10 idées reçues sur l'incontinence urinaire chez la femme

"10 idées reçues sur l'incontinence urinaire chez la femme"

3 millions de femmes souffriraient d'incontinence urinaire. Comme le sujet est tabou, beaucoup de fausses informations circulent. Traitements inefficaces, boissons à bannir, sports dangereux... Mettons les choses au clair avec le Pr Xavier Gamé, chirurgien urologue et le Dr Juliane Berdah, gynécologue-endocrinologue.

Encore très taboue, l'incontinence urinaire concernerait pourtant près de 3 millions de femmes selon les derniers chiffres de l'Association Française d'Urologie (AFU) et une grande partie d'entre elles n'osent pas consulter ou en parler. Du coup, beaucoup de fausses informations circulent. Est-ce une fatalité ou au contraire, peut-on en venir à bout ? Faut-il moins boire d'eau et de café pour lutter contre les fuites ? Ne pas faire de sport ? Y a-t-il une limite d'âge pour envisager une opération ? Démêlons le vrai du faux avec le Pr Xavier Gamé, chirurgien urologue et le Dr Juliane Berdah, gynécologue-endocrinologue.

1. L'incontinence urinaire est une fatalité

FAUX. "Il existe aujourd'hui des solutions efficaces pour traiter l'incontinence urinaire et toutes les femmes peuvent être prises en charge", affirme le Pr Gamé, chirurgien urologue :

  • La rééducation périnéo-sphinctérienne (manuelle, par électrostimulation ou par biofeedback + des exercices à faire chez soi) renforce la tonicité du périnée (muscles qui contribuent à la bonne fermeture et ouverture de la vessie).
  • Des traitements locaux aux œstrogènes (crèmes, ovules) à partir de la périménopause.
  • Des anticholinergiques qui agissent sur le contrôle du tonus de la vessie.

2. L'incontinence, c'est normal donc je n'en parle pas !

FAUX. "L"incontinence urinaire est un sujet très important qui peut avoir un fort retentissement sur la vie personnelle et professionnelle des personnes qui en souffrent. J'ai des patientes qui ont arrêté de travailler car elles avaient une incontinence et qui n'en parlaient pas de peur d'être jugées", raconte le Pr Gamé. Or, il faut oser en parler afin d'être prise en charge rapidement et solutionner le problème. De nombreuses solutions existent et il en existe forcément une qui vous conviendra. En parler à votre médecin constitue finalement l'étape la plus difficile à passer.

3. Il faut boire moins d'eau en cas de fuites

FAUX. "Boire moins d'eau favorise la déshydratation. Résultat : la vessie est moins irriguée et perd l'habitude de faire son travail. De plus, un manque d'eau favorise le risque de faire une infection urinaire", prévient Julianne Berdah, gynécologue-endocrinologue.  
• On continue à bien s'hydrater, même en cas d'incontinence urinaire et on boit au moins 1.5 l d'eau par jour. 

4. Ça ne concerne que les femmes âgées !

FAUX. Beaucoup de femmes pensent que les fuites urinaires ne surviennent que chez la femme ménopausée ou âgée. Or, "pas du tout, 20% des femmes qui ont connu des fuites urinaires dans les 3 mois ont moins de 30 ans (d'après un sondage mené en octobre 2019 par la marque Always Discreet sur 1 000 femmes françaises). L'incontinence urinaire concerne donc tous les âges, hommes ou femmes", assure le Pr Gamé. 

Les facteurs de risque chez la femme jeune : prise de poids, augmentation de l'utérus pendant la grossesse, accouchements nombreux ou traumatiques qui ont nécessité l'utilisation de forceps ou une épisiotomie, pratique régulière d'un sport avec des à-coups.

5. Il faut éviter de boire du café

FAUX. Le café et le thé sont souvent considérés comme des "excitants de la vessie". Or, "les études ont estimé que seule une consommation très élevée de caféine, soit 8 tasses par jour, pouvait avoir un impact négatif sur la vessie et favoriser l'incontinence urinaire", rassure le Pr Xavier Gamé. 

6. Mon médecin généraliste n'est pas qualifié pour soigner l'incontinence

FAUX. "Un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme sont des professionnels de santé tout à fait capables de traiter les fuites urinaires, mais également d'orienter la patiente vers un urologue ou un autre spécialiste si nécessaire, indique le Dr Berdah. Une incontinence peut être liée à un dysfonctionnement physiologique (une anomalie de l'appareil urinaire, une vessie instable à cause de polypes ou de calculs...), mais cela peut également avoir une origine psychologique ou encore neurologique. D'autres examens sont alors indiqués pour déterminer la cause."

7. On ne peut plus faire de sport en cas de fuites

FAUX. "Beaucoup de mes patients avouent avoir renoncé à pratiquer une activité physique. Or, il est tout à fait possible de continuer à faire du sport à condition en parallèle de remuscler et de redynamiser son périnée", explique le Dr Berdah.

  • On évite : "Les sports qui nécessitent de nombreux à-coups et impacts au sol qui créent une surpression dans la cavité abdominale comme le tennis, la course à pied, la musculation (abdominaux, port de poids lourds), le trampoline, la zumba et le volley-ball" liste le Dr Berdah. 
  • On limite les risques en faisant des exercices de gainage (proposés par un kiné ou une sage-femme), de posture et de respiration pour apprendre à basculer le bassin avant de porter une charge lourde et à muscler ses abdominaux sans altérer le périnée.

8. L'incontinence est forcément liée à un problème de vessie

FAUX. "L'incontinence urinaire par urgenturie est certes favorisée par le vieillissement de la vessie qui peut fonctionner de moins en moins bien avec l'âge. En parallèle, le périnée lui aussi se fatigue s'il n'est pas entretenu. La faiblesse de la vessie va entraîner une incontinence urinaire par urgenturie, tandis que la faiblesse du périnée va entraîner une incontinence urinaire à l'effort", explique le Pr Gamé. Par ailleurs, la chute des hormones lors de la ménopause entraîne un relâchement des tissus du vagin et de l"urètre.

9. Les fuites ne concernent que les femmes

FAUX. Les fuites urinaires ne concernent pas uniquement les femmes, même si ces dernières sont plus sujettes à l'incontinence pour des raisons hormonales et anatomiques. "Les hommes peuvent aussi en souffrir. Il s'agit principalement d'hommes qui souffrent d'une maladie neurologique comme la maladie d'Alzheimer ou la maladie de Parkinson, deux pathologies qui interfèrent dans le contrôle de la vessie, et également ceux qui ont subi un traitement du cancer de la prostate (chirurgie, radiothérapie...)", explique le chirurgien urologue. 

10. On ne peut plus se faire opérer à partir d'un certain âge

FAUX. L'opération pour traiter l'incontinence consiste à introduire, par une petite incision au niveau du vagin, une bandelette sous l'urètre de façon à former un petit hamac et à renforcer le soutien du plancher pelvien. "Il n'y a pas de limite d'âge pour réaliser ce genre d'opération. Si l'incontinence urinaire invalide énormément la personne dans sa vie quotidienne, il n'y aucune contre-indication à la pose d'une bandelette", tient à préciser le Pr Gamé.

Merci au Pr Xavier Gamé, chirurgien urologue et le Dr Juliane Berdah, gynécologue-endocrinologue. Propos recueillis en janvier 2020.

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