment trop importante, il va falloir agir sur ce point, en limitant l'offre à la maison par exemple. Cela peut-être aussi une question de quantités alors on va servir dans de plus petites assiettes, manger plus lentement, retirer le plat de la table pour éviter les tentations, etc. Il ne faudra pas tout focaliser sur l'alimentation mais encourager aussi une activité physique ludique régulière. L'objectif n'est pas de faire maigrir l'enfant mais de faire en sorte qu'il grossisse moins vite car en grandissant, il va s'affiner. Il n'y a pas de régime restrictif ni d'aliments interdits. Enfin toute la famille devra participer avec l'enfant en surpoids : manger mieux et bouger plus est intéressant pour tous, que l'on soit en surpoids ou non ". 

Prévention et recommandations 

Selon l'OMS, le meilleur moyen d'enrayer l'épidémie d'obésité infantile reste la prévention. Elle rappelle que "le but de la lutte contre l'obésité de l'enfant consiste à atteindre un équilibre énergétique susceptible d'être maintenu pendant toute la vie de l'individu ". Elle recommande notamment de consommer plus de fruits et légumes, de céréales complètes, légumineuses et fruits secs. Mais aussi de limiter la consommation de graisses, surtout saturées, de réduire la consommation de sucres et de pratiquer une activité physique modérée à intense au moins 60 minutes par jour. 

Merci au Dr Véronique Nègre, Pédiatre, coordinatrice des Centres Spécialisés Obésité de la région PACA – Présidente de l'APOP (Association pour la Prévention et la prise en charge de l'Obésité Pédiatrique), membre de l'ECOG (European Childhood Obesity Group) ; Auteur de "L'enfant en surpoids", aux Editions John Libbey Eurotext.

Sites à consulter : Surpoids-enfant.frObésitedesjeunes.org ; Réseaux RéPPOP ; 

Santé du bébé et de l'enfant