Syndrome post-Covid : que faire quand les symptômes reviennent ?

Quelques semaines après avoir eu une infection au coronavirus, généralement bénigne, des patients se plaignent d'une résurgence de leur symptômes. Surtout des femmes. On parle du "Syndrome post-Covid". Que faire ? Conseils avec le Dr Nicolas Barizien, Chef du service de médecine physique et réadaptation à l'hôpital Foch de Suresnes.

Syndrome post-Covid : que faire quand les symptômes reviennent ?
© roboriginal -123RF

Le virus Sars-CoV-2 n'a décidément pas fini de faire parler de lui. Parmi les gens qui ont eu des formes bénignes du coronavirus il y a quelques semaines, certains reviennent aujourd'hui consulter leur médecin parce que des symptômes resurgissent ou perdurent. Ce "Syndrome post-Covid" s'observe depuis deux à trois semaines, témoigne le Dr Nicolas Barizien, Chef du service de Médecine Physique et Réadaptation à l'hôpital Foch (Suresnes). Est-ce une rechute ? Que faire ? Quels symptômes doivent inquiéter ? Quels risques ? 

C'est quoi le "Syndrome post-Covid" ?

"Le Syndrome post-Covid est une résurgence des symptômes à distance de l'infection aiguë par le virus Sars-Cov-2, répond le Dr Barizien. Pour l'instant, les gens que l'on voit sont 6 à 10 semaines après. Ils ont souvent fait des formes bénignes à modérées de la maladie, soit à la maison soit à l'hôpital quelques jours et puis comme ça allait mieux on les a renvoyés chez eux. Passée cette période d'infection avec la fièvre, la toux, la diarrhée et tous les symptômes qu'on connaît de l'infection aiguë, ils ont été convalescents, ils ont repris une vie normale et maintenant ils aimeraient bien reprendre une vie complètement normale mais ils se remettent à avoir des symptômes." 

"Ce sont surtout des personnes jeunes, de 40 à 50 ans."

Quels sont les symptômes qui reviennent ?

Les personnes concernées par un syndrome post-Covid ne présentent pas les symptômes de l'infection aiguë au coronavirus. "Ils sont essoufflés au moindre effort, par exemple après avoir monté un étage à pied, ils ont mal à la tête quand ils s'activent un peu, dans la cage thoracique, aux côtes, au sternum, au cou, ils ont la tête qui tourne, des sensations d'oppression thoracique et ils sont fa-ti-gués" détaille notre interlocuteur.

→ Il faut distinguer la fatigue qui resurgit chez ces patients de celle qui persiste pour ceux qui ont été hospitalisés en réanimation. Comme le fait remarquer le Dr Barizien "tous les gens qui passent deux mois en réanimation, quelle que soit la raison sont fatigués et sont obligés d'aller en rééducation, là on est en dehors de ces cas".

Quel est le profil des personnes touchées ? 

Alors que la maladie Covid-19 a davantage touché des hommes dans ses formes les plus graves, là "ce sont plutôt des femmes actives que l'on voit revenir" constate le Dr Barizien. De façon générale, ce syndrome post-Covid concerne des personnes jeunes, de 40 à 50 ans.

"Ils font quelque chose de bizarre qui se manifeste par une recrudescence des symptômes qui les gênent dans leur quotidien."

Est-ce une rechute du coronavirus ?

"Non, ces personnes ne font pas de rechute, répond le Dr Barizien. Elles n'ont plus de fièvre,  ne sont plus dans l'infection aiguë, ce n'est pas le virus qui se remet à se développer dans l'organisme, la PCR est d'ailleurs négative." De même, il ne s'agit pas d'une complication à distance de l'infection : "Elles font quelque chose de bizarre qui se manifeste par une recrudescence des symptômes qui les gênent dans leur quotidien."

Quels sont les risques ?

Le virus Sars-CoV-2 peut entraîner des complications pulmonaires conduisant au décès. Quand on présente une résurgence des symptômes, notamment des essoufflements, la vigilance est de rigueur. "La première des complications à vérifier pour le corps médical, c'est que le patient ne fasse pas une pneumopathie à Sars-CoV-2, prévient le Dr Barizien. Qu'il ne fasse pas non plus une embolie pulmonaire ou une pneumopathie avec un germe banal qui peut dégénérer sur un poumon qui a été fragilisé, qu'il ne fasse pas une fibrose pulmonaire ou une complication cardiaque comme l'infarctus ou une myocardite. Elles sont rares mais il y en a quelques-unes." Dans la plupart des cas, pour l'instant, les bilans de ces cas de syndrome post-Covid sont normaux. 

"Comme on est face à une maladie dont on apprend tous les jours, la première chose c'est de consulter un médecin"

Que faire : consulter ou attendre que ça passe ?

"Comme on est face à une maladie dont on apprend tous les jours, la première chose c'est de consulter un médecin généraliste pour éliminer un certains nombre de complications", conseille le Dr Barizien. C'est d'ailleurs ce que font la plupart des gens qui recommencent à avoir des symptômes et se sentent gênés dans leur vie quotidienne. "Le médecin peut prescrire une prise de sang, une radiographie voire un scanner et la plupart du temps ce bilan est normal donc on est rassuré qu'il n'y ait pas de complications graves du coronavirus" poursuit le médecin.

Quelle prise en charge pour aller mieux ?

A l'hôpital Foch, le Dr Nicolas Barizien et son équipe ont lancé depuis le 12 juin "Rehab-covid" pour prendre en charge les patients qu'ils ont soignés il y a quelques semaines du Covid-19 et qu'ils voient revenir. "On va chercher à comprendre pourquoi ils ont ces symptômes et les soigner, explique le médecin. On va les évaluer avec une batterie d'examens où ils vont rencontrer un médecin, un kinésithérapeute, un psychologue et une diététicienne." Le programme de l'hôpital Foch comprend notamment :

→ la réalisation d'un test d'effort par le médecin pour voir comment se comportent le cœur et la respiration,

→ des tests de marche et d'évaluation de la force musculaire par le kinésithérapeute,

→ un bilan avec un psychologue pour rechercher un syndrome de stress post traumatique : "On a des gens qui ont une charge mentale très importante, surtout des femmes comme ce sont les maîtresses du foyer, elles se sont occupées plus des enfants, elles se font un peu plus de souci pour leur famille que les hommes, multiplié par le fait que ces personnes aient attrapé une maladie dont elles entendaient à la télévision que des gens en mourraient, certaines vont développer quelque chose qui va ressembler à un syndrome de stress post-traumatique. Il ne faut pas rester comme ça parce qu'on sait le soigner."

"Le plus important est de prendre en charge ces symptômes dans les 6 mois qui suivent l'infection aiguë" 

→ une diététicienne "parce que beaucoup de patients racontent que, sans avoir été hospitalisés en réanimation, ils ont perdu 4, 5 voire 10 kilos pendant leur infection au coronavirus. Or, dans des périodes de perte de poids rapide, on perd du muscle" ce qui intensifie la fatigue. En se remettant à l'effort, elles referont leur masse musculaire.

Et pour ceux qui n'ont pas été suivis à l'hôpital Foch ? "Notre liste de patients qui reviennent est déjà tellement importante qu'on va d'abord s'occuper d'eux mais on est en train de réfléchir à des solutions à proposer à nos collègues médecins généralistes parce qu'ils ont énormément de patients qui viennent les voir avec ces symptômes et c'est un vrai problème" répond le Dr Barizien. En attendant, si vous pensez présenter un syndrome post-Covid :

consultez votre médecin traitant pour la prescription d'un bilan (sanguin...)

consultez un kinésithérapeute si vous êtes essoufflé(e) : "Vous pouvez faire des exercices de cohérence cardiaque -les applications RespiRelax ou Petit Bambou en proposent- pour ralentir la respiration et essayer le 3-6-5 : 6 cycles respiratoires en 5 minutes, 3 fois par jour. Cela oblige à respirer très lentement. Si on n'est pas capable de le faire, c'est une bonne piste. Il faut aller voir un kinésithérapeute qui sera capable de faire le diagnostic d'hyperventilation et proposer des solutions."

consultez un psychologue si vous sentez que vous avez une baisse d'intérêt pour les activités du quotidien, une baisse de la concentration, des troubles du sommeil, une irritabilité... suite au (dé)confinement. "Les psychologues ont des techniques pour soigner les gens comme l'EMDR qui marche très bien" souligne notre interlocuteur.

Le plus important : "Prendre en charge ces symptômes dans les 6 mois qui suivent l'infection aiguë, recommande le Dr Barizien. Si on attend trop longtemps, les choses vont s'amplifier et il va être beaucoup plus compliqué de les soigner."

Merci au Dr Nicolas Barizien, Chef du service de Médecine Physique et Réadaptation, Traumatologie du Sportif de l'Hôpital FOCH à Suresnes (92), Président de la Société Régionale Île-de-France de Médecine du Sport Santé (SIFMED Sport Santé).

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