Covid long : symptômes, est-on contagieux, quel traitement ?

Fatigue, essoufflement... Certaines personnes ont du mal à se remettre d'une infection Covid-19. On parle de "Covid long" quand les symptômes perdurent au bout d'un mois. Quelle est la définition de ce terme ? Quels traitements ? Est-on toujours contagieux ? Interview du Pr Claire Andrejak, pneumologue.

Covid long : symptômes, est-on contagieux, quel traitement ?
© 123RF-Luis Molinero Martínez

[Mise à jour le mercredi 10 mars à 15h30] Une maladie multi-facettes. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), depuis le début de l'épidémie, 1 personne sur 25 a été infectée par le virus de la Covid-19 en France. Parmi elles, certaines ont eu peu de symptômes, d'autres beaucoup. "Les manifestations de la phase aiguë sont très variées et l'évolution est, elle aussi, extrêmement variable" confirme le Pr Claire Andrejak, médecin pneumologue au CHU d'Amiens. Depuis septembre 2020 et après plusieurs mois d'épidémie, une forme de "Covid long" est constatée par les professionnels de santé. "Ce virus a des récepteurs au niveau des poumons mais peut entrainer de l'inflammation dans plein d'autre organes ce qui peut expliquer la durée des symptômes" explique le Pr Andrejak. De quoi s'agit-il ? Quels sont les symptômes caractéristiques ? Quelle est la durée ? Y a-t-il des profils à risque ? Quand consulter ? Quelle prise en charge ? Réponses.

C'est quoi le "Covid long" ?

Il n'y a pas vraiment de définition consensuelle. "On ne sait pas quoi mettre dedans dans le sens où on ne connait pas encore parfaitement l'histoire naturelle de la Covid, explique le Pr Andrejak. C'est le nom que les gens ont donné pour désigner la persistance des symptômes au-delà de la durée normale d'une infection Covid-19. Sachant que cette durée normale est variable d'une personne à l'autre. Disons que si on est-au delà d'un mois après le début des symptômes, ça commence à ne pas être tout à fait normal mais cela dépend aussi de la sévérité de la maladie à la phase aiguë." Une personne qui a fait une forme grave de la Covid-19 ayant nécessité une hospitalisation - et plus encore une admission en réanimation- aura besoin de plus de temps pour se remettre de l'infection qu'une personne ayant fait une forme bénigne.

Quels sont les symptômes ?

Un des principaux symptômes rapportés dans les formes longues de la Covid c'est la fatigue. "Les gens ont besoin de se reposer régulièrement, et ça dure, c'est vraiment ce qui domine" observe la pneumologue. Parmi les autres symptômes constatés :

  • des essoufflements,
  • des sensations d'oppression thoracique par vague : "Ils ont une oppression pendant quelques jours puis ça s'estompe et ça revient".
  • les troubles de l'odorat et du goût,
  • les troubles de la concentration,
  • des pertes de mémoire immédiate,
  • des douleurs articulaires.

Comment savoir si on fait un Covid long ?

La Haute Autorité de Santé (HAS) a précisé le 12 février 2021 les 3 critères qui permettent de repérer les patients souffrant de symptômes prolongés de la Covid-19 :

  • avoir présenté une forme symptomatique de Covid-19,
  • avoir présenté un ou plusieurs symptômes initiaux, 4 semaines après le début de la maladie,
  • et aucun de ces symptômes ne peut être expliqué par un autre diagnostic.

Effectivement, la persistance de symptômes après avoir été contaminé par la Covid-19 n'est pas toujours un "simple" Covid long ou un syndrome post-Covid. "Il peut s'agir d'autre chose", prévient la pneumologue qui conseille "d'être vu par un médecin pour vérifier l'absence d'autres pathologies". En fonction du patient, le médecin procèdera à un diagnostic d'élimination. Il vérifiera : 

  • qu'il n'y avait pas une maladie pré-existante inconnue révélée avec l'infection Covid : "Dans ce cas, on a des symptômes qui persistent sans qu'ils soient liés à la Covid mais à cette maladie préexistante, cela peut aussi se voir avec d'autres infections virales qui déséquilibrent une maladie préexistante, ce n'est pas limité à la Covid-19" explique le Pr Andrejak. Il peut s'agir par exemple, chez les patients fumeurs, d'une BPCO. "A l'occasion d'une infection virale (Covid ou autre), ils continuent à tousser. Ce n'est pas due à l'infection virale qui n'est pas guérie mais à la maladie sous-jacente non diagnostiquée."
  • qu'il ne s'agit pas d'une complication de la Covid. "Ce n'est plus le virus en lui-même mais une complication de la Covid qui occasionne de nouveaux symptômes ou une aggravation des symptômes. Par exemple, si quelqu'un a brutalement une douleur qui survient, une oppression thoracique ou un essoufflement qui n'existait pas, il faut se poser des questions et consulter" détaille la spécialiste.
  • qu'il ne s'agit pas de séquelles de la Covid, notamment respiratoires. 

Combien de temps ça dure ?

"Il n'y a pas encore assez de recul, explique le Pr Andrejak, mais, selon mon expérience personnelle, ça peut durer 3, 4, 5 mois. La fatigue, par exemple, peut durer longtemps, la perte d'odorat aussi. Par contre, même si cela dure, les gens vont vers l'amélioration progressivement, les symptômes persistent mais ils constatent et disent « C'est mieux qu'il y a un mois»"

Est-on toujours contagieux ?

"Normalement non, répond notre interlocutrice. La période où on est le plus à risque d'être contagieux c'est vraiment les 15 premiers jours après le début des symptômes." Ensuite, "c'est l'inflammation causée par le virus qui est responsable des symptômes qui persistent mais il n'y a plus de virus donc il n'y a pas d'inquiétude à avoir".

"Un bilan normal n'est pas forcément synonyme d'absence de symptômes"

Qui est plus à risque ?

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les formes longues de la Covid ne touchent pas spécifiquement les personnes qui ont fait des formes graves. "Cela peut toucher tous les patients, qu'ils aient été hospitalisés ou pas. Ainsi, un certain nombre de personnes jeunes qui sont restés à la maison et qui ont été pris en charge en ambulatoire présentent des symptômes persistants" rapporte la pneumologue.

Traitements : que faire ?

Face à des symptômes qui durent, qui empêchent de remonter la pente, il faut aller voir son médecin traitant pour en parler. "La consultation médicale doit à la fois comprendre une évaluation de l'état de santé actuel du patient et une évaluation de l'épisode initial" précise la HAS dans son communiqué du 12 février. Le médecin pourra faire un premier examen et orienter si besoin vers des spécialistes. Concernant les traitements, ils dépendent des symptômes.

→ Contre la fatigue : "Il n'y a pas grand chose à faire en dehors d'une bonne hygiène de vie c'est-à-dire : manger équilibré, éviter les boissons alcoolisées, respecter les horaires de sommeil..."

Contre les essoufflements : "Il faut d'abord éliminer une complication de la Covid et la possibilité d'avoir un déconditionnement à l'effort" indique le Pr Andrejak qui rappelle que "moins on bouge, plus le muscle réclame de l'oxygène et plus on aggrave l'essoufflement donc il faut réapprendre au muscle à travailler". Mais il ne faut pas reprendre une activité brutalement. Il faut consulter un kinésithérapeute qui, avec quelques séances, pourra mettre en place une reprise d'activité progressive et adaptée en fonction de l'essoufflement. 

Contre l'hyperventilation : Certaines personnes souffrent d'hyperventilation dans les suites d'une infection Covid. Concrètement, dès qu'elles font un effort, elles respirent vite, ont la sensation d'être essoufflées donc respirent plus vite ce qui est inadapté par rapport à l'effort demandé. "Il faut consulter le médecin pour être sûr que le fait de vite respirer "vite" lors d'un effort ne soit pas lié à autre chose comme une pneumonie ou des séquelles respiratoires par exemple. S'il n'y a aucune explication, c'est uniquement de l'hyperventilation donc il faut voir un kinésithérapeute pour réapprendre à respirer tranquillement."

→ Contre un trouble de l'odorat ou du goût : "Il n'y a pas grand chose à faire, il n'y a que le temps. L'odorat reviendra progressivement. Il est possible de faire une rééducation olfactive. Là encore, selon l'importance des troubles et leur durée, il peut être important de faire le point avec le médecin traitant."

→ Un accompagnement psychologique : En dehors des symptômes concrets que présentent certaines personnes après le Covid, il y a aussi l'impact psychologique de la Covid-19. La HAS souligne ainsi qu'une prise en charge psychologique, fondée sur la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), et si nécessaire psychiatrique, peut s'avérer utile. "C'est une nouvelle maladie qu'on continue à découvrir. Cela peut générer de l'angoisse et entraîner un mal-être pour certains, explique le Pr Andrejak. On le vit plus ou moins bien mais notre manière de réagir fait aussi qu'on va avoir peut-être un peu plus de symptômes alors qu'en temps normal on n'y aurait pas fait attention. Il y a patients qui ont des symptômes persistants et sur les scanners ou d'autres examens, il n'y a rien. Un bilan normal n'est donc pas forcément synonyme d'absence de symptômes. Il est important de rechercher également chez ces patients un syndrome de stress post-traumatique. Avoir fait une infection Covid et avoir été hospitalisé peut avoir été vécu comme un traumatisme."

La Haute Autorité de Santé ne recommande pas les régimes alimentaires d'exclusion, les vitamines et suppléments en vente libre, inutiles et potentiellement nocifs en automédication. Elle ne recommande pas davantage les approches de médecine alternative (acupuncture, auriculothérapie, ostéopathie...), qui n'ont pas été évaluées dans ce contexte.

Merci au Pr Claire Andrejak, médecin pneumologue au CHU d'Amiens (France).

Source : Covid-19 : diagnostiquer et prendre en charge les adultes présentant des symptômes prolongés. Communiqué de presse mis en ligne le 12 février 2021. Haute Autorité de Santé.

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