Adénome surrénalien : symptômes, traitement, bilan 

L'adénome surrénalien ou "incidentalome surrénalien" est une tumeur de la glande surrénale le plus souvent bénigne mais qui peut cependant être maligne. Le traitement dépend de la nature de la tumeur. Quels sont les symptômes, le diagnostic, le traitement ? Le Dr Pierre Nys, endocrinologue et nutritionniste, nous répond.

Adénome surrénalien : symptômes, traitement, bilan 
© Kateryna Kon-123RF

Définition

L'adénome surrénalien est une tumeur des glandes surrénales qui peut être unilatérale ou bilatérale, c'est-à-dire toucher l'une ou les deux glandes situées au-dessus de chaque rein. "La question essentielle est de savoir si cette tumeur est sécrétante ou non sécrétante : dans 75% des cas elle est non sécrétante" informe le Dr Pierre Nys, endocrinologue, nutritionniste, ex-attaché des Hôpitaux de Paris. L'adénome surrénalien peut sécréter une quantité excessive d'hormones et entraîner le syndrome de Cushing qui résulte d'une surproduction de cortisol ou le syndrome de Conn qui découle d'une sécrétion excessive d'aldostérone. "Le plus souvent les adénomes sécrétants ou non sécrétants sont bénins. Cependant, il peut s'agir d'une tumeur cancéreuse même si le corticosurrénalome, cancer surrénal est rare. La présence d'adénomes bilatéraux peut correspond à des métastases surrénaliennes d'un cancer du poumon ou d'un cancer du sein par exemple" précise le médecin.

Symptômes 

Un adénome surrénalien non sécrétant ne donne pas de symptômes. Aussi, le diagnostic d'un adénome surrénalien sans retentissement clinique se fait la plupart du temps par hasard, dans le cadre d'une imagerie abdominale ou bien d'un dosage qui va montrer l'augmentation du taux sanguin des hormones sécrétées par l'adénome. En cas de surproduction de cortisol, les signes cliniques de cette hypersécrétion correspondent au syndrome de Cushing. Le syndrome de Cushing se manifeste entre autres par une obésité prédominant sur l'abdomen, le cou et le tronc, un visage rond et rouge, une hypertension artérielle, une amyotrophie, une insuffisance génitale, une peau fragile et fine avec des vergetures pourpres. "En cas d'origine carcinologique (corticosurrénalome), ce qui doit alerter c'est l'intensité des troubles qui progressent vite : par exemple pilosité qui s'exagère chez la femme à cause d'un excès de sécrétion d'androgènes…" souligne le médecin. 

Adénome surrénalien et douleur

"Les adénomes surrénaliens bénins n'occasionnent pas de douleur. Une hypokaliémie dans le cadre du syndrome de Conn peut entraîner des crampes mais pas de douleurs.  Il peut y avoir des douleurs si les adénomes sont des métastases d'autres cancers ou en cas de tumeur cortico-surrénalienne" informe le Dr Pierre Nys. 

Diagnostic

La découverte d'un adénome surrénalien est souvent fortuite. "Un bilan radiologique de l'abdomen montre dans 10 à 12% des cas une masse surrénalienne" informe le Dr Pierre Nys. L'examen de base pour caractériser la nature de l'adénome est le scanner. Une IRM peut être effectuée également. "Des critères radiologiques permettent de suspecter la bénignité ou la malignité d'un adénome surrénalien. Un adénome de moins de 4 cm est en général bénin, malin lorsqu'il dépasse 5 cm. La densité de la lésion calculée lors du scanner est aussi un indice : lorsque la densité est basse l'adénome est plutôt bénin, lorsque la densité est haute il est plutôt malin" renseigne le Dr Pierre Nys.

Bilan biologique

"Les examens complémentaires sont guidés par les éléments cliniques. S'il n'y a pas d'élément clinique, est effectué un screening large des hormones sécrétantes pour la glande surrénale par dosages urinaires et sanguins" informe le Dr Pierre Nys. Le syndrome de Cushing est mis en évidence par des dosages hormonaux sur une prise de sang. Certains tests nécessitent une prise de produit et des dosages programmés à différents instants. Le syndrome de Conn est aussi diagnostiqué avec des dosages hormonaux.

Traitement 

Le traitement d'un adénome surrénalien sécrétant (syndrome de Cushing, syndrome de Conn…) et des adénomes cancéreux est souvent chirurgical : ablation de la tumeur ou de la glande surrénale (surrénalectomie). En cas de contre-indication à une chirurgie, un traitement médicamenteux peut parfois être entrepris (spironolactone pour l'adénome de Conn, kétoconazole ou autre inhibiteur de la synthèse des stéroïdes pour le syndrome de Cushing). Les adénomes non sécrétants font l'objet d'une surveillance et sont retirés de façon chirurgicale seulement lorsqu'ils atteignent une certaine taille (plus de 5-6cm).

Prise en charge

Les tumeurs surrénaliennes sont rares et leur prise en charge est complexe. Elles demandent une approche multidisciplinaire. Les indications opératoires sont posées après un bilan spécifique complet. 

Prévention

Il est impossible de prévenir un adénome surrénalien dès lors que l'on n'en connaît pas encore les causes exactes et les facteurs de prédisposition. Tout juste sait-on que la probabilité de contracter une telle tumeur augmente avec l'âge. Le pic de fréquence se situe entre 50 et 70 ans. "Dans un contexte d'adénome surrénalien bénin non-sécrétant une surveillance annuelle par scanner et/ou biologique est mise en place" informe le Dr Pierre Nys. 

Merci au Dr Pierre Nys, endocrinologue, nutritionniste, ex-attaché des Hôpitaux de Paris.

Source : Stéphanie Gaillard, Patrick Meyer, Incidentalome surrénalien : maladie des temps modernes, Rev Med Suisse 2009 ; volume 5. 774-778

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