Bleu de méthylène : indication, utilisation, dangereux ?

Le bleu de méthylène est lui-même utilisé comme médicament et comme colorant. Son usage est exclusivement réservé au milieu hospitalier. Quelles sont les indications ? Comment s'utilise le bleu de méthylène ? Quelles sont les contre-indications ? Les réponses.

Bleu de méthylène : indication, utilisation, dangereux ?
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Définition : qu'est-ce que le bleu de méthylène ? 

Le bleu de méthylène, connu aussi sous l'appellation chlorure de méthylthioninium, est un dérivé de la phénothiazine, composé chimique à l'origine de divers médicaments et colorants. Le bleu de méthylène est lui-même utilisé comme médicament et comme colorant (notamment en biochimie et en bactériologie), son action résidant essentiellement sur ses propriétés d'oxydoréduction. C'est un solide se présentant sous forme de cristaux inodores solubles dans l'eau et, bien qu'un peu moins, dans l'éthanol. A l'état pur, il est sous forme de poudre vert foncé ou brune. En solution, il peut être commercialisé sous sa forme oxydée (de couleur bleue) ou sous sa forme réduite (incolore). Le passage de sa forme oxydée à sa forme réduite ou inversement entraîne ainsi un changement de couleur, cette dernière permettant de donner des indications sur la nature du milieu dans lequel il se trouve. Utilisé comme colorant, il permet par exemple de visualiser des bactéries, de colorer les tissus ou encore les acides nucléiques (ADN et ARN). Ses domaines d'utilisation s'étendent à l'agroalimentaire afin de colorer certaines viandes, à l'hydrologie pour calculer le taux de dureté de l'eau, au domaine paysager en tant que marqueur des traitements afin d'améliorer les pratiques ou comme bleuissant des hortensias, au textile utilisé comme teinture, au BTP (test à la tâche sur béton) ou encore à la géologie pour déterminer l'argilosité des sols. Utilisé comme médicament, il est inscrit sur la liste modèle de l'OMS des médicaments essentiels comme antidote pour traiter la méthémoglobinémie (trouble sanguin entraînant un défaut de transport de l'oxygène dans l'organisme) après une intoxication. Il est également utile pour déterminer les caractéristiques d'une structure organique, mais aussi dans la prévention de la neuro-toxicité liée à la prise de certains médicaments. Ses usages s'étendaient par le passé aux cas d'intoxication au cyanure, d'angines ou d'infections urinaires, mais ils ne sont plus recommandés aujourd'hui du fait d'une efficacité antibactérienne insuffisante. Il est néanmoins parfois encore utilisé comme en aquariophilie dans le traitement des infections à champignons, bactéries ou parasites, ou encore comme antiseptique pour les plaies superficielles des chevaux.

Quelles sont les indications du bleu de méthylène ? 

En médecine, le bleu de méthylène est un médicament commercialisé sous le nom de Chlorure de Methylthioninium Proveblue®, indiqué comme traitement symptomatique aigu en cas d'intoxication chimique ou médicamenteuse entraînant une méthémoglobinémie (trouble sanguin rare mais grave provoquant un défaut de transport de l'oxygène) chez le nourrisson, l'enfant ou l'adulte. Il s'agit d'ailleurs de sa seule indication médicale officielle, reconnue par les autorités de santé. Son usage est exclusivement réservé au milieu hospitalier et son administration ne doit se faire que par un professionnel de santé. 

Son usage est exclusivement réservé au milieu hospitalier

Le bleu de méthylène est également présent en tant qu'antiseptique, en association avec un vasoconstricteur, dans le Collyre Bleu Laiter® destiné à traiter les conjonctivites non infectieuses. Enfin, le bleu de méthylène peut également être utilisé comme colorant en chirurgie (sous la forme notamment d'un dispositif médical commercialisé sous le nom de ProveDye®) dans les tests d'étanchéité d'une suture, de perméabilité tubaire (par exemple des trompes utérines lors d'une hystérosalpingographie) ou pour la délimitation des tissus. 
Quelques utilisations du bleu de méthylène hors AMM (c'est-à-dire en dehors de son indication officielle) sont parfois retrouvées en médecine comme traitement de recours en chimiothérapie anti-cancéreuse pour éviter les effets neurotoxiques (encéphalopathies) de l'ifosfamide, ou encore dans des cas de choc vasoplégique (vasodilatation des vaisseaux sanguins par dérégulation du taux de monoxyde d'azote) de par son effet inhibiteur de la guanylate cyclase.

Comment s'utilise le bleu de méthylène ? 

Le bleu de méthylène (Proveblue®) sous forme d'ampoules prêtes à l'emploi s'utilise essentiellement par voie injectable. C'est le professionnel de santé lui-même qui doit l'administrer. Son usage comme colorant en médecine se fait par introduction d'une solution de bleu de méthylène directement au niveau de la zone à visualiser (organes, tissus, etc.). Le Collyre Bleu Laiter®, qui contient du bleu de méthylène en plus d'un vasoconstricteur, s'utilise quant à lui par voie ophtalmique. Sous forme de poudre vendue entre autres pour l'aquariophilie, la poudre doit être dissoute dans un certain volume d'eau pour obtenir une solution mère qui, en fonction de l'indication, est administrée dans l'aquarium en quantité adéquate selon le volume d'eau à traiter. Une solution de bleu de méthylène peut s'utiliser comme colorant dans divers autres domaines.

Où acheter du bleu de méthylène ?

Le bleu de méthylène sous forme de solution officinale est aujourd'hui difficile à se procurer, ses utilisations étant très restreintes chez l'Homme. Par le passé, il était vendu dans des drogueries ou en pharmacie. Les produits Proveblue®, ProveDye® et Collyre bleu Laiter® destinés au domaine médical sont commercialisés par les laboratoires pharmaceutiques qui les fabriquent ou par les grossistes, permettant d'approvisionner les hôpitaux (pour le Proveblue® ou le ProveDye®) ou les pharmacies (pour le Collyre Bleu Laiter®). Le bleu de méthylène pur (> 98-99 %) sous forme de poudre peut être acheté en magasin spécialisé en aquariophilie ou encore sur internet, via des fournisseurs industriels ou professionnels. Il faut être vigilant lors de la manipulation de la poudre de bleu de méthylène car elle peut être irritante (yeux, peau, voies respiratoires) et nocive si ingérée.

Quels sont les dangers du bleu de méthylène ?

Les effets indésirables les plus fréquents du bleu de méthylène injectable sont des maux de tête, des vertiges, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et thoraciques, une décoloration de la peau et des urines, de la transpiration, de l'anxiété, des douleurs dans les extrémités, des tremblements, de la confusion, une difficulté à respirer, de la tachycardie et de l'hypertension. Plus rarement, il peut entraîner une hémolyse (destruction des globules rouges) ou une réaction allergique. Dans certains, ont été observés des hypotensions et des arythmies cardiaques ayant pu mener au décès. Une réaction de photosensibilité lors d'expositions à des lumières fortes peut avoir lieu après une administration de bleu de méthylène, nécessitant une information préalable et une protection de la peau. Associé à d'autres médicaments tels que divers antidépresseurs, des opioïdes, les amphétamines, ou certains antiparkinsoniens, le bleu de méthylène injectable peut déclencher une toxicité sérotoninergique grave ou mortelle se manifestant par des altérations de l'état mental, une hyperactivité neuromusculaire et des perturbations du système nerveux autonome. Le bleu de méthylène agit en effet comme un inhibiteur de la monoamine oxydase A et une vigilance accrue s'impose donc en cas de prise concomitante avec les médicaments induisant une augmentation des taux de sérotonine.
La poudre de bleu de méthylène disponible dans le commerce est irritante pour les yeux, la peau et les voies respiratoires (des protections sont nécessaires lors de la manipulation), et est également nocive si elle est ingérée.

Quelles sont les contre-indications du bleu de méthylène ?

Le bleu de méthylène est contre-indiqué en cas d'hypersensibilité au bleu de méthylène ou à d'autres colorants thiaziniques. Il est également contre indiqué par voie injectable (Proveblue®) chez les patients présentant un déficit en G6PD (glucose-6-phoshate deshydrogénase) par risque d'anémie hémolytique, chez les patients ayant une méthémoglobinémie induite par un chlorate ou par le nitrite utilisé pour le traitement de l'intoxication au cyanure, ou encore en cas de déficit en NADPH réductase. Le Collyre Bleu Laiter® ne doit pas être utilisé lors du port de lentilles souples en raison d'un risque de coloration.

Sources supplémentaires : 
- Toxicité sérotoninergique résultant d'une interaction médicamenteuse entre le bleu de méthylène et les inhibiteurs de recapture de la sérotonine (NCBI, National Center for Biotechnology Information)
- Syndrome vasoplégique après chirurgie cardiaque sous circulation extra-corporelle (EM Consulte)

Définitions et conseils