Les vaccins du Covid peuvent-ils avoir des effets à long terme ?

La vaccination contre le Covid s'accélère en France avec l'extension du pass sanitaire. Mais pour certains, les craintes sur de possibles effets secondaires à long terme des vaccins, surtout à ARN (Pfizer et Moderna), persistent. Quels sont les effets observés aujourd'hui ? Dans quel délai surviennent-ils ? Y a-t-il des risques pour l'ADN ? Mise au point avec le Dr Benjamin Wyplosz, médecin infectiologue.

Les vaccins du Covid peuvent-ils avoir des effets à long terme ?
© SYSPEO/SIPA

Que sait-on des effets secondaires des vaccins Covid aujourd'hui ?

Au moment de la mise sur le marché, l'ensemble des effets indésirables liés à un médicament ne sont pas toujours connus, en particulier les effets indésirables rares (<1/1000). "Certains effets indésirables rares ou très rares peuvent n'apparaître que lorsque des millions de personnes sont vaccinées" confirme l'EMA. Ce qui est aujourd'hui le cas pour les vaccins contre le Covid. Selon l'Université Johns Hopkins, plus de 3 milliards de doses de ces vaccins ont été administrés dans le monde au 12 juillet 2021 (60 millions en France). Selon l'ANSM, le pourcentage d'effets indésirables observés à fin juin 2021 soit 6 mois après le début de la campagne de vaccination en France (sur 51 millions de doses injectées à ce moment-là), est de 0,08 % pour Comirnaty (Pfizer-BioNTech), 0,11 % pour Spikevax (Moderna), 0,31 % pour le Vaxzevria (AstraZeneca) et 0,03 % pour Janssen (Johnson&Johnson). Pour le Dr Benjamin Wyplosz, médecin infectiologue au CHU de Bicêtre, il n'y a pas d'inquiétude à avoir : "On a des systèmes de surveillance dans le monde entier y compris en France. Ce sont les vaccins les plus surveillés depuis l'histoire de la vaccination. S'il y avait des effets indésirables graves constatés et non répertoriés, les gens s'en plaindraient sur Internet et les réseaux sociaux." Concernant les cas de thromboses rapportés après la vaccination avec le vaccin d'AstraZeneca, ou les cas de myocardites et péricardites* avec les vaccins Pfizer et Moderna "ce sont les seuls effets indésirables observés, ils sont exceptionnels et ils surviennent dans les 15 jours après la vaccination" rappelle l'infectiologue qui souligne que "le virus lui-même du Covid peut donner des myocardites".

"Ce sont les vaccins les plus surveillés depuis l'histoire de la vaccination."

*145 cas de myocardite et 138 cas de péricardite ont été rapportés parmi les personnes ayant reçu Comirnaty au 31 mai 2021 en Europe sur environ 177 millions de doses injectées ; 19 cas de myocardite et 19 cas de péricardite l'ont été avec le vaccin de Moderna sur 20 millions de doses administrées en Europe. L'EMA a reconnu en juillet 2021 que ces affections du cœur peuvent survenir dans de "très rares cas" après la vaccination avec ces deux sérums et recommandé l'ajout de ces nouveaux effets secondaires dans leur fiche produit.

Dans quels délais surviennent les effets indésirables d'un vaccin ?

"Depuis le début de l'histoire des vaccins on n'a jamais constaté d'effets indésirables survenant plus de 15 jours à 3 semaines après la vaccination" informe l'infectiologue. Au plus, des effets peuvent survenir dans les 2 mois suivant la vaccination rapporte le Pr Mathieu Molimard, chef de service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux dans un Tweet du 5 juillet. Les plus sceptiques avanceront les cas de sclérose en plaques liés dans les années 1990 à la vaccination contre l'hépatite B ou les cas d'autisme associés au vaccin contre la rougeole ou encore les myofasciites à macrophages avec les vaccins contenant de l'aluminium… "Toutes les suspicions survenant après le délai de 2-3 semaines ont été infirmés par la recherche scientifique, répond le Dr Wyplosz. On a prouvé que ça n'existait pas. Les effets d'un vaccin surviennent au moment où l'immunité se met en place c'est-à-dire dans les 15 jours."

Les vaccins à ARN peuvent-ils modifier l'ADN ?

Le principe du vaccin à ARN n'est pas d'injecter le virus pour que l'organisme développe des anticorps contre lui mais seulement des molécules d'ARN (un acide chimiquement très proche de l'ADN) ou d'ADN de ce virus qui code pour la formation de la protéine Spike dans le cadre du coronavirus. C'est cette protéine qui permet au virus de rentrer dans les cellules de l'organisme. Lors de l'injection, les cellules qui vont recevoir l'ARN vont produire les protéines du virus qui vont se retrouver à la surface des cellules.

"L'ARN ne pénètre pas dans le noyau des cellules"

Les cellules immunitaires vont alors considérer ces cellules comme étrangères et les détruire. Face à ce mécanisme d'action, des inquiétudes ont émergé sur un possible "effet de bord" de l'ARN capable de pénétrer les cellules et de modifier l'ADN de l'individu. Or "l'ARN injecté via le vaccin n'a aucun risque de transformer notre génome ou d'être transmis à notre descendance dans la mesure où il ne pénètre pas dans le noyau des cellules (et ne va pas jusqu'aux cellules des organes reproducteurs). Or, c'est dans ce noyau cellulaire que se situe notre matériel génétique" explique l'Inserm. De plus "les cellules produisant la protéine Spike suite à l'injection du vaccin sont rapidement détruites par le système immunitaire. L'ARN étranger ne reste donc pas longtemps dans l'organisme : il produit juste ce qu'il faut pour entraîner le système immunitaire à réagir en cas d'infection "naturelle" par le virus avant d'être éliminé".

Ne manque-t-on pas de recul encore sur ces vaccins ?

Grâce aux moyens logistiques et financiers engagés par les pays du monde entier, les vaccins contre le Covid ont pu être approuvés par les autorités sanitaires en moins d'un an. Un délai qui semble court et peut inquiéter les réticents à la vaccination. "Le vaccin a été évalué selon les standards habituels mais il y a de nombreux freins qui ont été levés par anticipation au développement d'un vaccin contre une pandémie" argue le Dr Wyplosz. Par exemple, le temps pour obtenir les autorisations de lancement des essais cliniques a été accéléré, des techniques modernes de saisies des données ont été employées. beaucoup de personnes se sont rapidement portées volontaires pour participer aux essais, et la méthode de révision en continu ou "rolling review" a été employée par les agences d'évaluation des médicaments ce qui a permis d'approuver plus vite les premiers vaccins. Au lieu d'attendre d'avoir compilé toutes les données des industriels relatifs aux essais thérapeutiques, les agences sanitaires ont pu recevoir ces données au fur et à mesure et se prononcer plus rapidement sur leur validation ou non à réception des derniers résultats.

  • Le vaccin Comirnaty de Pfizer a été validé par l'EMA après un essai de phase 3 mené sur 44 000 personnes
  • Le vaccin Spikevax de Moderna a été testé sur 30 000 personnes avant d'être validé par l'EMA.
  • Le vaccin d'AstraZeneca a été testé dans 4 essais cliniques menés au Royaume-Uni, Brésil et en Afrique du Sud sur 24 000 personnes avant d'être autorisé en Europe par l'EMA
  • Le vaccin à dose unique de Johnson&Johnson a été testé via un essai clinique de 44 000 personnes aux Etats-Unis, Afrique du Sud et en Amérique latine avant que l'EMA.

"Combien de temps faudrait-il attendre pour rassurer les gens ?" 

Les autorités sanitaires continuent de réaliser des études d'innocuité et d'efficacité après l'autorisation des vaccins de même que les sociétés qui les commercialisent afin de fournir de nouvelles informations (durée de protection, contre de nouveaux variants du virus, sécurité, bénéfice à long terme...). "Combien de temps faudrait-il attendre pour rassurer les gens ? interroge le Dr Wyplosz. On a vacciné des centaines de millions de personnes suivies pendant presqu'un an et on a aucun signal d'effet indésirables graves. Si vous continuez d'être inquiet et que vous êtes dans une angoisse hyperbolique, on ne peut rien y faire car l'inquiétude persistera toujours. Mais si vous êtes dans une angoisse scientifique vous devriez être rassuré au vue de ces chiffres." De plus "avec les vaccins ARN, on administre une protéine naturelle inoffensive du virus qui n'est pas capable de fusionner avec nos cellules alors que le virus lui fait produire des protéines qui s'insèrent dans nos cellules. Est-ce qu'il vaut mieux être rassuré par une protéine inoffensive fabriquée par le vaccin ou par un virus qui nous infecte ? D'un côté on a le virus virulent et de l'autre on a un vaccin administré à des centaines de millions de gens pour lequel on n'a pas de signal grave. Si on met les deux en balance, le virus est dangereux, le vaccin ne l'est pas y compris chez des gens pas à risque de forme grave de Covid".

Les vaccins du Covid ont reçu une autorisation de mise sur le marché "conditionnelle" de l'EMA. C'est une autorisation spécifique pour les médicaments destinés à être utilisés dans des situations d'urgence en réponse à des menaces pour la santé publique reconnues par l'OMS ou le UE comme c'est le cas pour la pandémie de Covid.

Les effets indésirables à long terme du Covid, oubliés ?

La crainte d'effets indésirables à long terme des vaccins du Covid peut freiner le passage à l'acte de la vaccination alors que ces effets ne sont pas démontrés aujourd'hui. Ce qui n'est pas le cas des effets indésirables à long terme d'une infection au Covid, rangés sous le terme de Covid long, et qui sont eux bien documentés. Selon les chiffres du ministère de la Santé de février 2021, 50% des personnes ayant été infectées par le Covid présentent un symptôme après 1 mois, et 10% de ces mêmes personnes sont toujours affectées après 6 mois. Or "le Covid long touche des gens sans problèmes de santé qui se retrouvent avec les effets indésirables invalidants d'une maladie chronique que l'on ne sait pas soigner. On ne sait pas soigner les maux de tête chronique, la fatigue chronique, les pertes de l'odorat" rappelle le médecin infectiologue. Avant de souligner que "si on peut attraper le Covid en étant vacciné, on est infiniment moins à risque de faire des formes cliniques de la maladie et en particulier des formes chroniques".

Merci au Dr Benjamin Wyplosz, médecin infectiologue au CHU de Bicêtre dans le Val-de-Marne.

Vaccins contre le Covid